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Elle à trouvé ce pays aride, habité par une race commune, dégénérée et dégradée. Nous, au contraire, nous y avons vu un peuple digne de sa noble origine , fier d’être le descendant des Anglais, de parler leur langue, de posséder leur littérature et d’être gouverné par des lois émanées de la métropole. Nous ne dépassons pas les strictes limites de la vérité en affirmant que le peuple des états de la Nouvelle-Angleterre est, en général, beaucoup plus versé dans la connaissance de nos meilleurs auteurs, que la plupart des hommes appartenant aux classes moyennes de l'empire britannique. La cause en est évidente : des écoles sont fondées et soutenues dans chaque paroisse avec une taxe foncière, de sorte que le riche et le pauvre, indistinctement, donnent une bonne éducation à leurs enfans.
Il y a dans les États de l’Union un grand nombre de fermiers qui n’ont jamais employé le ministère d’un écrivain public ou d’un procureur pour faire un contrat de vente ou de transfert; on trouverait difficdement , parmi eux, un homme d’un certain âgeet d’un esprit ordinaire, qui ne connût pas les lois. La plupart de ces Etats sont démocratiques : donnez-leur notre ignorance, notre misère, nos vices, cette forme de gouvernement ne
durera pas un mois. Sans une certaine égalité de
(4) fortune (prise ici dans son sens le’plus étendu), la sagesse, la modération et l'instruction, élémens nécessaires du bonheur de ces jeunes républiques, se changeraient en pillage, en anarchie, en rapine. La vieille Europe n'offre aucun exemple de cette organisation sociale, et l’on ne pourrait chercher à l’appliquer dans aucun pays de l’ancien monde, à moins qu’une calamité inattendue ne vint réduire tellement le nombre des habitans, que chacun püt posséder autant de terre qu'il serait capable d’en cultiver. Etablir des comparaisons entre les états de l'Amérique et ceux de l’Europe, c’est donc perdre son temps.
Le dégoût de notre auteur commence au moment où elle arrive sur les bords marécageux du Mis-
sissipi ; les moustiques la désespèrent ; son aigreur,
après avoir duré deux ans et demi, finit par s’adoucir, grâce à une tasse de thé réconfortante,
prise chez un de ses compatriotes. Elle y trouve le
baume de Giliad; et cette visite à Stonington, la rappelant à des sentimens plus bienveillans , qui sans doute lui sont naturels, la calme ct tarit (beaucoup trop tard) cette source féconde de mauvaises plaisanteries sur les cochons, les domestiques et l’égalité des Américains.
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fois qu’elle consul seulement ses passions ou ses préjugés; l’exagération est sa vie, et après avoir jeté son bonnet par dessus le mur, elle ne s'arrête à rien.
Nous avons ici une nouvelle sorte d’athlète lit-. téraire qui jette le gant du défi à la vérité, à la justice, même à la critique : une sauvage qui, brandissant le Tomahawk, fond avec fureur sur ce qu’elle rencontre, pourvu que ce soient des Américains. On l’a prônée : l'esprit de parti et la calomnie sont frère et sœur. |
Certes, l'immense surface des États-Unis n’est pas peuplée de ces gens que nos compatriotes appellent. perfect gentlemen , et dont les manières distinguées pourraient trouver grâce devant l’habituée d’un. boudoir de Londres ou de Paris. Mais que ne va-telle chercher ses sujets d'observation au bois de Boulogne et dans le parc du Régent? Les éternelles foréts de l'Amérique ne sont point faites pour elle. N'y a-t-elle pas vu des choses épouvantables pour une petite maîtresse? des arbres pourris dont le tronc s’affaissait sous leur propre poids? et la vue de cochons nourris dans les vallées les plus jolies, et égorgés sur le bord des plus jolis ruisseaux , ne l’a-t-elle pas fait tomber en pamoison ? «— Vous êtes indignes de vous classer parmi les
(6) peuples, dit-elle aux américains. Pourquoi vos forêts sont-elles si vastes et si pleines de moustiques? » « Vous êtes un monstre, disait mistress Baun au capitaine (1); pourquoi souffrez-vous que j'aie le mal de mer?»
Quant à l’habitudé de mâcher le tabac et à ses conséquences inévitables et dégoûtantes, nous sommes forcé d'admettre qu’elle est assez répandue, même dans la classe la plus distinguée des planteurs, qui tous cultivent le tabac dans les endroits où le sol est convenable. Mais, cet aveu une fois fait, nous nous empressons de nier positivement que les gens de la bonne compagnie dans les grandes villes s’adonnent à cette habitude ; et s’il y a des exceptions, elles doivent être aussi rares qu’une jambe de bois et des yeux louches. Quant à usage de fumer, il est moins répandu aux États-Unis que chez beaucoup de peuples de l’Europe.
Mistriss Trollope s’est constituée la panégyriste des usages de l'aristocratie : nous partageons vivement son goût, et nous lui rendons justice; mais gnore-t-elle donc que les plus hauts aristocrates européens, qu’elle admire tant, sont les plus ardens fumeurs du globe ? Ne sait-elle pas que le plus grand
(1) Héroïne d'une Ballade satirique de Pierre Pindare.
= Sa