CHAPITRE VIII
NATION CAQUETIOS (i).
Cette nation nombreuse et gnerrière est trés-riche enor. — • ]^e, a. forcé par. sa puissance tous ses voisins à loi abandonner les plaines et à se retirer dans les montagnes , en gardant pour elle le territoire lé.plus beau et le' plus tea&e. — Â Farrirée des chrétiens , elle leur offirit de bonne volonté une grande quantité d'or.
Apuès avoir quitté le dernier village des Xaguas , et nous être approchés jusqu'à la dis*
(i) Aucun auteur ne fait mention des Gaquetios, comme habitant l'intérieur du pays, à l'exception dejCastellanos : voyez le passage que j'ai cité dans la note précédente.
()tt RELATION
tance cl un mille des Caquetios^ que les premiers nous avaient représentés comme nombreux et guerriers, nous commençâmes à apercevoir leurs villages^ Ils sont situés dans une belle plaine, sur le bord d'une grande rivière , et Ton en compte près de vingt. Nous fîmes halte, pour délibérer sur ce que nous avions à faire; car voyant tant d*habitations, nous commencions à craindre d'être attaqués par un nombre d'Indiens tellement supérieur au nôtre, que nous ne puissions leur résister s il& refusaient nos propositions d'at liance. Les naturels des environ» à» Corancms avaient déjà pairlé de la Yakur et de: k: £wGe de cesCaquetios; et les !Su9gua3 aou^ ^yaiœt confirmé leur rapport comme je Tai dit plus haut. Ils ont forcé toutes les nations à se réfu* gi^r dai^ les. mqixtagues,, pour jlpulr seuls des pjftiii^^b^lleaejtfertileâicar^i à Te^oceptioix ^ ceux qui vivent près de Goro, ces Indiens habitent le$ terres, les. m^eilleui^esiiet. qa sowffrent pas qiiaujcune autre tribu siy établisse.
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Après avoir mûrement délîbéf é , considérant la multitude de ces Indiens et le petit nombre de nos soldats , nous crûmes , qu'il serait plus sûr pour nous dé tlé pàs les surpFendre, comme nous avions fait avec les autres. Nous prîmes donc le parti de leur envoyer un des Indiens Caqùetios qui nous avaient sui^ vis depuis Coro, et quelques Xaguas que nous avions amiené^ du dernier village de cette natioBK Ces derniers vivent en paix avec les tribu» des Caquetids , sua* le territoire desquelles nous ûous trouvions , et font avec elles un côttimcrCe de seL Noua leur remimes plusiem*s présents pour leâ chefs ou caciques de cette province,» nommée Vai^iquecemctd (i), leïir
(i) Le capitaine Juan de Villegas fonda, en 1 55 2, une colonie dans cette contrée, sur les rives du Rio Buria, et la nomma Nueva Segot^UAlwaHchom cet emplacement à causé de la proximité des minçs d^or de la vallée de Nirua; mais les maladies eansees p«t le climatflet Ik àitàéiûté de se procurer des TÎvres, déterminèrent le gouverneur Villasinda à la transporter à deux Héued de Tocuyo. Pablo GoUado la plaça plus tard entre le rio lurhio et le rio cktro^ et edfÎA legoUrenieur Manzanedb l'établit dans l'endroit où elle est aujourd*htti>. C'est là que fut ftië 1© femeAk Lope à'kigàitHf, ( SiMan, Ncfticia v, cap. xiaC , p. 383. )
enjoignant en même temps de faire connaître le but de notre voyage , et de les inviter à venir nous trouver, s ils voulaient être nos amis et nos alliés.
Nous n'espérions pas que cette nation s'y déciderait si vite; nous crûmes cependant que ce serait la meilleure manière de gagner son amitié ; et comme lorsque nous fîmes partir les Indiens , il était déjà trop tard pour pouvoir attendre une réponse avant le lendemain , nous passâmes le reste du jour et toute la nuit dans cet endroit, en faisant bonne garde. Cette halte fut aussi très^utile pour laisser reposer nos chevaux , qui formaient notre principale force , et qui sont ce que les naturels craignent le plus.
