CHAPITRE XVII
One while, he spred his arms him fro,
One while ha spred them nye;
And aye ! out winne chut lady’s love,
© For dole now i mun dye.
OL Barzap.
Tantôt ses bras se rapprochaient , tantôt
ils s’éloignaient. — Hélas ! hélas ! criait-il, pour l’amour de cette dame, faut-il. donc que je meure ?
La première chose dont s’occupa de Courcy, à son arrivée à Mont-Réal, fut d'envoyer de l'argent: et des cadeaux aux familles des Indiens qui avaient péri dans la traversée. Il envoya à Bellegarde une bague avec un petit médaillon sur lequel était gravé un cœur avec cette devise : « Intrépide et fidèle. » é
« Tu mérites bien, de ma part, brave jeune homme, lui écrivit-il, une marque d'estime et d’attachement. Je suis fier de appeler du’ nom
dd 1/4
d’ami. Si tu es ambitieux et que ma voix puisse arriver jusqu’au roi q"e je sers, ton mérite éminent ne restera plus enseveli dans un village obscur, qui est à peine connu au - delà des limites de ton lac favori. Mais continue à veiller sur tes protecteurs ; l’estime et l’amour d’une pareille famille sont probablement plus chers à ton cœur généreux que tout ce que le roi et les gouvernemeris pourraient t’accorder ou t'offrir. »
De Courcy s’appliqua de nouveau à remplir sérieusement ses devoirs militaires ; il croyait avoir sacrifié sur l’autel de la gloire l'amour qu'il avait pour Mathilde, et cette idée augmentait son attachement pour sa profession , qui, d'après les évéiemens politiques, lui promettait d’oftrir un plus vaste champ à son ambition, la guerre venant d’être ouvertement déclarée entre l'Angleterre et les colonies américaines du nord.
On avait reçu l’ordre d’exercer les soldats. Tout son temps s’écoulait en marches, contre-marches, exercices à feu, et dans toutes les manœuvres qui préparent les troupes à entrer en campagne.
. L'espoir de se distinguer bientôt sur le champ de bataille faisait bouillonner son sang dans ses
veines. Il était infatigable dans les soins qu'il ap- .
portait à rendre sa compagnie aussi parfaite que
uisse ar éminent obscur, s de ton tes proe famille généreux ds pour-
mplir séait avoir w’il avait son atta- ; les évé- * un plus ant d’être et les co-
ats. Tout -marches, uvres qui ne.
le champ
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qu'il ap- .
la discipline et le bon ordre pouvaient l'ex ser Peu semblable à la plupart des officiers ses onfrères, il avait consciencieusement étudié ses devoirs militaires, et il aurait rougi de se voir dirigé comme une machine, sans savoir pourquoi ni comment. Il ne s’arrétait pas à examiner si son pays demandait qu’il versât son sang pour une bonne ou pour une mauvaise cause , il s'était engagé à obéir à sa voix, exprimée par l’organe de la constitution ; son désir était de mourir ou de se distinguer ; et comme les apparences lui promettaient qu’il en aurait bientôt l’occasion, il travaillait avec ardeur pendant le jour, et rêvait la nuit d'amour et de gloire. Je ne tarderai pas, se disait-il à luimême, à me signaler par quelque action d’éclat, et mon nom parviendra jusqu'à celle que j'aime, environné de nouveaux titres à son estime ; elle connaît à peine son cousin, et elle ne l'aime pas ; il peut même lui déplaire, et son père ne voudra pas sans doute la tyranniser. De semblables réflexions occupaient sans cesse son esprit, quoique la raison cherchât à les en bannir comme incompatibles avec sa position et ses espérances. Mais, on l’a dit depuis long-temps, là où l’amour établit son empire, la raison perd le sien.
Peu de jours après son retour du lac des Deux-
Montagnes, de Courcy trouva une occasion favorable de satisfaire le désir qu’il avait de connaître Bertinval. Un matin, tandis qu’il se livrait à ses occupations habituelles, il vit entrer chez lui le major, qui, d'un ton dégagé et joyeux, venait l’inviter à déjeuner.—Mon cher Eustace, lui dit-il, un de mes vieux amis vient d'arriver d'Angleterre, un bon, un excellent vivant, qui, comme vous le savez peut-être, a dissipé toute sa fortune en bons diners et en parties de chasse ; il aime le luxe et la dissipation, et, croyez-moi, vous aurez du plaisir à lui entendre chanter un chanson de table.
