CHAPITRE V
NATIONS AYAMANES (i).
Des manières, mœurs et usages de cette nation. -— Traitement amical et présents que Nicolas Federmann fait au^ Indiens. — 11 dissipe l'effiroi qu'ils éprouvaient à la vue inaccoutumée d'hommes habillés et barbus^ — Ck)mment ils se soumirent à sa majesté impériale et se rendirent dignes du nom de chrétien qu'ils obtinrent.
Le matin du troisième jour, nous arrivâmes à un hameau de six ou huit maisons,
(i) J'ai cherché vainement dwns le P. Simon, Oviedo y
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qui est le premier de la nation des Ayamânes. Je craignais que si nous les surpre* nions ils ne fussent épouvantés, puisqu'ils Savaient jamais vu , jusqu'alors , d'hommes habillés et barbus, et qu'ils ne prissent la fuite , ce que je voulais éviter autant que possible. Je leur envoyai donc un interprètede la nation Xidéhara, que j'avais amené avec moi d'Hittova; ce qui servit à dissiper leur effroi et à les disposer à la paix* Cela ftit bien difficile; j'y parvins cependant en leur donnant des hameçons de fer, et des chapelets de verroterie, objets, on le sait, de très-peu de valeur dans notre pays ^ mais très-estimés chez eux, comn^e choses étrangères. Je restai toute la journée avec ces Indiens , et je leur fit toutes sortes de bons traitements , espérant par ce moyen gagner
Banos, et les autres auteurs qui ont traité du Venezuela, quel' ques renseignements sur cette nation de nains : je n'y ai pa» même trouvé le nom d'Ayamanes. Ce nom manque aussi sur la carte de Laet, qui , cependant , indique la plupart des tribu» dont il est question dans cette relation.
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r^mitié des caciques ou chefs de la qation. Je m'informai aussi de l'état du pays ainsi que de la force et du nombre des habitants. Je donnai aux cent cinquante Indiens que j avais amenés avec moi d'Hittova, la permission de retourner chez eux, à l'exception de rinterprète» jç leur fis des présents en me montrant très - reconnaissant de leuro services, et cela principalement pour encourager la nation des Ayamanes, et pour faire voir comme nous tenions parole à nos amis.
Je quittai ce hameau le matin du 27 septembre , deux heures avant le Jour. A deux milles de là nous atteignîmes un vil* lage où demeurait, nous avait-on dit, un riche cacique ou seigneur , que nous comptions surprendre , et dont nous espérions gagner Tamitié, comme celle des autres. Les Indiens du premier hameau me prièrent de les envoyer en avant pour annoncer notre arrivée au cacique , afin qu'il ne fût pas ef-
frayé: je ne voulus pas y consentir, craignant que s'il était prévenu la frayeur ne lui fit abandonner son habitation et qu'il ne nous attaquât dans uni mauvais pas.
Etant donc arrivé en vue du village où je croyais surprendre le cacique et les siens , j'envoyai en avant a peu de distance quelques soldats à pied et à cheval et les Indiens , que j'avais amenés avec moi du hameau pcair lui parler. Je leur ordonnai, s'ils n'obtenaient rien par la douceur, de retenir autant d'Indiens qu'ils l^pourraient , leur promettant d'arriver aussitôt qu'ils auraient commencé d'agir. Je suivis cette marche dans l'espérance que les Indiens, voyant peu de monde , seraient moins effrayés que si je me présentais avec toutes mes troupes.
Mais quand ceux que j'avais envoyés arrivèrent , ils ne trouvèrent pas une àme , quoiqu'on vît bien que les Indiens avaient passé la nuit précédente dans cet endroit, car leurs feux brûlaient encore. Dès que j'y
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fus, voyant ce que mes envoyés m'avaient déjà annoncé , il me fut facile de m'apercevoir que les Indiens du hameau où j'avais campé la nuit précédente, les avaient avertis. Je ne voulus pas cependant les châtier cette fois ; car j'avais éhcore besoin d'eux. Nous nous établîmes dans ce village , où nous trouvâmes une quantité de mais, de ynca , de patates et d'ignames. Je donnerai plus tard, quand il en sera temps , des détails sur^ ces espèces de nourriture.
