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CHAPITRE XVIII

Gélimer, ne pouvant pins avoir d'inquiétude surle sort de Bélisaire, vouloil retourner dans sa solitude; mais Bélisaire et Tibère obtinrentde Jui la promesse de se reposer quelques jours dans le château de la princesse Sophie. Ils y ari'iAérent au commencement de la nuit; un courrier qui les précéda de quelques heures , avoit annoncé à la sensible Anastasie qu'elle alloit revoir son illustre père. Elle vola audevant de lui; quoique prévenue deson malheur, elle poussa un cri douloureux en l'appercevant , et, pâle, tremblante, innondée de larmes, elle se jeta dansses bras, en

s'écriant : Hélas! que ma mère est heureuse , je ne dois plus la pleurer!... Ma fille^ dit Bëiisaire, j'oublie tous mes maux en te retrouvant! Madame , interrompit Gé-

limer^ montrez- vous la digne fille d'un tel père j il revient à vous avec plus de gloire qu'il n'en eut jamais, en ramenant une armée viclorieuse.

Ah ! dit Anaslasie , laissez, laissezmoi })lcurer!... Que sa grande âme soit au-dessus de la vengeance et du malheur, je m'enorgueillirai de ses vertus; mais moi, je veux conserver le ressentiment des injustices qu'il a pardonnées, et la douleur des maux qu'il a soufferts ! O mon père, poursuivit-elle, la gloire et la renommée n'ont pu vous ])réserver de cet horrible traitement; comment jjourroien t- elksvous en dédommager!... Non, il n'appartient qu'à votre fille de vous conso-

1er! c'est dans mon cœur que vous trouverez une tendresse et une re-

connoissance inaltérables ! Ne

confiez plus qu'à moi le soin sacré de votre bonheur... Belisaire, attendri jusqu'au fond de l'âme, ne répondit à des paroles si tendres, qu'en pressant sa fiille contre son sein. Ensuite il prit sa main , et demandant celle de Tibère , il les unit ensemble , en disant : Oh !

puissé-je un jour les unir ainsi aux

pieds des autels!

Le surlendemain Tibère reçut un courrier du prince impérial , qui lui mandoit que l'empereur toucUoit à ses derniers momens, et qu'il désiroit voir Belisaire et Gélimer avant de mourir. Le même courrier remit à la princesse Sophie un billet de Justin , qui contenoit ces mots :

u Je vous conjure de venir sur- 2. i3

l46 BÉLISAIRE.

» le-champ à Constanlinople j'ai

» besoin de TOtre présence, elle me

» soutiendra et m'inspirera! Je

» veux vous voir encore une fois !

» songez qu^un refus me meltroit » au désespoir!... ».

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