— Et j'espère qu’il ne se moque pas de ses amis
lorsqu'ils ne sont pas là pour se défendre, dit Eus-
tace. en souriant.
Ah! vousfaitesallusion à l’ancienne affaire. Sur mon honneur, de Courcy, vous êtes l’homme le plus mordant que j'aie jamais connu, et si vous n’étiez pas le meilleur camarade du monde, je ne vous pardonnerais pas de vous être fait un duel d’une affaire qui ne regardait que moi seul. Que je meure ; si je n'aurais mis l’insolent en pièces! Mais, en conscience, J'ai oublié ce qui me restait à vous dire. C’est que, voyez-vous, les devoirs de ma charge sont si compliqués! Ah! je me lerappelle maintenant ; je vous parlais de mon ami qui vient
x favonnaître It à ses z lui le ait l’inlit-il, un erre, un le savez s diners la dissi-
sir à lui
ses amis
dit Eus-
faire. Sur omme le si vous le, je ne un duel L, Que je es ! Mais, it à vous rs de ma
erappelle |
qui vient
d'arriver d'Angleterre ; nous avons été bien liés, aussi intimes qu’on peut l'être. Pauvre Bertinval ! il ne lui manquait qu'une ou deux qualités nécessaires. Aussi il eut bientôt coulé bas ; mais, sur mon ame, il ne s’en affligea pas beaucoup, et il revient aujourd’hui pour épouser une riche cousine qui demeure au lac des Deux-Montagnes où vous avez été dernièrement.
— Que dites-vous ? s’écria Eustace; le baron de Bertinval revient pour se marier ?
— Eh quoi! mon cher ami, le connaîtriez-vous par hasard ? Il vient épouser la jolie fille du vieux d'Argenteuil avec une belle fortune, dont il disposera dès que le vieillard aura fermé les yeux. Je connais tous ses secrets; nous vivions à Londres comme deux frères.
— Vous connaissez donc le père de la future épouse de votre ami, Thornwood ?
— Mais oui, un peu. Je l’ai rencontré quelquefois dans le monde. On dit qu'il est orgueilleux comme Lucifer, et riche comme un juif; qu'il se nourrit
mal , ne donne jamais à diner, et mange seul tout le gibier Qi tue, parce qu’il craint qu’on ne vienne lui enlever mademoiselle Marie (c’est ainsi, je crois, que se nomme sa fille). Bertinval, comme vous le pensez bien, mettra ordre à tout cela, échan-
gera les bois du vieux bon homme contre une belle habitation à Londres, et fera retentir le château des éclats d’une joie bruyante.
— La demoiselle que vous appelez Marie, monsieur Thornwood, est la plus aimable et la plus intéressante jeune personne que j'aie jamais connue, et son père est un parfait gentilhomme, que j’offrirais à tous mes amis comme un modèle de politesse et d'urbanité.
— En vérité, cela serait plaisant ! Je dirai à Bertinval qu'il déjeunera avec un rival ; il est homme à partager avec vous : laissez-lui prendre la dot, il ne vous disputera pas la demoiselle.
—Mon très-spirituel Falstaff, j'ai maintenant une grâce à vous demander. J’ai été traité de la manière la plus aimable par le baron d'Argenteuil ét sa respectable famille, et je n’entends pas...
— Bien, voudriez-vous vous fâcher par hasard ? Ne voyez-vous pas que je badine? Vous êtes trop susceptible.
— C’est possible, Thornwood, mais je vous prie de ne jamais prononcer mon nom en parlant de la famille d'Argenteuil, et de ne jamaisi#parler en ma présence d’une manière légère et inconvenante. Elle est trop respectable pour que l’on se permette de s’égayer à ses dépens à une table d'hôte, et un
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homme qui, comme vous, connaît tous les habitans et tout ce qui les intéresse, doit être très-circonspect dans ses paroles, de peur de s’attirer, sans y songer, quelque mauvaise affaire.
— Tout au monde pour vous plaire, mon cher ami! Vous viendrez déjeuner chez moi demain matin, et vous y ferez la connaissance de Bertinval. Ah! j'oubliais de vous dire que jai diné hier avec l’évêque de Québec, un homme trës-malheureux, et qui se plaint beaucoup de ce qu’on ne peut trouver dans la colonie de la bonne petite bière; je désire de pouvoir m’en procurer quelque peu pour lui. C’est un gastronome qui reste trois heures à table. Oh! je veux vous le faire connaître. , — Je vous remercie, Thornwood, je ne suis pas gastronome, mais du moins je serai exact.