Nous restâmes dans ce village environ deux heures en faisant bonne garde. Pendant que nous tenions conseil pour savoir comment nous pourrions nous emparer des naturels, les Indiens, que nous estimâmes au nombre d'environ six cent , se mourtrèrent sur une hauteur en face de nous , en poussant de grands cris et en sonnant du cor , comme c'est leur usage à la guerre. Ils se mirent à titrer sur nous pendant environ un quart d'heure, sans que nous pussions rien
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faire contre eux puisqu'ils étaient maîtres des hauteurs. Je ne permis pas non plus que l'on tirât un seul coup de mousquet; car, à cause de la distance où nous étions , ils ne pouvaient nous nuire. Ils ne faisaient qu'épuiser leur provision de flèches , et ^ s'en privaient sans résultat «pour eux et à notre avantage; puisqu'elles nous servirent à armer notre bande d'Indiens, que nous plaçâmes par la suite plusieurs fois devant nous quand il s'agissait de forcer un passage. Je craignais d'ailleurs que s'il arrivait que quelques uns fussent tués ou blessés, cela ne nous empêchât de faire amitié avec eux , par la suite, ce qui aurait rendu, la continuation de notre voyage , sinon impossible , du moins plus difficile et plus pénible. J'envoyai un des Indiens du hameau leur dire que BOUS venions seulement pour les visiter et pour contracter une alliance avec eux, et que notre intention n'était pas de prendre leurs femmes et leurs enfants, comme c'est
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l'usage de ces sauvages , quand ils se font la guerre.
Dès qu'ils virent cet Indien se diriger de leur côté, ils cessèrent de tirer, mais après avoir entendu son message , ils quittèrent la hauteur en poussant des cris perçants, l'emmenèrent avec eux, et ne reparurent plus. Je fis aussitôt occuper la position qu'ils valaient d'abandonner par vingt hommes bien armés , tant cavaliers que fantassins, pour voir de quel côté ils se dirigeaient ,et pour examiner le pays. Ils m'annoncèrent que de là ils pouvaient découvrir environ titnte villages dont trois brûlaient : les Indiens eux-mêmes y avaient mis le feu. Mes gens ajoutèrent qu'ils avaient vu ceux qui avaient tiré sur nous gagner une autre colline en face.
Cela ne* me parut pas d'un bon augure; car ils prouvaient bien, en brûlant leurs villages , qu'ils étaient disposés à faire une résistance désespérée, et que, craignant de-
trc attaqués par nous ^ ils aimaient mieux détruire leurs vivres et leurs propriétés , que de nous les abandonner et de nous en laisser jouir. Je plaçai un poste nombreux sur la colline , afin de ne pouvoir être surpris d'aucun côté. Je fis partir .aussi trois des Indiens du hameau avec des présents pour les caciques ou seigneurs des environs , sachant bien qu'ils ne manqueraient pas de \fs trouver et de découvrir leur retraite ; quand même ils ne seraient pas dans leurs villages. Je leur ordonnai, comme à celui que j'avais envoyé précédemment, de dire pourquoi nous étions arrivés, et que s'ils voulaient Tenir et nous recevoir en amis, je leur pardonnerais tout ce qui s'était passé; que je serais leur allié et les protégerais contre leurs ennemis. Mais que s'ils refusaient mes offres, jeles poursuivrais, jedévasterais leurs champs et leurs pays, je les réduirais en esclavage eux et leurs enfants et qu'enfin je les traiterais en tout comme un ennemi acharné.
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Le lendemain, vers huit heures, un. cacique arriva avec environ seixante Indiens, ^ns armes, comme c'est leur usage quand ils viennent en amis ; et quoiqu'il ne fût pas lui*- même aussi petit que les nains dont je parlerai plus ba^ , il en amena quelques - uns qui n*avaient pas plus de cinq ou six palmes de haut. Je le fis baptifer . avec tous ceux qui l'avaient accom-
pagné, en leur expliquant, la doctrine chrétienne tant bien que mal , comme on peut le penser. Car à qu<?i cela sert-il de les prêcher longtemps et de pçrdre son temps avec eux, puisqu'on les force à abjurer?
