‹ Bellegarde ou L'enfant indien adopté [microforme]Chapitre 46 sur 61 · PRE · texte numérisé non relu

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qu’ils 6nt d'en suppürter les effets, que d’après la quantité qu'ils peuvent en obtenir. Mais.laissons là lés discours dé morale et songeohs à nôtre salut. Y at-il sur cés rivages quelques habitans qui puissent vénir à hotré secouts?

— Oui, fidis coMimiënt nous tireralenit-ils d'ici? Jé pourrais péut-être nager jusqu'au rivage, en dépit dé la rapidité du couratit; rhais jé vols ai donné ma main, jé vous ai dit qué nous mourrions ensemble, ét je ñe voüs quittérai päs, lors même qu'il mé serait possiblé de me sauvét.

— Il n’en sera point ainsi, mon brâve ami, lui répôndit Eustacé : &i par votre adresse à fiber vous pouvez sauŸer votre vie, ét qué je 1mé trouve incapable de vots suivré, je mé souméts à la volonté du ciel, qui a permis que €e malheur mw’arrivât, peut-êtré dans des vues sâges qué jé ne puis pénétrer.

— Jamais, dit Bellégardé d’une voix forte et pleine d’énerpié, jamais Bellégardé ne déshonorera sés ancêtres et n’emportéra le tiom de lâche dans

la tombe, én abandônnant l’hoimeé qui s’ést éonfié

à lui. J'ai lu qué des cômmandans dé vaisseaux anglais se sont fait couler à fond avec le navire qu'ils ne pouvaient sauver, après avoir vu l’équipage en sûreté dans les chaloupes. Hélas! que ne

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m’a-t-il été permis de sauver mes compagnons et d’aller rejoindre les ames de mes braves aïeux, qui n'auraient alors aucun reproche à faire à leur indigne fils. |

En disant ces mots, il paraissait suffoqué de douleur, et Eustate, pour le consoler, lui déclara qu’il aimerait mieux périr avec lui que de faire violence à des sentimens aussi exaltés que généreux.

= Attendons jusqu’au jour , ajouta-t-il, nous pourrons mieux juger alors notre position, et la résolution que nous devons prendre.

Suivant l'exemple de plusieurs auteurs rénommés, nous pourrions laisser nos deux jeunes amis dans cétte situation périlleuse, et appeler l'attention de nos lecteurs sur des scènes moins intéressantes, dans le but de rendre notre histoire plus dramatique; mais nous narrons des faits réels et non des choses imaginaires; et nous sornmes ennemis de toute cette tactique littéraire qui lasse la patience du lecteur sans ajouter le moindre intérêt à la narration.

Les eaux n'étaient pas assez froides pour mettre en danger la vie de deux jeunes gens pleins de force et de vigueur. Ils supportèrent leur mésaventure avec patience jusqu’au point du jour, et alors ils tournèrent avec impatience leurs regards vers le

rivage. Le pays était peu habité: ils n’aperçurent rien que l’ombre immense des forêts. En face d’eux écumait la cataracte, et le courant se précipitait si rapidement de chaque côté qu'il aurait été impossible, même à un épagneul de Terre-Neuve, de gagner le rivage avant d’avoir été ballotté par le premier jet de la cascade. Que faire? La Providence semblait les avoir abandonnés. La matinée s’écoulait sans leur offrir une lueur d'espérance. Bellegarde était morne, silencieux, et par fois irrité; il revenait sans cesse sur la faute qu'il avait commise , bien innocemment sans doute, mais dont il ne se blâmait pas moins. À la fin, il se tourna vers son compagnon, et lui dit d’un ton déterminé : — Capitaine de Courcy, ma résolution est prise ; je veux tenter de gagner le rivage ; mon succès dépend d’une expérience qui n’a pas encore été faite. Si la rivière est trop profonde pour me permettre de parvenir à gué un peu plus haut, où je pourrai prendre une direction qui me conduira au rivage, ma dernière heure est arrivée, et je vais rejoindre mes compagnons; mais si je puis remonter le courant seulement de trente pas, je suis sauvé. J’ai me-

suré la distance de l’œil ; je connais mes forces, et

maintenant je vous supplie de me permettre de vous

dire adieu.

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De Courcy connaissait assez ce jeune homme extraordinaire pour être convaincu que (selon l’expression des Indiens, lorsqu'ils ont résolu de tenter une action périlleuse il avait fait l'abandon de son corps; et comme son projet était le plus raisonnable que l’on püt concevoir, dans une position qui ne permettait pas de choix, il lui tendit la main en signe de consentement. Bellegarde la prit, la serra avec affection, et la pressa contre ses lèvres, en ie regardant d’un air ému; mais ce regard n’exprimait que de la pitié pour de Courcy. Il se laissa ensuite glisser doucement lelong du rocher: il trouva du fond. Les eaux formaient un reflux bien au-dessus de la place qu’il venait de quitter, aussi n’eut-il aucun obstacle à vaincre, et continuat-il de marcher avec la plus grande précaution, ayant de l’eau jusque par-dessus les épaules ; mais étant parvenu à un second rocher, autour duquel se repliaient les deux courans, il trouva la résistance trop grande pour en triompher. Eustace le suivait de l'œil avec anxiété, et le‘voyant disparaître sous les eaux, le désespoir s’empara de lui et lui Ôta presque les forces de se soutenir; mais Bellegarde n'avait plongé qu’à dessein, et en dépit du courant il avait atteint le second rocher: il gravit, et agitant son bras au-dessus de sa tête, il s’écria :

— Victoire!

