‹ Bélisama ou L'occultisme celtiqueChapitre 56 sur 83 · Histoire de la Magie, passim · texte numérisé non relu

Histoire de la Magie, passim

saveur; les champignons, les truffes, les galles de certains arbres, les différentes espèces de gui, seront employés avec discernement par une médecine nouvelle à force d’être ancienne. On ne se moquera plus de Paracelse, qui recueillait YUsnée sur les crânes des pendus; mais il ne faut pas marcher plus vite que la science, elle ne recule que pour mieux avancer. »

Poursuivant notre étude, nous dirons que le gui qui était employé comme breuvage sacré et, par suite, comme spécifique, était le plus rare de tous. On n’employait pour cet usage que le gui du chêne et sa recherche conférait un certain prestige, une grande vénération même à celui qui le trouvait.

Le vulgaire considérait ce gui, « comme un présent du ciel. »

Nous dirons ici quelques mots du symbolisme de cette plante.

Il reste vert toute l’année ( sempervirens ) et il continue à vivre, même après la mort de l’arbre qui le supporte ; c’est pour cela qu’il servait à démontrer à la foule, au peuple, qu’une seule existence corporelle ne suffit pas pour l’évolution humaine, que la vie se poursuit au-delà de la mort. Puis de ce que cette plante se nourrit de la sève de l’arbre qui la porte, on en tirait le symbole de la solidarité humaine, qui doit unir tous les hommes, comme les membres d’une seule famille. C’est aussi non seulement le symbole de l’union des sexes, mais surtout de l’union de Pâme et de l’esprit, union qui confère l’immortalité.

bélisàma ou l’occultisme celtique

Arrivons à la légende qui apprit aux hommes la vertu curative du gui.

Ram avait quitté la Gaule sous l’enseigne du Bélier (Aries) pour se diriger, du côté de l’Orient, de l’Inde, afin d’empêcher les Celtes d’en venir aux mains, de se livrer à une guerre fratricide ; il avait déjà traversé la Scythie et d’autres pays, quand ses compatriotes, à la tcte desquels il se trouvait, furent frappés d’une maladie cruelle, dans laquelle il crut voir un juste châtiment de la Divinité envers les hommes de sa race, qu’il avait à grand’peine dissuadés de combattre leurs frères. Cette maladie, sorte de lèpre, couvrait le corps tout entier de plaques noires et pustuleuses, qui provoquaient l’enflure des membres, ensuite le corps se couvrait d’ulcères qui déterminaient la mort, de sorte que les Celtes mouraient en grand nombre, par milliers, nous dit la tradition.

La grande Prêtresse, la Yoluspa, consultée, ordonna, mais en vain, des sacrifices expiatoires, la mortalité ne cessa pas pour cela.

Ram avait l’habitude de méditer sous un chêne; un jour, après une très longue méditation sur les malheurs qui frappaient sa race, il s’endormit. Pendant son sommeil, il entendit une voix qui l’appelait par son nom. Il regarda et vit devant lui, dans son sommeil, un homme d’une haute stature, à l’aspect majestueux, revêtu d’une robe blanche qui portait une baguette sur laquelle s’entrelaçaient deux serpents et cet homme lui dit : « Ram, le remède que tu cherches, il est là, au-dessus de toi » ;

puis, tirant de son sein une faucille d’or, le personnage coupa sur le chêne un gui et le remit à Ram, avec de grandes marques de vénération ; il lui donna en même temps une recette pour composer un élixir, puis il disparut.

Ram s’éveilla tout à coup, fortement ému de ce rêve qu'il sentait prophétique; il se prosterna au pied du chêne sous lequel il se trouvait, y aperçut un gui, le cueillit avec respect et l’emporta sous sa tente enveloppé dans la toile qui lui servait de ceinture ( tayolci ), puis il se mit à prier et commença les opérations qu’il avait recueillies de la bouche du Druide du Plan astral.

Ayant obtenu la précieuse liqueur, il en expérimenta les effets sur un malade condamné. A peine celui-ci eut-il absorbé quelques gouttes de la liqueur, qu’il revint à la vie, comme par miracle, et tous les malades ultérieurement traités furent guéris de même. Aussi, de toute part, on accourut vers Ram. Le Collège sacerdotal fut assemblé et l’Archidruide ayant appris du chef celte de quelle manière il avait découvert le remède admirable qui assurait le salut de tous, il fut décidé que le gui deviendrait une plante sacrée et que la préparation de l’Elixir serait transmise oralement (de bouche à bouche) de l’Archidruide aux deux plus anciens Druides.

Voici ce que nous dit Pline au sujet du gui dans son Histoire Naturelle, livre seizième m/?»e(XCII).

« Il est certain que le lierre tue les arbres ; le gui a une influence analogue ; toutefois on pense qu’il l’exerce plus lentement. Outre le fruit qu'il

donne, le gui doit être compté parmi les plantes qui ne méritent pas moins d’admiration. En effet, certains végétaux ne peuvent croître à terre ; ils naissent sur les arbres ; n’ayant pas de domicile à eux, ils vivent chez les autres, c'est le cas du gui. ..

XC1II. — Ily a trois espèces de gui : le gui qui vient sur le sapin et le mélèze ; on le nomme Stelis ouEulice (C’est le Loranthus Europeus de Linné).