Grâce à Dieu , les jeunes ne connaissent pas encore les superstitions de leurs pères, Jeur religion et leurs cérémonies diaboliques , et les vieux , qui ne sont pas trop entêtés , se convertissent/
Je donnai à ce cacique quelques bijoux d'or avec lesquels ils ont l'habitude de se parer et dont précédemment on m'avait fait présent
ainsi que plusieurs petits couteaux et des ciseaux : ensuite je fis alliance avec lui , au nom de sa majesté impériale et au mten^ à condition qu'il se reconnaîtrait le vassal du roi. Je lui ordonnai d'envoyer chez tous les caciques indiens qui habitaient cette co]>» trée,pour les inviter à venir, comme lui > faire alliance avec nous et à se reconnaître vassaux de S. M. impériale, ajoutant que je voulais savoir, quand je traverserais le pays, cj}kA% étaient les villages que je devais traiter en amis ou en ennemis. Ptodânt les cinq jours que je passai dans cet endroit , je reçus en«core la visite d'une foule de caciques des environs : je les fis tous baptiser, après leur avoir fait une courte instruction.
Quoique cette nation des Ayamaaes soit presque entièrement composée de nains, j'en trouvai cependant plusieurs, tant hommes que femmes , qui avaient la taille ordinidre. Leur Kyant demandé la raison de cette diflKéreiyeSy ils me répondirent qu'ils avaient appris de teurs
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ancêtres , qu'autrefoi$ une cruelle mortalité ou peste avait détruit une grande partie de leur nation, et que n'étant plud asse^ nombreux pour défendre leur territoire , ils avaient été forcés de s'allier et de s'entremarier avec quelques tribus de leurs ennemiâ , les Xidéharas, qui demeurent au nord de leur pays , et que c'était à cause de cela qu'on en voyait parmi eux d'une taille plus élevée que les autres.
Ils ajoutèrent qu'à quatre journées de là, pendant l'espace de plusieurs journées de marche , le i>ays n'était habité que par des nains sans aucun mélange «
Après avoir appris d'eux tout ce que je voulais savoir afin de continuer mon voyage> je me remis en route pour arriver au pays de ces nains, et je me fis accompagner d'un village à l'autre par une quantité dlndiens, tant pour nous ouvrir le chemin que pour nous rendre d'autres services* Par leur moyen , je fis facilement alliance ave^ led éd^ ciques de tous les villages^que j'avais à trih
verser , et je n'eus pas besoin d'employer la force; car voyant que j'avais tenu ma parole à ceux de leur nation qui s'étaient rendus, ils se montrèrent tout disposés à faire comme eux.
Le I •' octobre, nous arrivâmes au bord d'une rivière , nommée Tocuio, et j'y établis mon camp , parce qu'il était déjà tard. Cette rivière coule rapidement dans une vallée : elle est très - profonde et très-large. Avec les bou-^ cliers que mes soldats portaient pour leur défense et quelques arbres que je fis abattre à cet effet y nous construisîmes un radeau y qui nous servit pour transporter à l'autre rive nos bagages et ceux des chrétiens qui ne pour vaient pas nager. Nous le tirâmes d'un bord à Fautre avec une corde pour qu'il ne fût pas entraîné par le courant.
Après avoir transporté les troupes, de cette manière, avec beaucoup de peine et de danger» et que les chevaux eurent traversé à la nage, nous nous établîmes sur l'autre rive pour y
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passer la nuit et nous y reposer de nos fatigues, ne redoutant aucun danger. Vers minuit ^ la rivière, accrue par les pluies violentes qui étaient tombées dans les montagnes , déborda tellement qu'elle seleva à douze pieds plus haut que la veille quand nous lavions traversée : elle environna si bien la hauteur sur laquelle nous étions campés, qu'elle en fît une île. Les bagages, les habits de ceux de mes soldats qui s'étaient couchés le plus bas , furent enlevés par le courant, et avant que nous ayons eu le temps de nous apercevoir de rinondation,deuxde nos chevaux \
avaient déjà été entraînés à près d'un quart de ^ mille. Nous ne pûmes trouver d'autres moyens de sauver notre bagage que de le suspendre aux arbres où nous fûmes forcés de monter nous-mêmes. Si Dieu n'était pas venu à notre aide, et si Tinondation eût seulement duré trois heures de plus , elle nous aurait lait éprouver de grandes pertes , et personne ne serait parvenu à se sauver, à l'exception de ceux qui
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s'étaient réfugiés sur les arbres. Mais au bout de cinq heures, par la grâce du Tout-Puissant qui en soit loué , la rivière commença à baisser aussi vite qu'elle était montée, de sorte que le lendemain avant midi , elle n'était pas plus haute qu'auparavant, et toute l'eau ^quî nous avait environnés était écoulée.