— Pas encore, pas encore, mon brave compagnon! dit Eustace , soyez prudent.

Bellegarde s’arrêta un moment pour reprendre ses forces et examiner les différentes chances de salut qui se présentaient à lui. L’eau lui parut s’élever moins haut ,et il continua à marcher en évitant soigneusemetit les courans qui coulaient avec rapidité de chaque côté. Quand il se fut avancé d’environ vingt pas , il n’aperçut plus de rochers; la rivière devenait plus profonde, et son cours précipité vers la cascade s’opposait à tous les efforts qu’il faisait pour avancer. Alors, cherchant à découvrir

le point du rivage le plus rapproché, il réunit tou-

tes ses forces, s’élança vers cet endroit, nagea avec une célérité qui étonna Eustace , et atteignit la rive avant que de Courcy fut revenu de la surprise et de l’admiration que ces efforts de courage et d'adresse avaient excités dans son ame.

Bellegarde disparut, et revint au bout d’une heure, suivi de tous les habitans d’un village voisin. Tandis que les hommes s’empressaient de préparer un canot, et de lier des cordes ensemble, les femmes et les enfans imploraient le ciel à genoux pour la délivrance de de Courcy, qu'ils regardaient encore comme très-incertaine.

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Quand on eut préparé une corde d’une longueur suffisante, et qu’on en eut fortement attaché une extrémité au canot, et l’autre à un petit arbre qui se trouvait sur le rivage, Bellegarde s’efforga de persuader à quelques hommes du groupe de l’accompagner pour l'aider à diriger lesquif vers l’endroit où se trouvait de Courcy; mais ni les menaces, ni les offres d’une magnifique récompense ne purent en engager un seul à s’aventurer dans une expédition aussi périlleuse. Ils alléguaient que la corde pouvait casser, et que le canot pouvait être brisé contre les rochers par la force du courant. Quelques-uns s’imaginèrent qu’en poussant la barque à vide dans différentes positions, elle finirait par atteindre le lieu désigné. Bellegarde voulut retourner seul. La foule tenta de s’y opposer, et particulièrement quelques Indiens qui le connaissaient et qui pensaient qu’ils se rendraient dignes de sa reconnaissance, et de celle de sa tribu, en le forçant d’abandonner une entreprise aussi téméraire.

Il les écouta d’abord patiemment; mais quand il vit qu’ils allaient lancer le bateau sans lui, il tira son poignard et menaça d’en frapper le premier qui tenterait de s'opposer à son dessein. Un cri d'approbation s’éleva parmi les femmes, dont l’ens

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thousiasme est toujours plus facilement excité que celui des hommes, et Bellegarde demeura libre de suivre sa volonté, et plaça une longue perche dans son canot ; ayant donné la corde à tenir aux hommes qui paraissaient les plus forts, en leur recommandant de manœuvrer comme il le leur ordonnerait du geste et de la voix, il poussa au large. Il dirigea sa barque avec son adresse ordinaire, et; avec l’aide de la perche, il gagna la direction du courant qui coulait près de la roche sur laquelle était de Courcy. À un signal donné, les hommes tirèrent la corde, et Bellegarde, à l’aide de sa perche, fixa

son bateau contre la rocne, de sorte que Eustace

put facilement descendre. Les hommes tirèrent alors la corde avec assez de vitesse pour lé ramener à terre, en dépit du courant, qui néanmoins était près d’entraîner la barque.

Les spectateurs de cette scène terrible étaient aussi profondément émus que les acteurs eux-mêmes. Les bois retentissaient au loin des prières qu’ils adressaient à Dieu; et quand le canot toucha le rivage, cent bras s’ouvrirent pour recevoir les deux intrépides jeunes gens. Les bons Canadiens accablèrent Bellegarde de leurs caresses , et les marques

d’admiration qu’on lui donna furent la douce ré-

compense de sa noble conduite.

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— Vous voilà sauvé, capitaine de Courey, dit-il et mon malheur est moins grand que je n’avais lieu de le craindre au lever du soleil.

| — Je dois ma vie à ton courage et à ton adresse, de ss je m’honore de ton affection, et os des . pool heureux de te prouver combien ie t'estime et je t’apprécie.

Des larmes de tendresse brillèrent dans les yeux du jeune Indien, et sa contenance jusqu’alors fière et énergique reprit sa grâce et son aménité naturelles. Les bons Canadiens leur offrirent de venir se rafraichir et prendre du repos; ils acceptèrent et Ja joie brilla pendant le repas. Mais Bellegarde, craignant que la famille du baron ne nquictét d’une plus longue absence , s’empressa de partir pour le château d'Argenteuil, et Eustace ne tarda pas k trouver un guide et des chevaux qui le conduisirent à Mont-Réal.

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