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que les habitans de l'Irlande soient traités pendant des siècles comme des esclaves et des criminels.
— Cette patience m'étonne, reprit d'Argenteuil; vos compatriotes passent pour braves , sensibles, irritables, impatiens. On dit que tout joug leur pèse, qu'ils aiment la dispute, que leurs passions sont ardentes , et que, pour leur pays et leur religion , ils verseraient tout leur sang.
—Ce sont bien là les Irlandais. Maisles efforts qu’ils ont faits jusqu’à ce jour pour s’affranchir ont toujours échoué par leur imprudence. Qui ne s’effraierait d’ailleurs des résultats d’une telle révolution ? Nos chefs patriotes savent bien que l’on ne peut pas, dans un ancien état de société, en improviser subitement un nouveau. Une simple déclaration d'indépendance ne donne pas une flotte, un commerce, des relations politiques. L’anarchie, conséquence nécessaire de notre séparation de l’Angleterre, changerait notre position, mais l’aggraverait. Iltempo è galant’uomo, disent les Italiens; laissonsle remplir sa tâche, c’est à lui de réunir enfin cette grande famille britannique, les enfans d’un même père, sous des lois communes et équitables.
— Irlandais et catholique, vous servez l’Angleterre avec le mème zèle que si vous étiez né à l’ombre de Westminster?
—Assurément : mon engagement aété volontaire, je n’ai point de prétexte pour le violer. D'ailleurs un principe d'honneur , généralement admis, ne doit jamais être sacrifié à une probabilité de devoir. —J’admire votre doctrine, capitaine, et la force de votre résignation; mais je ne sais si j'aurais moimême le courage de pratiquer une vertu si pénible.
— Quand le devoir et les goûts s'accordent, il n’y a pas de sacrifice, c’est-à-dire pas de vertu, répondit de Courcy. »
Et le feu dont son regard brillait, annonçait assez qu’il était un de ces hommes rares qui attachent peu de prix à leurs goûts, quand ces goûts contrarient leurs devoirs.
Le domestique annonça que la carioleétait prête.
Nos voyageurs partirent, fort contens l’un de l’autre.Lespetits chevaux de poste canadiens, animés par lebruit de leurs grelots, semblaient voler sur la neige.
Le conducteur n'interrompait ses chants d’un relai à l’autre que devant-les. croix élevées , de distance en distance, sur la route; alors il ôtait son capuchon de laine et gardait'un profond silence tant
qu'il s’imaginait pouvoir être entendu des esprits qui, selon les croyances du pays, environnaient ct protégaient le symbole sacré.
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Trois jours après leur départ, ils arrivèrent à Montréal. D’Argenteuil ne s’y arrêta que pour s’y reposer un instant et changer de chevaux. Malgré sa répugnance pour les Anglais et sa résolution de ne se lier avec aucun d’eux, le vieux baron fit promettre à notre jeune officier de profiter de la premièreoccasion pour luirendre visite, au lac des deux Montagnes.
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