CHAPITRE VL
NATIONS CAYONES (i).
Les Cayones sont surpris. — Federmann gagne leur amitié par des présents. — Les Caciques ou seigneurs se réunissent en secret pour se préparer à la résistance. — Ils sont saisis pendant la nuit et emmenés de force. — Le roi est enchaîné pour avoir manqué à son serment. — Leur inconstance et leur méfiance sont punies.
Je suivis avec ces Cayones la même marche qu'avec les autres nations : et le lendemain ,
^ Simon ( Conguisia de tierra Jirme , pag. 1 69 ) parle aree
n8 RELATION
avant le jour, je surpris un de leurs villages. Ils voulurent d'abord se mettre en défense; mais ils s'apaisèrent bientôt, car je leur fis expliquer par les Ayamanes , dont j'avais amené plusieurs avec moi, quel était le but de notre voyage. Ils se tranquillisèrent alors, m'offrirent un peu d'or en présent et tous les vivres nécessaires. Nous nous établîmes dans les maisons qui nous parurent les mieux situées et les plus faciles à défendre, voulant y passer deux ou trois jours , et chercher, comme à l'ordinaire, à faire alliance avec les Indiens qui habitaient dans les environs, pour voyager ensuite plus tranquillement et avec moins de danger.
Je fis escorter, par quelques chrétiens, les Ayamanes jusqu'à leur territoire; car ils craignaient d'être attaqués par leurs enne-
éloge do la valeur de cette nation des Cayones , qu'il nomme Coyones , et qui résistèrent longtemps à George de Spire et an capitaine Diego Martinez ( li^. />. 270), mais il n entre dans ancun détail à lenr ^rd.
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mis les Cayones. J'essayai de rétablir la paix entre les deux nations ; mais les Ayamanes ne voulurent pas y consentir , ce qui m'était assez indifiFérent. Ils disaient qu'un certain nombre des leurs avaient été faits prisonniers et massacrés par les Cayones, et qu'ils n'étaient pas encore vengés. Je voulais seulement leur prouver que notre amitié était véritable , et que nous n'étions venus que pour leur bien.
En définitive, nous n'étions pas fâchés quils fussent ennemis les uns des autres, car cela rendait d autant plus diffidle leur réu* nion contre nous»
Nous pensions avoir gagné l'amitié des habitants du village où nous nous trouvions : nous croyions que les présents qu'ils noiis avaient faits en étaient la preuve, et qu'ils nous seraient fidèles comme lavaientété les Indiens desau-^ très villages, quand un matin nous nous aperçûmes que, pendant la nui t,le cacique était parti avec tous les habitants, hommes, femmes eten^^* fants, et qu'ils avaient laissé leurs maisons dé«<*
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sertes. Cela leur fut d'autant plus facile qu'ils s'étaient logés dans les habitations les plus éloignées, seulement, à cequenouspensions, pour mettre leurs femmes en sûreté. Je prévis sans peine qu'ils avaient pris la fuite pour se réunir aux tribus voisines. Craignant à chaque instant d'être attaqué, je fis occuper les hauteurs par mes soldats^ et je restai ainsi jusqu'au soir sur la défensive. Vers les cinq heures, je fis partir cinquante chrétiens, dont quatre cavaliers, accompagnés de quelques-uns de nos Indiens, qui sont très-bons dans les surprises et pour le premier choc, leur donnant , pour les accompagner, un interprète de la nation des Ayamanes, qui connaissait trèsbien le pays. Je leur ordonnai d'aller jusqu'au premier village que l'interprète nous assurait n'être pas éloigné, de le surprendre trois heures avant le jour (c'est l'heure où tout le monde est endormi, et où l'on craint le moins une attaque de l'ennemi), et de faire le plus de prisonniers possible.
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Ce plan réussit complètement. Ils surprirent un village à deux milles de notre camp , et firent près de quatre-vingts prisonniers, hommes et femmes ; le reste s'était échappé : ils arrivèrent avec eux vers les onze heures du soir. Il avait été inutile de suivre mes ordres et d'attendre l'approche du jour, le village étant petit et les habitants peu nombreux , de sorte que les nôtres se trouvaient en force.
Ayant questionné les prisonniers , et appris où s'étaient retirés le cacique et les Indiens qui avaient abandonné le village que nous occupions, je fis partir sur-le-champ cinquante hommes pour les surprendre ; je les fis accompagner par plusieurs des prisonniers qui devaient montrer le chemin- Mais quand ilsen approchèrent , ils les trouvèrent sur leur garde , quoique ce fût au milieu de la nuit, et à l'heure à laquelle on a l'habitude de se livrer au sommeil. Ils se décidèrent alors à les attaquer en poussant de grands cris pour les ef- I. 6
frayer et leur faire croire qu'ils étaient trèânombreux.Ges Indiens se mirent toutefois en défense , blessèrent sept chrétiens et en tuèrent un , que les autres enterrèrent secrètement et dans un endroit écarté, afin que les Indiens ne s'aperçussent pas que nous étions mortels , car ils nous croyaient invulnérables. Un grand nombre d'Indiens périrent dans ce combat, et l'on fit quarante prisonniers, parmi lesquels se trouvait le cacique, que j'ordonnai d'enchaîner afin de le punir d'avoir manqué à sa parole. Je distribuai le reste des prisonniers entre mes soldats pour porter leur bagage, ce qui était bien nécessaire.
Une grande partie des Indiens que nous avions amenés ayant pris la fuite, nous voulions ménager ceux qui nous restaient , ne pas les épuiser et les réserver pour le moment du besoin; d'autant plus qu'ils pouvaient nous aider à résister à l'ennemi dans les passages difficiles, et que, de loin, ils nous faisaiept paraître plus nombreux. Nous pouvions du
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reste nous fier à eux; car ce n'est qu'avec notice secoijrs qu'ils pouvaient espérer de traverser le territoire de tant de nations pour retourner dans leur patrie. Nous marchâmes pendant cinq jours sans qu'il fût possible de faire alliance avec les habitants d'aucun village, quoique nous eussions toujours le soin d'envoyer d'avance un de nos prisonniers porter des présents au cacique , et lui expliquer pourquoi nous nous étions emparés de celui qui était avec nous : mais ils ne voulurent pas se fier à nous, et nous ne revîmes pas non plus nos envoyés. *
Tous les villages que nous traversions étaient déserts et abandonnés; car les Indiens qui avaient réussi à s'échapper , avaient répandu par tout le bruit de notre arrivée. Nous ne pûmes pas même parvenir à apercevoir des naturels : seulement une ou deux fois il en parut quelques-uns sur les hauteurs , qui se mirent à nous lancer des flèches , mais sans pouvoir nous atteindre ; tandis qu'ils auraient
pu facilement nous écraser en faisant rouler sur nous des rochers. Mais ce n était pas la volonté de I>ieu , et il ne leur en inspira pas la pensée*