— Très-bien, sans adieu! Je dirai à Bertinval que vous avez connu son oncle et sa cousine.
— Et vous profiterez ainsi de la première occasion qui se présentera pour me désobliger, et manquer à votre promesse.
— C'est vrai, c’est vrai; je n’y songeais plus. Adieu.
J'aurai donc la satisfaction de voir son cousin,
se dit Eustace, quand l’importun Thornwood fut parti. Dieu veuille qu'il ne ressemble pas au por-
trait qu'on vient de m'en faire! Car puisque je ne dois pas espérer de devenir l’époux de Mathilde, mon premier désir doit être que l’homme destiné à un pareil bonheur soit digne de la posséder. Le lendemain matin, de Courcyse rendit chez le major où il trouva plusieurs officiers de son régiment et un inconnu que Thornwood lui présenta comme son ancien et intime ami le baron de Bertiuval; c'était un homme d’environ trente ans, grand et. mince, qui paraissait avoir été assez bien, mais une vieillesse prématurée pesait sur lui et flétrissait les grâces de son âge. Il y avait dans toute sa personne un air d'abandon et de nonchalance. À peine parut-il faire attention à Eustace, et après lui avoir rendu son salut, il étendit sa main sèche et maigre vers une tasse de thé qu'un mouvement convulsif lui permit à peine de porter à ses lèvres; sa tête était à demi chauve et le reste de ses cheveux était mêlé de mêches grises : son regard était éteint, et sa conversation celle d’un dandy. Thornwood, qui iächait toujours d'attirer l'attention de
la société sur lui et les personnes titrées qu’il vou-
lait faire passer pour ses amis, entama une conversation avec Bertinval
+ Dites-moi, je vous prie, baron, comment avez-vous laissé mon ami le duc? Hébert espè-
ue je ne athilde, destiné éder.
t chez le son rÉgiprésenta de Bers, grand en, mais flétrissait e sa pere. À peine après lui sèche et ouvement es lèvres ; e ses chegard était y. Thornention de qu’il vou- 1e conver-
comment
bert espè-
re-t-il sortir bientôt de prison et ouvrir les portes du château à ses vieux camarades?
— Je ne connais pas de duc que vous et moi ayons connu en Angleterre, et quant à Hébert, que vous n'avez vu qu’une seule fois dans ma maison d’'Hanover-Square, il n’a jamais été en prison depuis que je le connais.
— Vous avez raison, baron, je voulais parler de lord William; mais je ne crois pas vous avoir fait faire sa connaissance.
— Je n’ai pas eu cét honneur, répondit Bertinval, en souriant d’un air dédaigneux, comme s’il avait craint de laisser croire à la compagnie que lui et Thornwood avaient toujours marché de psir. Puis il ajouta : Quelqu'un pourrait-il me donner des nouvelles de mon oncle et du lac des Deux-Montagnes? J’ai été si malade depuis mon arrivée que je n’ai pas pu m'en informer ?
— La famille du baron d’Argenteuil se porte à merveille, mousieur, dit Eustace, j'ai eu dernièrement le plaisir de passer quelques jours au château.
— Mais, je vous prie, monsieur, comment avezvous trouvé les mœurs et les manières de ses vieux habitans? J’oserais jurer que ma tante de Belrose ne vous a point fait grâce de ses histoires de Chanülly, et des chasses de la St-Hubert.
— J'ai trouvé que toute la famille offrait l’exemple de cette dignité et de cette vertu qui, je suis fâché de le dire, sont passées de nos mœurs, sans rien laisser qui les remplaçât. Je préfère l’affectation de manières et l’inflexibilité de principes, que nos pères portaient peut-être à l’excès, à la familiarité triviale et à la fausse bienveillance de notre société moderne. Autrefois les manières polies inspiraient quelque confiance, on savait qu’elles va-
laient quelque chose : aujourd’hui elles n’ont plus
aucune valeur, on les considère comme de la fausse monnaie.
— Mon oncle est véritablement un digne homme, capitaine de Courcy; mais, avec une aussi belle fortune que la sienne, je ne conçois rien de plus singulier que son genre de vie.