Le lendemain , nos envoyés revinrent avec des Indiens Caquetios, qui n'étaient pas au nombre de plus de quarante; ils nous apportèrent du gibier et d'autres provisions, nous annonçant que leurs caciques nous attendaient dans leurs villages; qu*ils étaient
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tout prêts à faire alliance avec nous, et se réjouissaient fort de notre arrivée.
Je les congédiai en leur annonçant que nous allions les suivi^e; mais je repouàsai adroitement l'offre qu'ils nous firent de rester et de nous accompagner pour nous montrer le chemin, ne voulant pas questionner mes envoyés en leur présence. Ces Caquetios m'assurèrent que je ne devais craindre, ni attaque, ni trahison. L'Indien que je leur avais envoyé , et qui , comrag je l'ai dit plus haut, était venu avec moi de Coro, leur avait beaucoup vanté les bons traitements que toutes les nations qui s'étaient déclarées nos amies, avaient reçus de nous, tous les serr vices que nous leur avions rendus, ainsi que notre puissance et notre force, par lesquelles nous avions réduit facilement tous ceux qui avaient voulu nous résister. D'après ce rapport, ils s'étaient décidés à faire alliance avec nous, et à nous fournir tout ce dont nous pourrions avoir besoin* Pour récompenser le
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Goquetio de ce service , je lui iSs des présents, et je lui rendis la liberté^car il avait ëtë jusque là Vesclave d'un chrétien.
En voyant le nombre et la grandeur de villages des Gaquetios , il me lîit facile de m*a^ percevoir, qu'outre ce que leur avait dit l'interprète, ils s'étaient décidés à s'allier avec un peuiple dont ils n'avaient jamais entendu parler» parce qu'ils se sentaient asse£ forts pour nous résister si nous voulions les maltraiter. Je ^s confirmé dans cette opinion, par leur refus de s'abaisser à venir au-devant de nous , comme l'avaient fait les autres nations, regardant comme honteux pour eux de nous obéir ou de paraître noua craindre.
Etant donc arrivé au premier bourg de cette province de V^ariquecemeto , j'y trouvai une réunion de près de quatre mille Indiens, tous forts et bieil faits et qui nous firent un très-bon accueil.
Je passai environ quinze jours dans leurs
villages; i\s^ sont »u nombre deyingt^tcott, «t tous dituës Mir k bord du fleure, à la dis^ tance d^an^ mille ou d'un demiMiniUiB las uns d^s autres. J^^mpioyai le temps de notre séjour à touttxaminé^, k gagiater lent* confiance, ainsi qu a prendre des renseignements sur les pays que nous avions à traverser. Ces gens nous firent toutes sortes damitsës-Le^ villages de cette province de Yariqueceineto nous ont donné en tout, mais dé bonne voïonté et sans y être forcés , près de troi^ mille pesos d'or , ce qui fait cinq mille florins du Rhin , car c'est un peuple riche et commerçant;, et l'on pourrait en tirei\beaucoup d'or en échange d'objets en fer, tels que hameçons, haches, couteaux, etc. , dont ils manquent absolument. On doit le voir d'après la quantité qu'ils nous en donnèrent de bonne volonté , et seulement pour nous prouver leur opulence, et non par crainte comme l'avaient fait les autres nations. Il leur était facile de s'apercevoir combien ils nous surpassaient
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en nombre; car je crois que ces vingt villages pourraient rassembler en une demijournée trente mille hommes, armés et exer^ ces, comme je l'expliquerai plus tard quand je décrirai leurs mœurs. Outre cela, leurs villages sont bien fortifiés (i), et ne pourraient
(i) Castellanos, que j «i souvent occasion de cHer, et qui eoauaissait mieux le pays que ceux qui en ont écrit lliistoire , nous a laisse la description de ces forteresses ( Elegia à • im
muerte de Diego de Ordaz , canto ii , pag. 1 7 7 ) ^
• Aquestos dichos fuertes, o cercados Tienen , senores y para su defensa De grosiçsimos arbores plantados Donde la verde rama se condensa :
. Unos despues de otros ordenados Con mas vigor de lo que nadie piensa , Pues aquel gran grosor que Ileva hecho, Tiene de duracion projixo trecho. »
» Otros palenques hay mas estendido»
En muchos dcstos campos y çavanas IV'o de plantas de arbores nacidos (k>mo las otras cercas mas ancianas ; Sino de palos muy fortalecidos Y cada quai con dos otres audanas Con las ^cintas espessas di bexucos O correosas yedras di arcabucos.
