‹ Belle et agréable narration du premier voyage de Nicolas Federmann le Jeune, d'Ulm, aux Indes deChapitre 12 sur 23 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LA NATION DES XAGUAS (i).

Gomment les Indiens de cette nation sont surpris par Nicolas Federmann et les siens qui leur paraissaient plutôt des diables que des hommes. — ils se rendent et font alliance avec eux, ce qu'ils ont prouvé ( quoique de force ) par de^ présents d'or et de toutes sortes de provinons.

Nous arrivâmes enfin au dernier, village de cette nation , où commence le territoire d'une

(i) Je n>i rien pu trouver .ûi dans SimoAi, ni dans Ovie4

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autre tribu, que l'on nomme Xaguas. Nos guides nous firent marcher pendant quatre jours dans un ruisseau qui coule entre deux montagnes. Les Cayones n*ont pas d'autre

y Banos sur cette tribu des Xaguas. Laet place sur la rive droite du lac de Maracaïbo une nation qu'il nomme Axaguas , et qui ne peut être la même que celle-ci. Mais Castellanos en fait plusieurs fois mention et place leur habitation sur les rives du no Meta. Il dit en parlant de leur résistance à donAlonsode Herrerar (£/tf^râx devarones illustres de las Indias^p. si4):>

« Mas no pudieron yr sin ser sentido»

A causa de ser campo descubierto

Y ser los Indios Xaguas carniceros TodosTigilantissimosguerreros, >

> Los quales en aquestos menesteres De toda cobardia muy agenos , Embiaron al monte las mugeres AI inutil varon , ni mas ni menos :

Y fueroiAus guerreros parreceres Esperar en el campo como buenos Ck)n largas guaycas , dardos y paveses Sin temer de fortuna los reveses. »

Ils ne purent ( les Espagnols ) s'avancer sans être aperçus , làcampagne étant découverte , et les Indiens Xaguas des gen» féroces, et tous des guerriers sans cesse sUr leurs gardes.

Dans ces occasions diiSciles , la crainte leur était inconnue ; ils envoyèrent dans les montagnes leurs femmes et tous les vieillards. Leur résolution belliqueuse , fut d'attendre bravement l'ennemi sur le champ de bataille , armés de pesante»

DE FBBERMANti, S'^J

chemin : en ayant deinandé la liaison knx prisonniers , ils me répondirent que comme les deux nations sont ennemies/ mangent dé la chair humaine , et cherchent toujours à se surprendre mutuellement par toutes sortés de ruses , elles ont l'habitude de marcher dans l'eau pour qu'on né puisse pas suivre leurs traces. Cela leur est d'autant plus facile , qu'elles sont nues et plutôt poisson que chair. Aussi ne vivent-elles tranquilles et sans crainte que quand les eaux sont trèshautes.

Quoique les Indiens fassent ordinairement

massues , de dards et de boucliers, sans craindre les revers d% la fortune.

£t plus loin.

» Buscaron les peones d entrada Que con raro yalor fue defendida De gente Xagua y de Gaquetia Hasta que fenecio la luz del dia . »

Les fantassins se rendirent maîtres décentrée, qui fut défeO* due jusqu'à la fin du jour avec une rare valeur, par ceux d« Xagua et de Gaquetia.

cette route dans l'eau, en un jour et demi , nous fumes obligés d'en employer quatre , car nous avions beaucoup de peine à avancer avec nos chevaux et nos bagages. Pendant tout ce temps , nous ne sortions pas de Teau , excepté à midi et le soir , où nous avions l'habitude de chercher une prairie pour manger et nous reposer.

Nous commencions à manquer de vivres ; car , d'après ce que nous avaient dit nos prisonniers , nous avions espéré arriver plus tôt au premier village.

Quand nous eûmes enfin atteint le territoire des Xaguas, et que nous fûmes sortis de l'eau, nous éprouvâmes une nouvelle difiBculte : nous ne savions comment communiquer avec eux. Nous étions en effet ennemis de la nation que nous venions de quitter, nous n'avions pas pu faire alliance avec elle , et nous n'avions aucun moyen de prouver %ux Xaguas quel était le but de notre voyage , et que nous ne venions pas pour les attaquer.

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Ce qui nous tranquillisait cependant, c'était, qu'étant ennemis des Cayones, ils ne pourraient pas se trouver offensés de la manière dont nous avions traités ces derniers.

Quand les Cayones , qui nous accompagnaient, nous annoncèrent que nous n'étions plus qu'à trois milles du premier village de cette nation, nous établîmes notre camp, ayant soin d'occuper les hauteurs et de faire bonne garde, afin que des Indiens ne pussent pas nous apercevoir et jeter l'effroi parmi leurs compatriotes. Dès que la nuit fut venue, j'envoyai un bon nombre des miens avec ordre de les surprendre, et de m'amener tous ceux dont ils pourraient s'emparer. Le lendemain, vers midi, ils furent de retour avçc quelques naturels qu'ils avaient pris dans le village dont j'ai parlé , et qui n'est jpas considérable. Ces Indiens, effrayés de se voir attaqués à Fimproviste paf? des gens inconnus , et qu'ils prenaient plutôt

pour des démons que pour des hommes , fie s'étaient pas défendus.

