‹ BélisaireChapitre 11 sur 18 · II · texte numérisé non relu

II

ma main : n'espérant plus faire votre bonheur, je voulus du moins n'y pas être un obstacle ; j^afFeclai tous les dépits de la fierté, afin d'avoir un prétexte de m'imraoler pour vous; et ce fut ainsi que , pour vous délivrer d'une odieuse persécution, je déclarai que j'étais l'épouse de JVarbal.... Qii'entends-je ! ô ciel!

s'écria Justin ,• ah ! pourquoi vous ai- je vue si tard!... Que voulezvous que je devienne, après cette fatale confidence?... Nesaviez-vous pas qu'il eût suffi de vous montrer pour fixer mon coeur et mes vœux?...

ISon , non, c'est moi seul que vous avez sacrifié!... Vous avez craint mon caractère, vous vous cachiez pour vous soustraire à mes regards, à mon amour!... IN on , vous ne m'avez jamais aimé !... En parlant ainsi, Justin versait des larmes brûlantes, sa fierté s'enirritoit ; il se leva , s'éloi-

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gnade Sophie, et lui tournant brusquement le dos, il alla cacher son trouhletlans l'embrasure d'une fenêtre. Mais tout-à-coup revenant à elle avec des yeux étincelans et un désespoir concentré: Je suis las, lui dit-il, de souffrir toujours par toutes mes affections 1... Je vous aime avec une passion dont je n'ai jamais eu Tidée!

J'ai pu renoncer à la fille de Bélisaire; mais rien dans l'univers ne mede'tacherade vous... — Et quelle est votre espéj'ance? — De faire dissoudre une union mal assortie.

— Vous me proposez un divorce!...

Sophie dit ces paroles avec une fierté mêlée d^indignalion si imposante, que Justin^ interdit , manqua de force pour lui réjiondre. Surpris et blessé de se sentir tellement intimidé par une femme, il fit un effort sur lui-même, et après un moment de silence, reprenant la

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parole : Eh bien ! madame , lui ditil ^ attendez- vous atout: jDrivé de tout espoir , je ne réponds plus de moi-même.... J'ai été si malheureux, que mon caractère, naturellem.ent violent, est devenu plus impérieux que jamais,- le bonheur seul pourroit l'adoucir... Je ne puis ni ne veux vous oublier : certain d'être aimé , rien ne m'arrêtera ; je hasarderai tout, je m'exposerai à tout , même à votre colère , pour vous voir^ pour vous consacrer ma vie...

Seigneur, reprit Sophie, j'ai cru démêler dans ce qu'on dit de vous , et dans ce que j'en ai vu , que vos premiers mouvemens sont toujours condamnables , parce qu'ils sont toujours impétueux autant qu'irréfléchis ; mais que néanmoins votre coeur est généreux, et qu'il ne vous inspire que des actions dignes de TOUS, quand vousle consultez. C'est

à celte opinion que vous devez mcn attachement; si vous in^ôtez une telle idée, je ne verrai plus que de la perversité dans les fautes qu'on vous reproche, je n'y trouverai plus d'excuse.... — Et vous me haïriez?— ]Ne vous en flattez pasj le plus froid mépris succéderoit à tous les sentimens que j'ai pour vous.

— Le mépris!... — Oui ^ seigneur, je vais employer toute ma raison à vaincre une passion malheureuse , et j'y parviendrai ; mais j'aurai besoin d'un dédommagement; je ne pourrai me consoler, je ne pourrai vivre qu'en vous admirant avec en-' tliousiasme. Justifiez-moi par vos vertus j et que je puisse du moins avouer hautement pour vous un sentiment légitime. Vous régnerez bientôt; il est permis d'adorer son souverain, quand il fait le bonheu de ses sujets: votre gloire me dé-

Jommagera de tout.,, — Comment poiirrai-je compter sur vos sentimers, si vous les réglez sur l'opinion publique? On me hait, je le sais... — On craint vos passions et Toscmportemens; mais on ne vous jngcra que lorsque vous serez sur le trône. Ah! méritez mes regrets, et ne m'accablez pas en arrachant avec violence, de mon cœur , un sentiment si tendre!... Oui, j'ose vous en répondre, votre âme est faite pour la vertu ; décidez - vous courageusement à ne vivre désormais que pour eile; que Tamour r.it la gloire de vous y rattacher pour toujours , et que, dans la retioile cù je veux passer ma vie, je puisse me dire: Mes conseils et ma tendresse ont achevé de développer toute la grandeur de son caractère ; sa renommée me parle de ses sentimensj puisqu^il est fidèle à ses de-

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"voirs , il ne m'oublie point; j'ai conlribué à sa gloire et à la félicité cVun grand empire!... — Que me prescrivez- vous ? — De me dire adieu pour toujours, et de me promettre de suivre tous mes conseils...

— Vous quitter pour toujours , grand Dieu !... Et quelles seront mes consolations? — Le calme de votre conscience, l'amour des peuples , l'amitié parfaite de Tibère, et Tadmiralion de Sophie. — Je ne vous promets rien ; à de tels sentimens , il faut répondre par des actions, et non par de vaines paroles.

Adieu , madame. A ces mots, sans pousser un soupir, sans regarder Sophie, ie prince s'éloigna préci-»

pitamment, sortit de l'appartement; il demanda , dans le château, des chevaux et des guides , afin de se rendre au camp sans délai (i).

l3o BÉLISAIRE.

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