Les chefs se retranchent dans ces forts ou enclos : ils sont fuiti de gros arbies plantés. Leurs vertes branches sentreJaceot touffnes : disposés les uns près des autres, ils présentent une .
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pas être surpris cinnme ceux [des autres Indiens; car ils sont les ennemis des quatre nations qui les environnent , et doivent s'attendre à chaque instant à être attaqués à Timproviste. Us en agissent de même à leur égard. Quoiqu'ils fassent un commerce de sel avec plusieurs villages des Xagtias, qui .touchent à leur territoire, ils sont cependant aussi les ennemis de ce peuple. Du second côté, habite la nation des Cyparicotes; du troisième celle des Guy tas. Ces nations sont anthropophages; elles massacrent et dévorent tous les prisonniers qu'elles font, 3oit à la guerre, soit par surprise. Du quatrième côté , ils ont une autre tribu de leur nation , qui habite le valle por blado ou vallée peuplée , qu'ils nomment Var
résistance plus forte qu'on ne ponrraitle croire,' et lorsqu'ils ont atteint toute leur grosseur, ils durept un temps considérable. ' *
Il existe dans beaucoup de ces grandes campagnes et sava< nés d'autres palissades ; non pas d'arbres plantés , tels que les autres forts plus ancîehs ; mais faites de pieux consolidés : chacun a deux ou trois rangs. Ces enceintes sont entrelacées de lianes , ou de lieite flexible des pays montagHeux. ' '
rarida, et dont je parlerai plus tard, 4Mit* noud lavons traversée en revenant à Goro :
cette peuplade est pareillement leur ennemie.
Ces circonstances les ont engagés à étabKr leurs villages aussi près lesunsdes autres^ ato de pouvoir se réunir plus aisément pour résister aux attaques des ennemis qui les enviroiir nent de tous côtés. Dans tous les pays que nous traversâmes , nous ne trouvâmes nulle part une population aussi nombreuse sur un aussi petit espace de terrain , ni tles villages si considérables et si bien fortifiés.
Dans cette province, j'entendis parler d'une autre mer que nous cherchions, nommée mer du Sud ou du Midi , et qui était précisément le but principal de notre voyage* Nous espérions y découvrir une grande quantité d'or, de perles et de pierres précieuses , comme on en trouve dans les autres gouvernements des Indes , dans la partie qui avoisine la mer du Sud. Les Indiens , qui en avaient connaissance , prétendirent qu'ils n'y avaient pas été
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eux^-mémes , mais qu'il&myaient entaoKiu leurs ancêtres en parler; ce ^que nous regardâmes seulement comme un prétexte qu'il* prenaient :pOiir éviter d*être obligés, de gré ou de force , de nous y conduire.
Pendant les quinre jours que j'emfiloyai ^ comme je l'ai dit, à visiter les divers villages de cette province, près de soixante chrétiens tombèrent malades, et quelque&^uns si griè*vement, qu'ils ne pouvaient cohtinuer leur route ni à pied ni à cheval. Quoiqu'il eut été bien nécessaire de rester plus longtemps pour attendre leur rétablissement, ils préférèrent continuer le voyage , attribuant leur maladie au climat humide et malsain de cette contrée , et opérant qu'ils guériraient en changeant d air.