« L’Hyphéar (Viscum album de Linné) est une sorte de gui qui pousse en Arcadie ; enfin le gui proprement dit croît sur le chêne rouvre, sur le prunier sauvage, le térébinthe à l’exclusion de tous les autres arbres. Le gui est très abondant sur le chêne et on l’y nomme Dnjos Hyphear (gui du chêne). Sur tous les arbres, excepté sur l’yeuse et le chêne, on distingue le gui proprement dit des deux autres espèces par la mauvaise odeur du fruit et par l’odeur du feuillage qui est désagréable. Le fruit et la feuille du gui sont amers et gluants. L’Hyphéar est préférable pour l’engrais des animaux ; tout d'abord, il commence par purger, puis il engraisse les animaux qui ont résisté à la purgation. Le traitement a lieu en été et dure environ quarante jours. Le gui sur les arbres à feuilles caduques perd également ses feuilles, il les conserve sur les arbres à feuilles persistantes. De quelque manière qu’on le sème, sa graine ne lève pas ; il faut qu’elle ait été absorbée par des oiseaux, pigeon ou ramier et rejetée par eux pour germer; telle est la nature de celte plante, elle ne pousse qu’après avoir été stratifiée dans les intestins des oiseaux. Ce gui ne dé-

passe pas une coudée de hauteur, il est rameux et toujours vert. Le mâle est fertile, la femelle est stérile, mais parfois le mâle l’est aussi.

XCIV. — La glu se fait avec les baies du gui, on doit les récolter avant leur complète maturité à l’époque des moissons. Si elles ont été mouillées par les pluies, elles croissent bien en grosseur, mais elles perdent de leur qualité pour la fabrication; voici comment on procède pour celle-ci : on les sèche, puis on les pile à sec et le résidu est mis dans l’eau, dans laquelle on le laisse environ douze jours; après quoi on le pile dans une eau courante avec une sorte de maillet pour faire partir les enveloppes, de sorte qu’il ne reste que la pulpe devenue visqueuse qui constitue la glu, par laquelle les oiseaux se laissent prendre, si leurs ailes viennent à y toucher. Quand on veut dresser des pièges, on amollit la glu avec de l’huile.

XCV. — - N’oublions pas de mentionner l’admiratiou qu’ont les Gaulois pour ce parasite. Aux yeux des Druides (c’est ainsi qu’ils nomment leurs Mages) rien n'est plus sacré que le gui et l’arbre qui le porte, si c’est un chône toutefois. Le Rouvre est déjà l’arbre dont ils font leurs bois sacrés ; ils n’accomplissent aucune cérémonie religieuse sans être placé sous les feuillages de cet arbre, ce qui a fait supposer que le terme Druide provient du terme grec (chêne). Tout gui venant du rouvre est considéré comme envoyé du ciel et ils supposent que c’est un signe de l’élection que le Dieu même a faite de l’arbre. Le gui sur le rouvre est extrè-

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mementrare, aussi quand on le trouve on le cueille avec un grand cérémonial religieux.

« On observe avant tout défaire la cueillette le sixième jour de la lune, c’est-à-dire le jour qui est le commencement de leurs mois, de leurs années et de leur siecle, qui n’est que de trente ans. Dans ce jour, l’astre sans être au milieu de son cours est déjà dans toute sa force. Ils nomment le gui d’un nom qui signifie remède universel.

« Quand ils ont préparé sous l'arbre et selon les rites des sacrifices et un repas, ils amènent deux taureaux blancs, dont les cornes sont alors attachées pour la première fois. Un prêtre, vêtu de blanc, monte sur l’arbre et coupe le gui avec une serpe d’or (1) et il est reçu sur une Saie blanche. Ensuite, on immole les victimes, en priant le Dieu de rendre ce don propice à ceux qui l’ont accordé.

« On croit que lé gui pris en boisson donne la fécondité à tout animal stérile, et que c’est un contrepoison universel. La plupart des peuples vénèrent religieusement des objets frivoles. »

L’antique usage de parcourir les rues le premier de l’an en criant au gui l'an ?ieufse rattache au culte celtique. Ce jour-là, on immolait deux taureaux blancs, en invoquant la Divinité pour se la rendre favorable. Après le sacrifice commençait un festin accompagné deréjouissances, qui se sont perpétuées

4 . Nous avons ci-dessus parlé de la manière de procéder à la cueillette du gui, mais nous sommes heureux devoir que Pline, lui aussi, la rapporte à peu près de la même façon.

en partie de nos jours, en province, dans le Gers, et surtout dans la Bretagne, où, vers l’époque de Noël, on entend le cri Eguinané qui est devenu synonyme d’étrennes. Ce cri, nous dit Henri Martin, s’est conservé avec le même sens dans des parties de la France, d’où a disparu depuis bien des siècles la langue celtique.

Augustin Thierry nous a raconté qu’à Blois, il avait encore entendu les enfants du pays crier l’Aguillauné un jour de fête, pendant qu’ds quêtaient les menues pièces de monnaie sur une pomme fichée au bout d’une baguette enrubannée.

D'après Emile Souvestre (1) Ecghin-an^eit, désignerait le blé. Germe.

On voit que dans tous les termes qui précèdent se retrouve celui de Gui , le parasite dénommé Viscum parles Latins et Mistletoë par les Anglo- Saxons.

Enfin, si nous décomposons ce terme Aguillauné, nous trouvons que Agui (pr. Eguiou) signifie fièvre intermittente et ne ou nag veut dire contre, c’est-à-dire que le gui était indiqué contre la fièvre ; c’était donc un fébrifuge.

Comme on voit, le gui jouait un grand rôle chez les Celtes, et c’est pour cela que nous n’avons pas craint de nous étendre assez longuement à son sujet.

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