—Oh! un peu de patience, dit Thornwood, quand nous serons maîtres du château, nous lui en ferons voir de belles, et nous ferons du jour la nuit !
— Mon cher Thornwood , dit Bertinval , j'ai changé mon plan de conduite ; je dois me corriger et me marier. Mais, je vous en prie, capitaine de Courcy, ma jolie cousine est-elle maintenant une grande fille? Voyons, elle doit avoir dix-huit ans et elle doit être fort jolie : aussi je veux me convertir et obéir à mon oncle.
l’exem-
je suis trs, sans ’affectapes, que la famide notre olies inelles vaont plus la fausse
ne homine aussi s rien de
)d, quand en ferons nuit !
aval, j'ai e corriger itaine de nant une huit ans
me con-
— Votre cousine est très-jolie, monsieur, et je ne puis que vous féliciter sur le bonheur qui vous attend dans votre alliance avec elle.
— Oulfun délicieux bonheur que celui de la vie des champs, pour un homme qui a connu le monde et qui a mené un grand train ; mais, vogue la galère! comme nous disons quand nous poussons au large.
— Ne voyez pas les choses sous un si sombre aspect, Bertinval, dit l’officier-major, laissez-moi prendre soin de tout cela. Il y aura bonne compagnie au château dès qu’on y fera bonne enère, ainsi ne vous laissez pas aller à la tristesse, et prenez un morceau de cet excellent beefteak : cela réparera vos forces, et dans peu de jours vous aurez oublié les fatigues de votre voyage.
Nous sommes entrés dans les moindres détails de la conversation, afin que nos lecteurs fussent plus à même de juger des différens personnages et de leur caractère; et nous avons suivi en cela la maxime de ce sage Sancho Pança, qui dit que pour juger sainement des hommes il faut les laisser parler eux-mêmes. Celui qui est sincèrement amoureux éprouve toujours une sorte de gêne et d’embarras, quand les circonstances le forcent à parler ou à entendre parler de l’objet de ses affec-
tions. Au milieu d’une société, une seule femme captive bien toute son attention, mais c’est sous le sceau du mystère, et souvent c’est la personne dont il semble le moins s'occuper; elle est äÿses yeux quelque chose de trop relevé, de trop divin pour la rendre le sujet d’une discussion familière. Eustace trouva donc le déjeuner fort ennuyeux, et, pré-
textant quelques affaires, il prit congé du major et
du reste de la société. Il voyait en Bertinval un rival dont les prétentions étaient soutenues par le père de sa bien-aimée, mais ce qui le chagrinait bien plus encore, c'était la conviction qu’il avait que jamais un pareil homme ne pourrait faire le bonheur de Mathilde; il voyait cette fille charmante, brillante de jeunesse, d’innocence et de vertu, perdue, sacrifiée par son union avec son cousin que le vice et la débauche avaient flétri avant l’âge. Accablé par ces réflexions, il se jeta sur une chaise et de grosses larmes coulèrent de ses yeux.
— Je ne puis me résigner, se dit-il, à lui voir épouser un homme incapable d’apprécier son mérite, et de comprendre ses goûts, ses habitudes, ses opinions ; un homme envers qui la nature s’est montrée marâtre, et qui la plongera dans une atmosphère de vices et de corrnption… Mais non,
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et, pré- 1 major et tinval un enues par chagrinait qu'il avait it faire le fille charnce et de | avec son aient flétri se jeta sur ent de ses
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Mais non,
cela ne sera pas, cela ne peut pas être! Si le baron d'Argenteuil accorde sa fille à un pareil homme, serait-il mille et mille fois son neveu, il est indigne de mon estime. Mais on le trompe, il ne connait pas Bertinval. Je m'écarterai de la prudence et de la réserve qui ne sont bonnes que dans les circonstances ordinaires de la vie. Mon devoir, ma reconnaissance, mon amour s’opposent à une pareille union : je mourrai avant qu’elle s’accomplisse. Et, se promenant à grands pas, dans un état d’agitation qu’il n’avait jamais connu jusqu’alors, il sonna son domestique. Le pauvre garçon fut fort alarmé à la vue de son maître , et sa première idée fut qu’il avait reçu quelque insulte et qu’il allait en tirer vengeance.
