CHAPITRE XX
JusTijv, véritablement affligé delà mort de l'empereur , ne fut occupé , pendant plusieurs jours, quedusoiii de rendre les derniers devoirs à son père adoptif ^ ensuite il fixa le jour de son couronnement, qui devait se faire dans l'église de Sainte-Sophie.
Le malin de ce jour, il fit assembler tous les grands de l'empire dans la salle d'audience ; il voulut que le roi des Vandales , Tibère , Bélisaire et INarbal fussent présens à cette cérémonie. Des deux côtés de cette salle éloient des galeries remplies de peuple, et dans le fond une grande tribune grillée, dans laquelle, par ses ordres, se trouvoient la princesse
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Sophie et Anaslasie. Le nouvel empereur, en longs habits de deuil, monta, pour la première fois , sur son trône j tout le monde fut frappé de la majesté et de la beauté n de sa figure : cependant une profonde tristesse éloit répandue sur ses traits, sur son maintien et sur toute sa personne. Il fit asseoir prés du trône ses deux libérateurs , le roi des Vandales et Bélisaire. Tibère, , debout, ëtoit à côté de lui. Après un grand silence, prenant la parole:
Pour suivre, dit-il, les ordres de mon père et les mouvemehs de mon coeur, je veux^ en commençant mon règne, remplir un devoir de reconnoissance: je rends àBe'lisaire toutes ses dignités, et je lui demande pour Tibère la main d'Anastasie.... Le roi des Vandales a déjà refusé mes offres, et je les lui renouvelle.... J'élève Narbal, mon instilutear, à la pre-
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mière dignité de cet empire; je lui donne le titre de patrice et de nou- •velles lerres , voulant honorer en lui et le guide vertueux de ma première jeunesse, et Te'poux d'une princesse du sang impc'rial... Ici Justin, en prononçant ces paroles , éprouva une si violente émotion, qu'il fut obligé de s'arrêter un moment. Il jeta machinalement les yeux sur la tribune grillée quoiqu'il fût impossible d'y rien distinguer ; mais il devinoit facilement que dans cette tribune , on étoit aussi troublé qu'il pouvoit l'être lui-même.
L'empereur, rappelant tout son courage j reprit la parole : Après deux règnes également mémorables dit-il, je ne monte qu'en tremblant sur un trône qui fut occupé avec tant de gloire par mes deux derniers prédécesseurs; mais Justin I^i et mon père adoptif ont fait tant de
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choses utiles ; le code immortel , qui porte le nom du grand Juslinien est un bienfait si précieux, que je dois me flatter de pouvoir gouv erner dignement , en suivant le plan tracé par ces illustres monarques : il leur a fallu des talens éminens et du génie pour tout créer ; il ne me faut que de la raison pour maintenir leurs sages ordonnances. Cependant j'ai besoin de la confiance de la nation : quel souverain peut s'en passer ? Et je ne me dissimule pas que les erreurs et l'impétuosité de ma jeunesse doivent donner de justes craintes, mais je vais les dissiper toutes j je vais donner un garant certain de la droiture de mes intentions... Je possède un ami qui peut répondre que la flatterie ne me séduira jamais, lui qui n'a pris tant d'ascendant sur mon esprit et sur mon coeur qu'en me disant toujours l'auslére vérité î
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un ami constamment sévère et dévoué, bravant ma colère pour m'éclairer, bravant la captivilé et la mort pour me servir; un ami toujours prêt à défendre en public ma conduite, à pallier mes fautes, et à me les reprocher tête à tête ; et qui ce matin encore me disoit : Ne vous imaginez pas surpasser le reste des hommes en prudence , parce que vous les surpassez en pouvoir {a).
Vous connoissez cet ami , vous l'eslimez tous, vous admirez son noble caractère , sa sagesse prématurée , et , à de tels traits , chacun de vous a reconnu Tibère... Rassurezvous tous sur mes projets et sur mon règne; j'associe Tibère à l'empire, je partage avec lui la suprême puissance, afin qu'elle soit plus sii-
(rt) Propres paroles de ïiLère,
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rem eut employée à la félicité publique (a).
Ce discours excita un enthousiasme universel 3 le sage et sensible Tibère n'affecta point une fausse modestie; il accepta sans hésiter une offre si noble et si sincère, l'intérêt public et celui de son ami ne lui permettoient pas de balancerai montra franchement de la surprise, delà joie et de la reconnoissance. Justin lui tendit ses bras, il s'y précipita; les deux collègues s'embrassèrent, et on les vit avec transport assis l'un et l'autre sur le trône.
(a) En efTet, il associa Tibère à l'empire.
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