Les vivres commençaient à manquer, cependant nous nous déterminâmes à passer encore la journée dans cet endroit pour chercher ce que l'eau nous avait enlevé. Nous parvînmes à retrouver nos deux chevaux , et une partie du bagage qui était resté accroché aux broussailles et aux arbres. Le lendemain nous reprîmes notre route et nous arrivâmes à un village où nous fûmes très-bien reçus par les habitants , quoiqu'ils fussent ennemis des Âyamar nés. Je leur avais envoyé quelques Indiens du dernier village que j'avais amenés avec moi , pour les- prévenir de mon arrivée. Ayant trouvé chez eux des provisions en abondance, j'y passai le reste du jour, et lelen-
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demain à huit heures je continuai ma marche vers les montagnes des Ayamanes.
Les caciques ou seigneurs de ce village sont ennemis des nains de la montagne, où, comme je lai dit plus haut, ces derniers commencent à habiter sans aucun mélange d'autre peuple. Ils ne souffrent aucun Xidéhara parmi eux, et ne veulent pas non plus avoir de communication avec les autres Ayamanes , quoiqu'ils soient de la même nation , parce que ceux-ci ont fait alliance avec les Xidéharas, sans s'être néanmoins mêlés avec eux; ils les haïssent et les méprisent, surtout depuis les mariages mixtes dont je viens de parler.
Après avoir fait environ un mille, nous ar- / rivâmes dans des montagnes si sauvages qu'il \ était difficile et dangereux de faire avancer
les chevaux. Je m'aperçus bientôt que la route devenait de^plus en plus impraticable, et que, quoique nous ayons déjà traversé un mauvais pas, nous en trouvions de semblables
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tous les demi -milles , qu'ainsi notre marche se ralentirait beaucoup , et que les naitïs auraient tout le temps de s'apercevoir de notre arrivée et pourraient défendre l'entrée de leurs montagnes ou abandonner leurs villages. Quand même nous aurions pu parvenir jusqu'à leurs habitations, ils se seraient donc cachés facilement dans des endroits où il eût été impossible de les trouver, et même ils pouvaient nous attaquer dans des passages où nous aurions couru un plus grand danger qu'eux.
Nous ne devions pas nous attendre à être reçus par cette nation comme par les autres, puisqu'elle ne nous connaissait pas et n'avait même jamais entendu parler de nous. Ces nains pouvaient supposer que nous étions venus porter secours à leurs ennemis et aider à les détruire. D'ailleurs , la curiosité seule de voir s'ils élaient aussi petits que la renommée le publiait, m'avait engagé à prendre cette route, puis-
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que mon but était de me diriger vers la mer du Sud, et qu'il était impossible de continuer notre voyage dans des montagnes aussi rudes et où les chevaux seraient plus embarrassants qu'utiles. Je me contentai donc d'envoyer un capitaine avec cinquante hommes de pied et un interprète avec- ordre de m'amener de bon gré, s'il était possible, et sinon de force> q;uelques-uns de ces nains , et je retournai au village que j'avais occupé le matin.
Lqjl^ndemain au soir, mes envoyés arrivèrent conduisant avec eux environ cent cinquante hommes et femmes qu'ils avaient surpris dans un hameau à cinq milles à peu près de l'endroit où ils m'avaient quitté.
Ces Indiens avaient refusé de les suivre et essayé de se défendre , mais ils furent obligés de se rendre , après avoir perdu un grand nombre des leurs et blessé quelques^ uns de nos soldats. Quand ceux-ci se mirent en route avec leurs prisonniers pour venir
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me rejoindre, ils furent attaqués de nouveau par une multitude dlndiens qui blessèrent un grand nombre de chrétiens ^ ainsi que plusieurs prisonniers dispersés parmi le^ nôtres, car ils tiraient du haut des montagnes et des collines, avantage dont ils savent très-bien profiter. Les prisonniers qu'on m amena étaient tous de très-petite stature, sans aucun mélange , comme les Indiens me lavaient dit; les plus grands étaient hauts de cinq palmes, et beaucoup n'en n'avaient que quatre; cependant ils étaient ^pien faits et bien proportionnés.
&)mme nous ne pouvions pas nous en ser* vir à cause de leur petite taille, je ne voulus pas les garder, quoique les porteurs commençassent à nous manquer. Presque tous les Indiens que nous avions avec nous pour transporter nos bagages s'étaient enfuis pour retourner dans leur pays. Je me contentai
donc de les faire baptiser et de les exhorter à la paix ; et je réussis même à les récon-
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cilier avec le cacique du village où noua nous trouvions tt qui était leur ennemi.
