CHAPITRE DERISIER
Les deux empereurs se rendirent dans l'église de Sainte-Sophie , où se (it la cérémonie de leur couronnement j ensuite ils rentrèrent dans le palais. Justin devoit trouver dans son appartement , la princesse Sophie et JNarbal, Bélisaire, Anastasie et Gélimer. 11 avoit pour la princesse une véritable passion , et son coeur se décliir oit en pensant qu'il alloit la voir pour la dernière fois.
Cependant il étoit soutenu par l'idée que du moins il venoit de mériter son estime, et d'acquérir des droits à sa reconnoissance , par tout ce qu'il y voit fait pour son frère et pour son époux; mais pour l'avenir,
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il n'envisageoit de consolations que dans ramitié de Tibère, quiluiétoit devenu plus cher encore depuis qu'il airaoit passionnément Sophie.
En entrant dans son cabinet, où se trouvoient rassemblées toutes les personnes invitées à s'y rendre, Justin jeta les yeux sur Sophie, et
on le vit se troubler et pâlir INar-
bal s'avance vers lui : Seigneur , lui dit-il^ par vos actions et vos sentimens héroïques, vous venez de payer tous mes soins j ce prix est trop glorieux pour moi , pour que je puisse en accepter unautre: consacré désormais à la retraite, les dignités que vous daignez m'oflfrir me sont inutiles , le plus beau litre, qui puisse orner ma tombe, sera celui de vôtre instituteur. J'ai donc reçu ma récompense j mais qui pourroit croire, seigneur, qu'il est en mon pouvoir de vous donner aussi la 9. 1 4
jCa BÉTJSAIRE.
vôtre? Que voulez-vous dire?
iiiteirompit vivement Justin, avec lui trouble inexprimable... Oui , seigneur,repnt Narbal ; approchez, princesse, poursuivit-il, et permettez-moi de déclarer un secret <[ue la prudence et la délicatesse vous ont fait cacher jusqu'ici, et même au frère le pkis chéri... Seigneur, je n'ai jamais été que le confident et le guide de la princesse; elle n'est point mon épouse....
Grand Dieu! s'écria Justin , Sophie est libre!... Ah! seigneur, dit Sophie, aurois-je pu vous avouer mes sentimens, si je ne l'eusse pas été ?
J'ai d'abord supposé ce lien pour vous soustraire aux persécutions deTempereur; j'ai seule imaginé celle feinte que Narbal , par amitié pour moi, consentit seulement à ne pas démentir (2). Mon frère ne fut point dans ma confidence, parce
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que je devois lui épargner l'embarras et le chagrin détromper, même tacitement, son empereur et son ami. Ensuite, quand j'ai connu vos sentimens , j'ai voulu j seigneur, non les éprouver, mais vous procurer l'occasion de montrer avec éclat toute la grandeur de votre âme... Vous êtes libre! répéloit Juslin , avec le transport le plus passionné. Ah! Tibère! ô mon frère!
poursuivit-il, ([uel nouveau présage de félicité pour cet empire!
Assis sur le trône , entre Tibère et Sophie, pourrois-je ne pas être aussi vertueux, aussi sage qu'heureux! Combien la joie de Justin
fut sincèrement partagée par toutes les personnes qui en éloient les témoins! Cet événement aclievoil de combler les voeux de Tibère , et de rassurer Béiisaire sur l'avenir de sa (iiie et sur celui d'un gendre
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qu'il cliérissoit comme s il eût été son propre fils. Narbal jouissoit délicieusement du bonheur et de la gloire de ses élèves : et Gélimer ne pouvoit être spectateur indifférent d'une scène si intéressante pour son illustre ami. Peu de jours après, les noces des deux empereurs furent célébrées avec autant de magnificence que de solennité j le peuple, ivre de joie , bénit cette double union par son amour et son allégresse. Alors Gélimer, inébranlable dans sa résolution , prit congé de Bélisaire pour retourner dans le désert de la Thébaide, après avoir refusé tous les dons de l'empereur , et n'emportant avec lui que son livre d'évangiles et son luth. Bélisaire, en recevant ses adieux, le serra dans ses bras avec le pi us profond attendrissement : Adieu , lui dit-il , hé^'OS du malheur et de la
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sainte amitié! la vieillesse me conduira bientôt dans la tomber mon âme immortelle jouira toujours de sa reconnoissance ; elle planera sur vos déserts et sur la grotte hospitalière où j'ai recouvré la vie et Tespérance ; elle s'unira à vos prières..... 0 mon ami! ne m'oubliez point , ce sera vous rappeler les traits les plus sublimes de votre vie!... Vous aurez vu, avant de me quitter , le fruit de vos bienfaits :
en me faisant abjurer la vengeance , TOUS avez prévenu ma perte et celle démon pays j que ne dois-je pas à vos conseils , à votre exemple magnanime! grâce à vous, Bélisaire aveugle a pu servir encore son
prince et sa patrie! Mes derniers
jours seront paisibles, et ma fille est sur le trône!.... Puissent votre histoire et la mienne, transmises à nos neveux ; leur faire connoître
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toute l'ulilité de la verta, et leur apprendre que le ciel équitable récompense toujours les sacrifices généreux et les grandes actions qui peuvent influer sur le bonheur public!