— Va, lui dit-il d’une voix terrible, va dire au major de venir me trouver.
Bill Holebrook courut remplir les ordres de son maître, et soumis encore à l'influence de la prémière impression qui s'était emparée de son esprit faible et crédule, il crut qu’il devait demander des pistolets et un second. Le major sortait à l'instant même pour se rendre chez Bertinval , mais apercevant le domestique qui courait à perdre haleine vers sa maison , il s'arrêta pour lui demander où il allait.
RE RE ere RE Pr Aa Nb ee ee es e
— Je viens, monsieur, vous prier de me prèter vos pistolets et de venir à l’instant même chez mon maître.
— Des pistolets! des pistolets! Mon brave garçon, dit le major, en le regardant d’un air égaré, qu'en veut... qu’en prétend donc faire votre maître?.…
— Sans doute distribuer à quelqu'un une dose de plomb, et comme il n’en n’a pas chez lui, si vous voulez me le permettre, j'emporterai les vôtres,
Le major passa la main sur son front et hésita un moment...—ËÊtes-vous bien sûr, Bill, qu’il a besoin de moi et de mes pistolets ?
— J'en suis d'autant plus sûr, monsieur, qu’il me l’a répété deux fois.
— Bien, se dit le major, il n’est pas fâché contre moi puisqu'il me fait prier de passer chez lui. Bill, prenez mes pistolets, ils sont dans le tiroir de la table, faites mon compliment à votre maître. Je ne tarderai pas à me rendre auprès de lui.
Bill prit les pistolets, et tout en marchant, il admirait leur beauté. Jolis petits bijoux, disait-il en lui-même, votre maître ne vous garde bien certainement que comme un meuble qui en impose; car lorsque je vous ai demandés, il a paru aussi effrayé
que la vache de ma mère, lorsqu'elle aperçoit un
air égaire votre
une dose i, si vous es vÜtres, hésita un il a besoin
r, qu'il me
ché contre Z lui. Bill, iroir de la itre. Je ne
ant, il addisait-il en pien certaimpose; car
ussi effrayé
aperçoit un
chien étranger dans la basse-cour; mais avec le capitaine, mes chers petits, vous chanterez sur un autre ton; vous ne tarderez pas à casser la tête, les bras, les jambes de quelque insolent , et cela aussi sûr que je m'appelle Holebrook. Et l’espoir d'assister à un combat égayait tellement le pauvre garçon qu’il en sautait de joie en retournant vers son maître, et vérifiait ainsi le proverbe qui dit que l’Écossais est le seul de tous les peuples qui se bat pour s'amuser.
— Voici, monsieur, dit-il en posant les pisto-
lets sur une table, voici de quoi servir à un honnête homme un friand déjeuner.
— Est-ce ainsi que vous remplissez mes ordres, drôle ? s’écria Eustace d’une voix terrible.
—Vos ordres... vos ordres.., monsieur, répondit le pauvre garçon, tout troublé... ah!... je me les rappelle maintenant, c'était de dire seulement au major de venir vous trouver: je le lui ai dit; mais vous ayant laissé dans une grande colère, j'ai cru que quelqu'un vous avait offensé et qu’il était de. mon devoir de vous procurer des armes; je l'ai donc prié de me prêter les siennes ; elles ne lui feront pas grande faute, car Keenaghan, son domestique, m'a assuré qu’il ne s’en servait que comme épouvantail.
Les dernières paroles de Holebrook égayèrent tellement Eustace qu’il ne put s'empêcher d’éclater de rire, et le pauvre garçon sc joignit à lui de si bon cœur qu’il le désarma entièrement.
— La première fois que je vous commanderai quelque chose, Bill je vous prie de ne faire ni plus ni moins, et de vous en tenirstrictement à mes ordres.
— Aissi donc, dit Bill avec l’expression du regret et du désappointement, je n’ai pas besoin de préparer des balles.