Je me mis donc en route vers la mer du Sud,fiûsant transporter, par les Indiens de charge, les matades les plus souffrants , dans des hamacs ou lits du pays, dont, je ferai la description plus tard, it disais aux habî^
tants qu'ils ordonnaient qu'on lès portât ainsi , parce qu'ils étaient de grands ^ sei* gneurs. Je fis mettre pied à terre aux hommes qui avaient conservé leur santë; même à ceux qui étaient propriétaires de leurs montures, j'y fis placer les malade», deux sur chaque cheval, cachant, autant que possible leur état aux Jndiens. Ils croyaient que nous n'étions sujets , nia la mort, ni aux m»» ladies; et s'ils s'étaient aperçus du contraire, cela nous aurait fait le plus grand tort , car ils se seraient décides à nous attaquer.
On doit penser combien cela vint mal à propos , et dans quel chagrin j'étais plonger, me trouvant dans un pays éloigné , in^ connu , avec des soldats malades et hors d'état de se défendre. J'ignorais si je devais avancer ou reculer, me trouvant au milieu de gens sur l'amitié desquels je ne pouvais compter que tant qu'ils ne se croiraient pas assez fortâ pour nous combattre. Je ne savais pas non plus quelles nations nous avions
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devant nous , et je devais supposer, qu'étant ennemies de ceux de Variquesemeto , elles seraient puissantes et guerrières , puisqu'elles avaient pu résister à des rivaux aussi forts et aussi nombreux. »
Tout cela cependant ne put ébranler ma résolution de continuer mon voyage; nous n'avions d ailleurs^ rien de bon à espérer en revenant sur nos pas; car si nous étions retournés chez les Xaguas, pour attendre la guérison de nos malades , les Indiens auraient attribué cette démarche à la crainte, et cela les aurait probablement encouragés à commencer les hostilités.
Choisissant donc de deux maux le moindre , je me remis en route, ayant plutôt Fair de conduire une bande d'estropiés et de bohémiens que d'être à la tête d'une armée. Les Indiens me donnèrent deux cents hommes pour porter mon bagage, et pour me montrer le chemin jusqu'en vue des villages des Guybas leurs ennemis; et je. leur promis de les faire
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conduire sains et atufk hors du territoire do ces derniers. Nous ne pouvions nonts paÂseï' d'eux 9 car ta plupart dé nos Indiens de chargea étaient occupes à transporter les malades.
J'avais laissé partir en avant les Caquetioi^ ^ui portaient le bagage , ne redoutant aucune fourberie de leur part ^ et croyant simplement ^e se voyant pesament chargésf, ils se hàr* taient de partir pour revenir plus tranquille^ ment; mais ils ne portèrent pas les charges phis-de deux milles, les laissèrent au milieu des champs dans un endroit où nous dé'' vions passer 9 et prirent la fuite; croyant peut* être qu'aprèsles avoir conduitssurle territoire de leurs ennemis ^ nous les forcerions de nous Mconopagner encore^ plus loio^ et que nous leur mamqiœriMHr de paroie.
Nonsn'avionsi donepersonne pour transport ter ces bagages , noms ne voulions pas cependanlks inépartiv entre k peu de chrétiens qm avâidït conaerW leur santé ^^ car eeux^î au»* p«i€9Eit été ai chargés, et par suite si fatiguée >
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que si rennemis nous avait attaqués nous n'aurions pu lui opposer aucune résistance. Je fis choisir les choses les plus nécessaires et nous fûmes obligés de les porter nousmêmes, j'ordonnai de cacher le reste hors du chemin pour y rester jusqu'à notre retour, puisque nous n'avions aucun moyen de le transporter.
Notre embarras était d autant plus grand , que tous les Indiens qui devaient nous montrer le chemin s'étaient enfuis, à l'exception, heureusement , d'un petit garçon et d'une femme qui , n'ayant pas pu les suivre , étaient
restés avec nous. Cette femme savait un peu la langue des Cuybas^ mais elle prétendait ne pas connaître le chemin.