WEBSTER, N.Y
l'Europe ; mais comme elle était alors trop jeune pour penser qu'il serait un jour son époux, il est probable que la conquête de son cœur reste encore à faire.
— Bien certainement le jeune cousin est aimé de tous les autres membres de la famille ?
— Oui, capitaine, à l’exception du chapelain le père Le Clerc, qui hausse toujours les épaules
quand il l’entend nommer ; mais comme le baron
est décidé à mettre son projet à exécution, le chapelain ne sera pas consulté.
Eustace, ayant obtenu toutes les informations dont il avait besoin, remercia le docteur de sa longue visite, et lui promit de suivre ses ordonnances pour le traitement de sa blessure.
Seul, il s’abandonna de nouveau à ses réflexions. Quel dommage! se dit-il , qu'une si belle et si intéressante créature devienne la propriété d’un pareil homme, par le simple droit d’un contrat, où probablement , quoi qu’il en puisse être, ses goûts et ses affections ne doivent entrer pour rien. Ma position ne me permet pas de songer au mariage; si elle. me le permettait, je ne désirerais rien tant que de me rendre digne d’un pareil trésor ; car je trouverais bien difficilement une compagne qui m’ai-
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lerait durant le cours de la vie; dont l'estime et l'approbation seraient la plus douce récompense de mesefforts, et dont la société ferait le plus grand charme de mon existence.
Mais mon métier est la guerre ; mon épée est le seul bien que je possède, et elle n’a encore moissonné aucun laurier qui me rende digne de posséder Mathilde d’Argenteuil. Je ne suis qu’un étranger dans la maison de son père; et la société de cet ange pourrait bientôt éveiller en moi des émotions peu conformes à mon honneur, à ma position et à mes devoirs envers une famille dans laquelle je suis traité avec tant de bonté.
Il y a faiblesse à céder à une passion quelconque; mais céder à l’amour serait un crime dans ma position, surtout si je croyais possible de faire partager mes sentimens. Eh quoi ! pourrais-je prononcer un mot ou former un désir qui pûtdéranger les projets de cette noble famille? Loin d’'Eustace de Courcy cette indigne pensée. Je suis leur ami, et dans mes rapports avec eux, leur bonheur et non le mien doit être mon guide; ce sentiment est mille fois plus élevé, plus pur et plus désintéressé que celui que toute autre femme peut inspirer.
Je seraiavec Mathilde circonspect et réservé ;
mon amour sera sans danger pour elle ; il ne paraîtra qu’une simple amitié.
Eustace combattait par cette héroïque résolution le premier effet d’une passion à laquelle il était difficile , sinon impossible , qu’il échappât, à son âge, et devenu l’ami,le commensal de la jeune fille.
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