‹ BélisaireChapitre 97 sur 116 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

par les lois de la nature, ce Citoyens j ce pourroit-on leur dire en les menant à <sc l'ennemi , c'est le champ qui vous a ce nourris , c'est le toit qui vous a vus naîcc tre , c'est le tombeau de vos pères , le ec berceau de vos enfans , le lit de vos ce femmes que vous défendez. » Voilà des intérêts sensibles et puissans. Ils ont fait plus de liéros que l'amour ..même de la gloire. Jugez de leur effet sur des âmes accoutumées dès l'enfance aux rigueurs de la discipline et à l'image des combats.

Rien ne me plaît tant, je l'avoue, que le tableau de cette jeunesse laborieuse et guerrière, répandue autour des drapeaux dans les villes et les campagnes , préservée par le travail des vices de l'oisiveté 7 endurcie par l'habitude à des exercices pénibles , utile à l'ombre de la paix , et toute prête à courir aux armes au premier signal de la guerre. Parmi ces troupes , la désertion seroit un crime contre nature (1); tout ce qu'il y a de plus sa-

(1) Commuais utïlitalis derclictio contra naluram c^. Cic, OjJ\ 3»

2TÔ EELÏSAIRE,

cré au monde répondroit de leur courage et de leur fidélité. L'état n'en auroit pas inoins ses légions impériales , qui, comme autant de forteresses mouvantes, se porteroient d'un poste à l'autre , où le danger les appellerôit. L'esprit militaire établi , l'émulation donnée 7 ce seroit à qui mériteroit le mieux de passer dans ces corps illustres 5 et , au lieu de ces levées faites à la hâte , que la faveur , la collusion , la fraude ou la négligence , font accepter sans examen (1), nous aurions l'élite du peuple. Alors quelle comparaison des forces de l'Empire avec ce qu'il y en eut jamais , dans ses temps même les plus heureux (2) ? Et quels peuples du midi ou du nord oseroient venir nous troubler ,

(2) Hinc Lot ubique ab hostibus illatœ cla des , dum longa peue militeni incuriosius legil; dum possessoribus indicti Lyrones per gratiam aut dis simula tione m probantur, Veget. Z. 1. Ch. 7.

(2) Sous Auguste 23 légions, sous Tibère 25, bous Adrien 3o, sons Galba 372x00 hommes , moitié troupes romaines, moitié auxiliaires.

Page 1