Dès que le major eut perdu de vue Holebrook et les pistolets, il rentra chez lui pour réfléchir sur la singularité d’un événement qui pourrait bien avoir pour lui des conséquences désagréables ; il ordonna à son domestique de dire qu’il n’y était pas , afin de pouvoir mieux méditer tout à son aise sur l'affaire qui le préoccupait, et, quittant sa canne , il se jeta dans un fauteuil, et commença le soliloque suivant:
— Cette tête brûlée de de Courcy a bien en quelque’ sorte le droit d’exiger que je lui rende le service qu'il réclame; mais je me suis fait une loi de ne défendre que mon propre honneur, et de ne jamais me mêler des affaires des autres. Ïl est vrai que je ne suis pas combattant ; mais qu'importe , le té-
moin ne s’en tire pas toujours sain et sauf; et d’ail-
rent telclater de le si bon
manderai » faire ni
ent à mes
on du rebesoin de
lebrook et chir sur la bien avoir il ordonna as ;, afin de sur l'affaire
, il se jeta e suivant:
en en quelnde le sert une loi de t de ne jaest vrai que
uf; et d’ail-
orte , le té-
BE LLEGARDE. 225
léurs je n’ai qu'à différer d'opinion avec un des lieutenans écossais, sur la distance et la pose des combattans , ou seulement sur le compte qui sera rendu du duel, et je m'en attire un malgré toutes mes précautions... Dieu m'en garde! dit-il en jetant un coup d’œil sur une glace et en apercevant. sa large corpulence, ils auraient trop beau jeu. Mes pistolets sont bien à son service, mais pour moi, je suis major de la ville; mon devoir est de maintenir le bou ordre et d’arrêter ceux qui le troublent, et je ne m'exposerai pas à recevoir une égratignure pour qui que ce soit.
Armé de cette sage résolution, il sortit pour se rendre auprès d’Eustace.
— Mille pardons, mon cher àmi! dit-ilén entrant. Je serais venu plus tôt; mais j'ai étéobligé de m’arréter chez le colonel pour une affaire de service. J'espère que vous n'avez rien de sérieux à déméler; et s’il en était autrement, vous devriez en fäire un secret au maÿor de la ville, car vous l’exposeriez à perdre sa place s’il ne remplissait pas sün devoir, et vous savez, mon cher ami...
— Mon étourdi de domestique vous a induit en erreur, major; l'affaire dont-il s’agit, quoique ce sait nue affaire d'honneur, n’est point de la nature que vous supposez. Bien au contraire elle est essentielle
2206 RELLEGARDE,
à mon repos. Je vous ai envoyé chercher pour obtenir de vous des renseignemens que, mieux que personne, vous êtes à même de mc donner.
— De quoi s'agit-il, capitaine? s’écria le major re-
prenant courage. Vous savez bien que je vous suis dévoué de cœur et d’ame; parlez, il n’est rien que je ne fasse pour vous.
— Très-bien, major. Commencez par me donner votre parole d’honneur que jamais un seul mot de notre conversation ne sortira de votre bouche, et que vous répondrez sans la moindre réserve et le moindre détour aux questions que je vous ferai.
Le major, prenant aussitôt une attitude théâtrale et risible, comme le font la plupart de nos membres du parlement, leva la main et dit :
— Je le jure!
—Depuis quand connaissez-vous le baron de Bertinval ?
— Le baron de Bertinval!...
— Oui, Thornwood, dites-moi tout ce que vous savez sur son compte : point de scrupule, point de réticence, je vous en conjure. J’ai bonne opinion de votre cœur, et je présume que vous attachez plus de prix à mon amitié qu’à celle de Bertinval; ainsi faites-moi connaître son caractère, ses penchans et ses habitudes.
ur obux que
ajor resuis dé- | que je
donner mot de iche, et ve et le ferai.
théâtrale
os mem-
n de Ber-
que vous , point de pinion de achez plus aval; ainsi
penchans
BÉELLEGARDE,. 297
— Eu vérité, capitaine de Courcey, je ne saurais avoir de secrets pour vous;je vous diraifranchement. tout ce que je sais sûr son compte, je vous en donne ma parole d'honneur: Je l'ai connu à Londres, il y à environ sept ans : c'était alors un joyeux camarade, passionné pour les plaisirs ; et il a dissipé sa fortune commé la plupart des jeunes géns sans expérience.
—Vous m'avez déjà donné à entendre qu’il s'était ruiné au jeu, major. Je sais que c’est là que vous vous êtes rencontrés et que vous avez fait sa con+ naissance.
— En vérité, je crois que vous avez raisou ; mais tout cela est entre nous, comme vous le pensez bien. Nous jouâmes quelquefois l’un contre l’autre, maix en tout bien et tout honneur, et il est resté me de voir une bagatelle.
— Qu’appeléz-vous une bagatelle, major?
