‹ Bellegarde ou L'enfant indien adopté [microforme]Chapitre 11 sur 61 · ARTE · texte numérisé non relu

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stances, et d'Argenteuil fut enchanté d’en trouver

un; c'était un jeune officier qui demeurait dans le

même hôtel, et qui était aussi invité à diner chez le gouverneur. Leur hôte les engagea à ne pas se quitter, et à se prêter une mutuelle assistance. La tempête grondait, et l'ouragan leur opposait sans cesse des trombes énormes de frimats et de vapeurs condensées. Les vagues de neige roulaient au-dessus de leur tête avec une telle violence qu'après avoir fait quelques pas ils étaient obligés de tourner le dos au vent afin de pouvoir reprendre leur respiration : mais le compagnon de d'Argenteuil était jeune et vigoureux ; il offrit le secours de son bras au vieux gentilhomme, et après une lutte fort pénible contre les élémens, ils atteignirent la porte du gouverneur.

Une fois débarrassés de leur cuirasse, et annoncés en grande cérémonie par uné escouade de valets, ils entrèrent : le baron apprit que son camarade de route était sir deCourcy, capitaine dans le rot régiment d'infanterie. Après avoir fait un salut cérémonieux à Son Excellence, ils se placèrent au milieu du cercle qui s'était formé à une distance respec-

tucuse de son fauteuil. D’Argentenil s’empressa de remercier son compagnon de l’assistance qu’il lui avait prêtée pour résister aux fureurs de l’ouragan. Il s'était exprimé en assez bon anglais.De Courcy lui répondit en français avec aisance, dignité et respect. Le vieux baron conçut la meilleure idée

de lui.

« Votre nom , dit celui-ci , et la facilité avec laquelle vous parlez ma langue, me feraient croire que j'ai l'honneur de m'adresser à un de mes compatriotes, si vous ne portiez l'uniforme d’officier anglais.

» — Mon nom et ma famille, répondit le jeune homme, sont d’origine française;mes ancêtres habitaient les bords de la Seine, et ont accompagné Guillaume-le-Conquérant en Angleterre. Après le règne chevaleresque de Richard Cœur-de-Lion ils se sont établis dans une province méridionale de l'Irlande.

» —Votre généalogie remonte bien haut, capitaine de Courcy, et je crois que dans cette assemblée vous ne trouverez personne dont la famille date de si loin. »

Lorsqu'on annonça le diner, les deux étrangers ,

attirés peut-être l’un vers l’autre par cette sympathie que le fameux Goëthe, dans son ouvrage sur

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les Affinités Électives , considère comme la source de toutes nos actions, se placèrent l’un à côté de l’autre, afin de continuer une connaissance commencée pendant l'ouragan.

Le gouverneur était flanqué de deux belles dames de Glengarry, aux bras rouges et aux figures entuminées ; elles parlaient fort mal anglais. C’étaient les épouses de deux personnages importans dans le commerce naissant de la colonie : d’un riche marchand de pelleteries, et d’un marchand de bois de mâtures et d’agrès pour la marine anplaise.

Le silence profond de ce repas de cérémonie ne fut rompu qu’une seule fois par un incident assez peu agréable : Coquette , la chienne favorite, en passant devant de Courcy, s'arrêta pour boire dans son verre, et renversà la moitié du vin sur la nappe. De Courcy écarta doucement l'animal. Aussitôt le gouverneur mécontent, contrarié de l’indifférence témoignée à son favori, peut-être de voir sa nappe tachée par le claret, lança un regard foudroyant au jeune officier, et se tournant vers lui :

—Où avez-vous été élevé, je vous prie, monsieur ?

— Dans la maison de mon père, monsieur ; on y met une nappe blanche tous les jours.

Les dames ne purent retenir leurs éclats de rire,

et cette gaieté déplacée augmenta l'embarras des convives. Îls n’en furent tirés que lorsque le gouverneur battit en retraite dans le salon, où, après quelques signes de tête protecteurs , adressés au petit nombre d’élus qui étaient honorés de son intimité, ce grave magistrat se retira. Les affaires de l’état lui défendaient de consacrer son temps aux plaisirs de la société ; ou peut-être la dignité de ses fonctions Vempêchait-elle de s’abandonner à cette

familiarité que les convives auraient pu interpréter

autrement et regarder comme un titre pour solliciter quelque faveur.

L’étiquette ne permettait pas à la société de rester dans le salon après la retraite du gouverneur ; et comme de Courcy n’avait eu le bonheur de plaire ni au secrétaire ni aux officiers d'état-major, qui doivent, au contraire, à un étranger nouvelle ment arrivé les politesses exigées par l’hospitalité, il proposa au baron de reprendre le chemin de leur hôtel. Charmé de sa nouvelle connaissance, d’Argenteuil invita le capitaine à passer avec lui la soirée. Et le jeune officier ayant appris qu’il allait rejoindre son régiment alors en garnison à Mont- Réal, le baron offrit dans sa carriole une place à de Courcy, qui l’accepta avec plaisir.

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