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veiller lui-même au développement de ses facultés, et d'étudier ses goûts avant de le vouer à une pro fession quelconque. Le comte de Groveland avait beaucoup vu ; les différens systèmes d'éducation et leur influence variée sur le bonheur des hommes, sur leur mérite, sur leurs succès, avaient été pour le comte un chjet spécial d'observations et d’études. On nous pardonnera de reproduire ici quelquesuns des résultats de cette sagesse pratique, trop rarement admise dans les livres et la seule qui ait une véritable puissance.
« D’utiles amitiés, disait-il, peuvent se former dans les colléges. L'émulation y règne, sentiment noble et honorable, aiguillon puissant et continuel, qui stimule les généreux efforts de l’ame ; mais ses effets sont-ils toujours aussi dignes d’éloges ? Ne produit-elle pas souvent une lutte de vices entre les enfans, une triste rivalité d’insubordination ?
» D'ailleurs, il n'est pas encore bien prouvé que l’émulation, tant vantée, ne soit pas une source de maux pour l'avenir. Elle rend les esprits les plus heureusement doués, vains, ambitieux et intolérans, quelquefois insolens et orgueilleux ; et souvent ces défauts, quoique mèêlés à une grande supériorité personnelle, font des hommes un fléau social et
non un bienfait.
» On encourage l'ambition comme élément de bonheur, mais qu’enfante-t-elle dans le cœur de l’homme ? Chagrin, désappointement, misère profonde.César, qui s’y connaissait, la nommait, non pas la vertu,maisl’appelait la maladie des grandes ames. Conquérans, démagogues, tyrans, ont été dévorés de ce mal. Rarement ses eflets ont avancé l’intérêt réel de l'humanité. Si l’on pouvait distinguer, au moment où le génie et l'intelligence commencent à se développer, la direction morale qu'ils doivent avoir dans la vie; si, dans la masse des enfans , on était libre de choisir ceux qui sont destinés à gouverner les états , à maintenir leurs institutions et à défendre leur liberté, on pourrait alors leur inspirer une ambition noble et utile; mais nourrir ce sentiment dans le cœur de tous les hommes, sans distinction, en faire l’unique mobile de leurs actions, c’est vouloir donner à chaque enfant , dans son compagnon, où un ennemi ou un esclave.
» Ne voit-on pas que ces pauvres eufans, dont on veut faire des ambitieux, ne sont égaux et semblables, ni de taille, ni de force, ni d'intelligence ? Par quelle ridicule et pédantesque manie classique avons-nous emprunté aux Grecs ce système d’émulation qui leur faisait un devoir de chercher à
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BELLEGARDE. 53 ambition, qui les rendait égoïstes dès leur plus tendre enfance, devint plus tard la cause de leurs
querelles et de ces dissentions dont leur histoire offre tant de preuves, et se termina enfin par leur
décadence et leur servitude. Notre éducation ne peut convenir qu'aux enfans destinés à la carrière des armes ; comme si l’état n'avait besoin que de héros et de gladiateurs. Ce travers est poussé en Angleterre jusqu’au ridicule le plus outré. Nous nous souvenons d’avoir vu les mères de ces enfans, qui par la suite devaient être de graves magistrats, de pieux ecclésiastiques , ou des professeurs de sciences, regarder avec complaisance leurs luttes de boxeur, et leurs parades scientifiques dans les académies de pugilat et d'escrime.