Je les laissai ensuite retourner chez eux à rexception de dix qui me parurent les prin^ eipaux , et j'ordonnai aux autres de racon-î ter à leur cacique le bon traitement que je leur avais fait et de lui remettre quelque^ présents dont je les chargeai, en l'invitant à venir me voir au village de Carohana, à trois milles de là, où je comptais aller coucher^ et où je l'attendrais tout le jour sui-^
*' •■ van^-
Quand ils furent partis, je continuai ma marche sur Garohana, où je trouvai tout préparé pour me recevoir, car le cacique de ce village était l'ami de celui que je venais de quitter , et il appartenait à la même alliance ou confédération. J'y restai le lendemain, nous y trouvâmes une grande quantité de gibier surtout des cerfs et des élans. Deux caciques des nains arrivèrent à midi avec une nombreuse suite bien armée ;, ce qui n'est pas
cependant leur usage quand ils sont vos amis ou qu'ils veulent le paraître. Les habitants de Carohana qui travaillaient dans leurs champs, les ayant aperçus de loin avant qu'ils fussent découverts par nos sentinelles , tout le village fut à Knstant en émoi, car ils croyaient que leurs ennemis venaient les attaquer. Quand je les vis se rassembler et courir aux armes, je leur demandai la raison, craignant que ce ne fût contre nous. Le cacique me répondit que leurs ennemis venaient les surprendre et qu'ils me conjuraient "JÏp les secourir. Lorsqu'ils approchèrent du village , l'interprète me dit que c'étaient les caciques de la tribu des prisonniers que j'avais délivrés la veille : en effet, quand ils furent près de nous, ils prirent leurs arcs d'une main et rélevèrent en l'air, ce qui est parmi eux un signe de paix. Ils étaient au nombre d'environ trois cent.
Je les fis asseoir et leur reprochai d'être arrivés armés et en ennemis, ajoutant
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que si Tinterprète et leurs dix compatriotes quej avais gardés ne m*en avaient pas empêché, je les aurais chargés, et taillés en pièces. Ils me dirent pour excuse, qu'ils avaient été obligés de venir ainsi pour pouvoir se défendre contre leurs ennemis et retourner en sûreté chez eux. Ils me firent quelques présents d'or : le cacique me donna une naine de quatre palmes 4e haut, belle, bien proportionnée , et qu'il me dit être sa femme .
telle est leur habitude pour assurer la paix. Je 'la reçus malgré ses pleurs et sa résistance , car elle croyait qu'on la donnait non à des hommes, mais à des diables. J'ai amenji; cette naine jusqu'à Coro, où je l'ai laissée, voulant pas la faire sortir de son pays ; car les Indiens ne vivent pas longtemps hors de leur patrie, et surtout dans les climats froids. Je persuadai aussi aux caciques de faire la paix avec les habitants de ce village , qui étaient leurs ennemis comme je l'ai dit. Ils se reconnurent vassaux de sa majesté impériale et
de ses successeurs; mais je n'osai pa^ teur demander de tribut , ne me sentant pas asaes fort pour lexiger ; car la soumission des Indiens à sa majesté, ainsi que leur alliance^ ne dure qu'autant qu'ils ne peuvent pas faire autrement.
Je marchai encore environ cinq jours sur le territoire des Ayamanes,et je fus très-bien accueilli partout, ayant soin d'envoyer, d'un village à l'autre , des Indiens amis pour les avertir de notre arrivée , de la manière dont nous avions traité les autres, et que nous ne tenions pas pour leur faire du tort. Je ne reçus |>as de ces gens de grands présents en or ; ife en possèdent fort peu , et n'ont pour ornement que des petites pierres noires et bHl-^ lantes qu'ils enfilent comme des grains de cha-^ pelet , ainsi que des coquillages qu'ils achètent aux autres nations , et qui sont rares chez ce peuple éloigné de la mer , qui ne la connaît pas et n'en approche jamais.. Ces Indiens sont toujours ennemis des nations voisines :
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ils ne voyagent pas, et n'erapiètent jamais sur le territoire des autres tribus.
Nous arrivâmes le 12 octobre dans le dernier village de la nation des Ayamanes ou des nains : là commence le territoire d'une autre nation, nommée Cayones, qui sont les ennemis des Ayamanes, et dont nous devions aussi , de gré ou de force , acquérir l'amitié.