‹ Bellegarde ou L'enfant indien adopté [microforme]Chapitre 5 sur 61 · RS STAR RER · texte numérisé non relu

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avistucrate d'!.;agne ne donne jamais sa main sale à baiser, sans communiquer à ses infortunés courtisans les vapeurs condensées de cinquante cigares royales au moins, qu’il fume chaque jour avant de donner audience à ses sujets bien-aimés ? Dans le midi, « hommes et femmes fument le tabac (1); » les personnes les plus distinguées sont fidèles à cet usage.

L’Allemand penseur et contemplatif mange, boit, et vit en fumant, quel que soit son rang ; sa pipe ne le quitte que lorsqu'il va se coucher. Rarement il parle; mais souvent un murmure de satisfaction vous apprend que son tabac est bon. Cet allemand fumeur est un aristocrate renforcé. Il lancerait, je crois, ses redoutables bouffées dans le visage de notre auteur, si elle osait l’approcher avec un titre moins distingué que celui de baronne. D'ailleurs, sa caricature de PAmérique lui donne des droits incontestables à cette distinction. Faites-la baronne allemande : nous la verrons traiter moins séverement l’habitude de fumer et de mâcher le tabac; elle pardonnéra, dans l’ancien et puissant duc de Waldeck ou de Saxe-Gatha, ce qu’elle

reproche au républicain des États-Unis.

(4) Lord Byron.

Un autre péché mortel à ses yeux, c’est l’occupation continuelle des hommes, et le goût des femmes des grandes villes de l'Amérique pour coudre et tricoter. La mère d'Alexandre, qui filait la laine des tuniques du conquérant de l'Asie, eût-elle donc été une bourgeoise si méprisable?

« En vérité, dit-elle plus loin, les églises et les chapelles sont trop petites pour un ss grand nombre de sectes différentes. » Mais mistress Trollope a-t-elle voyagé dans le pays des forèts éternelles , pour y chercher des cathédrales semblables à celles d’York et de Cantorbéry, ou pour se railler des pieux citoyens qui n’ont pas le bonheur d’être « de l’église anglicane ?

Nous admettons encore que les hommes sont tous occupés en Amérique. Un oisif s’amuserait difficilement aux États-Unis; mais nous ne nous attendions pas à ce que le grave auteur d’un voyage tournât en ridicule un peuple, parce qu’elle n’y a rencontré personne d’inoccupé. Le but principal de la création est-il, je le demande, de flâner dans Bond-street, de chasser à Melton-Mowbray, et de danser à Almack.

Cette activité des Américains, occupation productive, si blâmée, est le grand aliment du bonheur et de la prospérité nationales; et nous ne méprisons

(9) pas les Américaines parce qu’elles n'aiment pas à rester dans l’inaction, à se promener sans but, ou à colporter de menus scandales contre leurs voisins. Si l’auteur des Mœurs domestiques des Américains a voulu faire une parodie, elle a réussi. Nous ne prétendons même pas attaquer son plan; mais notre conscience nous oblige à protester contre un ouvrage présenté au public comme une narration exacte , une histoire véritable, et une critique habile; peut-être même ses admirateurs sont-ils déjà de notre avis. « La raison se fait entendre, dit Voltaire, quandles passions sont lasses de crier. » Sismondi, le plus impartial des écrivains, affirme qu'aucun peuple pris en masse n’a plus de titres qu’un autre au respect des nations ; néanmoins les concessions faites par ceux qui n'approuvent pas le gouvernement des Etats-Unis semblent nous autoriser à dire qu’ils forment une exception à la règle générale. On admet que les Américains sont industrieux, économes et religieux, qu’il y a peu de pauvres parmi eux , et qu'ils jouissent enfin de mille améliorations inconnues dans les plus grandes villes. « Mais ils boivent des liqueurs », dit encore notre auteur. Exposés à des exhalaisons et à des miasmes imalfaisans , ils ont recours, et avec raison , aux toniques de cette nature. Toutefois le droit

( 10) payé à Londres sur le genièvre ne suflirait-il pas à la consammation de tous les États-Unis? Ce n'est pas à notre auteur que nous soumettons cette question, mais à ceux qui ont quelques connaissances sur cette matière. |

Les Américains, dit-on , ont montré peu de goût pour les monumens et les beaux-arts. Jusqu’à un certain point, l’on ne saurait nier la vérité de cette assertion ; mais est-ce dans le pays encore neuf qui a servi d’asile à Phumanité opprimée qu’un voyageur devait s'attendre à trouver les églises de Saint-Pierre, du Panthéon, ou de Westminster ! Quant aux monumens d'utilité première et dignes des anciens Romains, nous voulons parler des canaux , aqueducs, grandes routes, ils sont en grand nombre en Amérique. Peut-être les Américains auront-ils des temples, des hippodromes et des cirques, quand ils jouiront du gouvernement splendide que voudrait leur donner notre auteur.

L’anecdote dont l’un des derniers présidens est le héros, et la faiblesse dont on l’accuse, fussentelles \vritables, souillent ce livre, et nous avons rougi de la peinture dégoûtante qu’elle en a f‘ite avec tant de zèle. Mais que pourrait-on atter.cre

d’un auteur qui refuse aux Américains cette qualité

de jeune conscrit, le courage? Cette calomnie est trop forte ; l’histoire la réfute. Nous n'écrivons pas un panégyrique : seulement nous rappellerons que ceux que nous défendons sont fils et petits-fils des Anglais , que nous parlons d’un noble rejeton enlevé à la souche paternelle par des mains impies. Il a fleuri dans un sol fertile, sans être arrosé par les larmes du malheur; il n’est pas obligé d’acquitter une degi& nationale qui absorbe la moitié des produits.

Plusieurs coutumes en usage dans l'Amérique s'éloignent de nos goûts, mais la civilisation a marché dans ce pays d’un pas si rapide que nous sommes plutôt porté à louer ce peuple de ce qu'il a fait, que de blâmer ce qui lui manque pour atteindre cette perfection absolue, sans existence, au reste, si ce n’est dans les rêves des honnêtes gens.

Nous. terminerons ces remarques préliminaires par quelques mots tendant à indiquer l’objet de notre ouvrage. Nous avons essayé de résoudre quelques problèmes importans de morale, de mœurs et d'éducation. Nous censurons sans cynisme, et nous avons seulement déguisé des caractères véritables, pour que l’œil perçant de la malveillance se fatiguät en vain, en cherchant à les remplacer par

des noms propres.

Nous avons introduit l’amour, non comme un élément nécessaire de l'intérêt dramatique dans un roman, mais pour le peindre tel qu’il existe dans des cœurs purs et honorables, mobile puissant et généreux des actions héroïques et vertueuses.

Londres, septembre 1852.

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4 Histoire Canadienne.

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