Je désirais dissiper leurs craintes par toute sorte de bons traitements , et les dispo^ ser à faire alliance avec nous , afin qu'ils rie devinssent pas nos ennemis comme les Cayones;car, outre les grands dangers qui résultent de ces inimitiés, cela augmente la difficulté de se procurer des vivres et des pro-^ ▼îsions dans un pays inconnu. Je n'avais pas d'interprète à qui je pusse accorder ma confiance , car ceux qui savaient la langue desXaguas, étaientdeux prisonniers Càyônes.

Cependant, ne pouvant faire autrement, je fis venir celui qui me parut le plus propre à cet emploi , et je lui promis , non-seulement de le remettre en liberté et de le renvoyer en sûreté chez lui , mais encore de lui faire des présents, s'il parvenait, en traduisant fidèlement mes paroles , à nous concilier I amitié des Xaguas, et s'il leur disait que je ne les avais réduits eux-mêmes à l'esclavage,

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que parce qu'ils m'avaiesit manqué de paroJe en abandonnant leurs villages et en prenant les armes contre nous. Il me promît d'exécuter fidèlement mes ordres, et il le fit en effet. J'accordai la liberté à presque touslej^gi^^ guas et tfen gardai que cinq, qui me palpureût les principaux , ainsi que le cacique , espérant que ces Indiens seraient d'autant mc^N

disposés à nous attaquer , qu'ils sauraient leur seigneur entre nos mains. En lés renvoyanlf je leur remis, pour les caciques des environs , quelques présents qui , chez nous , ont peu de valeur, maiâ qui, pour eux, en ont beaucoup. Je leur ordonnai de demander de notre part k paix et le libre passage ; de leur annoncer que nous n'étions veïius^ que pour les protéger contre leurs ennemis et faire alliance avec eux ; et de les inviter à venir me trouver dans le village où mes gens les avaient fait prisonniers, et où j'allai m'établir. Ce village se nomme Coary.

En effet, le aS octobre, vers quatre heu-

res du soir, à peine y étions-nous arrivés, que l'on vit arriver plusieurs caciques des environs, et avec eux près de huit cents personnes , hommes et femmes , qui demeuraiqpt à deux ou trois milles à la ronde. Tous étaient sans armes, et n'avaient à la main que des baguettes comme ils ont coutume de le ùite quand ils viennent avec des dispositions pacifiques. Ils m'apportaient, en présent, de •br, ainsi que toutes sortes de provisions et de gibier.

Je passai deux jours dans ce village , et j'y reçus la visite d'une foule de caciques des envi* rons. En un mot , pendant les cinq jours que je fus sur le territoire de cette nation , je fus traité en allié, et l'on me fit toute espèce d'amitié. Je n'ai , du reste , rien de particulier à en raconter.

Le 3, du mois d'octobre , j'arrivai dans un village nommé Cacaridi , le dernier de ceux de cette nation , et qui est éloigné de soixante - treize milles de la ville de Coro ,

BË FEDERMANN. ^^ qS

d'où nous étions partis, à travers les plus rudes montagnes que j'aie jamais vues, et après avoir éprouvé bien des difficultés pour faire passer les chevaux, surtout dans les défilés du pays des Cayones, nos ennemis comme je l'ai dit, et dont laide nous aurait été bien nécessaire pour nous frayer un chemin. Nous fûmes obligés de le faire ncpsmémes, quoique nous eussions avec nous deux cent cinquante Indiens , hommes et femm^ qui portaient nos bagages et nos provisions de bouche et de guerre. Si nous n'avions pas pris ce parti , il nous aurait été impossible de continuer notre route, et si cela avait duré plus longtemps, nos peines et nos fatiques auraient été si grandes , que notre nombre en aurait été bien diminué.

Les montagnes finissent à trois lieues du village dont je viens de parler : nous trouvâmes de l'autre côté un des plus beaux pays des Indes , habité par une nation qui porte le nom de Caquetios. Ce nom nous

étonna beaucoup quand nous rapprîmes deB Xaguas , et il nous parut incroyable qpi'il j[ut le même que celui des Indiens des eixvtrons de Coro y dont nous étions éloignés > )oonmie je viens de le dire, de soixante -treize miMes.- Wous ne pouvions nous imaginer que oiette nation parlât aussi la même langue , surtout apirès avoir traversé le territoire de cinq peuples qui tous ont un langage diffiérent.

Kùus en fûmes d'autant plus réjouis ^ qtie nous nous y attendions moins ^ et que y jime^ que là, nous n'avions pu noua tirer d'eSàbpù qu'avec une peine infinie.

J'avais d'abord parlé avec les Caquetios^ parle moyéttdedeux chrétiens en qui j'âtrfiâ$ une entière confiance j et qui savaient parfoité^ ment la langue; mais il me fallait avoii^ deux interprètes avec les Xidéharas, trois avec les Âyamanes , quatre avec les Côyones^ et cinq avec lés Xaguas. Iln*y a pas de doiite, qu'avant que mes disiîôurs arrivasses è ^h| ciniquiètûe personne, dhacun y avait cbài^^

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OU ajouté quelque chose; de manière que sur dix de mes papDles , il y en avait à peine une qui parvenait à mon interlocuteur; ce qui n'était pas une petite difficulté, et nous empêchait de nous procurer bien des renseignements sur les pays que nous traversions.

Les quatre nations dont je viens de parler , savoir : les Xidéharas , les Ayamanes , les Cayones et les Xaguas , mangent de la chair humaine. Chacune de ces nations est l'ennemie des autres : je dirai par la suite ce que j'ai appris de leurs mœurs et de leurs coutumes.

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