» Ce n’est pas ainsi que les plus grands hommes de l’Europe ont été élevés. Milton , Shakespeare, Bacon, Locke, Newton, Descartes, Montaigne, Voltaire, Rousseau, Byron, Burns, n’ont pas dû leur génie et leur célébrité à ce que l’on appelle une éducation publique. Le temps qu'un enfant passe au collége est assurément le plus malheureux deson existence. Sa tête est fatiguée de grammaire. de latin et de logique, fixés seulement dans sa mémoirc par les larmes , la souffrance ct les punitions. Sa pénible route à travers ses huraanités est
celle du galérien qui remplit sa tâche. Encore le galérien sait-il ce qu’il fait, tandis que l'enfant comprend à peine le travail qu’on lui donne. Dans un âge où sa raison est incapable d’embrasser les idées difficiles et abstraites , c’est d’abstractions qu’on le nourrit , et de métaphysique obscure qu’on le force à surcharger sa mémoire. Tous ceux qui ont été élevés dans les colléges ne se rappellent-ils pas la torture qu’ils éprouvaient quand on voulait leur apprendre mille choses qu’ils ne pouvaient comprendre, et qui ne leur offraient d'autre but probable que celui de leur attirer des reproches et des châtimens? La réflexion et l'étude approfondies donnent seules des idées positives : pour les con cevoir et les appliquer, il faut , non l’esprit ductile et souple d’un écolier, mais la vigueur d’intelligence d’un homme mür. »
Telles étaient les sages réflexions du comte. Elles le déterminèrent à diriger l'éducation d’'Eustace d’après un système différent. Un bon maître lui enseigna les premiers élémens de la langue anglaise, et lui donna des notions suffisantes d’arithmétique et de mathématiques. Le comte lui apprit tout ce qu'il faut de latin pour comprendre la théorie générale des idiomes du midi, nés de cette langue. Dans les intervalles, et pour exercer
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sa mémoire, il lui apprit l’histoire et la géographie, orna son esprit de connaissances générales, en chimie, en géologie, en botanique, et réussit à pénétrer doucement son élève de ces études, mais sans les lui imposer comme une tâche forcée, qui aurait pu le fatiguer et le dégoüter. Aucun des exercices qui assainissent à la fois le corps et l’aine, sans lesquels ne se forme jamais, comme dit le poète ancien,
Mens sana in corpore sano,
ne fut négligé. La principale occupation d’un gentilhomme irlandais, après la session et l’assemblée du grand jury, est la chasse à courre et à tir: aussi, à quatorze ans, Eustace était-il déjà un excellent cavatier, adroit et résolu. On lui avait dit que la crainte était mère du danger. Il étonna ses compagnons de chasse par son sang-froid dans les situations les plus périlleuses et par l'adresse avec laquelle il en sortait. La chasse au tir, qui stimule si vivement l’activité, et dépense la surabondance de vie dont il était doué, lui plaisait surtout. Dans des marches longues et pénibles, les jours passaient rapides, occupés et bien remplis; les soirées étaient consacrées à la lecture ou à des entretiens solides avec ses parens, doués l’un et l’autre
d’une intelligence remarquable. Tantôt son père développait des vues philosophiques sur les phénomènes de la natureetle mécanisme de la société : tantôt son excellente mère favorisait l'essor de cet instinct délicat et actif qu’on appelle goût.
À seize ans il fut envoyé à St-Omer, où les bons pères lui apprirent à parler français, à danser, et à faire des armes. Lorsqu'il atteignit sa dix-neuvième année, son temps avait été si bien employé, qu'il était bien plus avancé dans toute espèce de connaissances que ne le sont ordinairement la plupart des hommes à vingt-cinq ans. Il ne manquait à Eustace que l'habitude des cours et des camps pour faire de lui le portrait fidèle et vivant de ce carac-
tère-modèle qu'Addison a dépeint, de l’homme
civilisé par excellence, du fine gentleman (1). Quant à lareligion, sentiment si rare chez eux qui réunissent tous les élémens de supériorité personnelle, Eustace n’oublia pas que sa mère était meuse; et quelle ame noble ne rapporte pas à sa mère le développement de ses sentimens généreux et tendres ? Tout ce que la dureté naturelle à notre sexe paraît
(1) La véritable valeur du mot gentleman , sur lequel on à discuté, est indiquée par son étymolosic : Gentle-man ; homme courtois, dans lancicnne acception du mot.
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edé- 4 repousser , sensibilité, goût délicat, courage sans omè- 1 férocité, résignation nécessaire dans les positions antôt 4 difficiles de l'existence: tous les sentimens les plus stinct Ü exquis ne jaillissent-ils pas de cette source di- À vineet sacrée, de ce qu'un poète anglais appelle
bons À «le lait de la douceur féminine? » Un autre poète, , et à | français et vivant (1), fait une admirable allusion à ième î cette influence de la femme. Il faut, dit-il, qu'il F
con- 1 Il faut que l'Immortel (2) qui touche ainsi notre ame
Ait sucé la pitié dans le cœur d’une femme.
upart 4 uait à b s pour à arac— (1) Lamartine.
omme 1 (2) Jésus, fils de Marie.
1). | uxqui erson= à te use ; È le dé- î idres? M paraît |!
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