— Mais environ mille livres sterling, ce qui n’est véritablement pas grand chose pour l'héritier du baron d'Argenteuil. Tous ses créanciers attendent ie moment où il épousera sa cousine. Alors il fera honneur à ses engagemens; jusque-là ils se contentent de le veiller de près, et il faudra que je tâche d'empêcher quelques-uns des. plus impatiens de donner l’alarme au vieux gentilhomme et à sa fille.
— C'est très-bien de votre part, major, et si ja-
mais le vieux gentilhomme et sa fille viennent à apprendre la peine que vous vous êtes donnée pour aider un misérable débauché à hériter de tous leurs biens, on ne saurait trop prévoir jusqu’où leur reconnaissance pourra s'étendre.
— Cela m'importe peu, comme vousle pensez bien; et d’ailleurs, mon cher ami, si je trahissais Bertinval je ne serais jamais payé: pourvu qu'il s’acquitte envers moi, qu'il mène grand train et donne de bons dîners, je ne me mêle pas du reste.
—Mais s’il ne peut réussir à obtenir la main de sa cousine, vous perdrez donc vos mille livressterline.
— Oh! je n’ai aucun doute là-dessus. Une jeune fille fait ce que son père lui commande.fla, comme vous le savez, la parole du vieux baron; et si l’on à attendu jusqu’à présent, c’est que sa cousine était encore trop jeune. D'ailleurs il m’a fait, pour le montant de ce qu'il me doit, un billet en bonne et due forme, et je suis parfaitement tranquille.
= Maintenant, major, pour vous récompenser de vos confidences, permettez-moi de vous faire part d’un secret : jamais Bertinval n’épousera la fille du baron d'Argenteuil ; ainsi consolez-vous d’avance de Ja perte de votre argent. Non, non; la jeune, l’aimable, l’intéressante Mathilde ne sera pas trompée et sacrifiée, tant qn'Eustace de Courcy vivra pour
à ap- > pour is leurs
eur re-
+7 bien; Bertincquitte nne de
ain de sa sterling.
ne jeune comme sil’on a ine était le mon-
e et due
benser de aire part à fille du vance de ne, l’aitrompée
Vra pour
BELLEGARDE. 229 k protéger. Je n'aime pas à faire ce que vous appelez de tragiques discours; mais, pour la sauver, je foulerai aux pieds amis et ennemis, rien ne nv’arrètera !
Ici il jeta sur le pauvre Thornwood un regard qui le fit trembler.
— Que le ciel me protége! s’écria le major... De grâce, capitaine de Courcy, ne me compromettez pas; ne me brouillez pas avec Bertinval;, j'ai mille raisons pour le ménager.
— Tranquillisez-vous, major, gardez sur tout ceci un profond silence, et reposez-vous sur ma discrétion.
— Mais cependant, capitaine, puis-je merésvudre à perdre mon argent? une dette d’honueur, et sur le paiement de laquelle je comptais pour me faire un sort dans mes vieux jaurs?..
— On trouvera moyen de vous satisfaire; mais n’espérez rien de Bertinval.
—— Bien! bien! mon cher ami, je m’abandonne à vous; pourvu que je sois payé peu m imporie d’où me viendra l'argent.
Ici le major affecta d’être extrêmement pressé par l'heure et se retira en mordant ses lèvres, de rage d’avoir si légèrement dévoilé des secrets qui pouvaient nuire à ses intérêts les plus chers. Maudite
soit ma bêtise! se dit-il en lui-même ; si le plan de Bertinval manque par mon indiscrétion, adieu tout espoir d'amélioration dans ma fortune; mais aussi, si je n'avais rien fait pour satisfaire ce sauvage, j'ätirais bien certainoment passé un mauvais quartd'heure.
C’est ainsi que, toutes les fois que le major s’attirait, pat son imprudence, quelque désagrément, il s'efforçait d’ÿ trouver une compensation à ses propres yeux. Îl avait trahi par faiblesse ou par timidité le sécrèt d’un homme qu’il appelait son ami; mais il s'en consolait en pensant qu’il s'était tiré sain et sauf des mains d'Eustace, et qu’il pouvait tranquillement faire encore un bon diner, et vider avec déliées une large coupe de vin d’Espagne. Pour lui, lé danger présent était le pire de tous les maux; c'était plus qu'il n’eu pouvait supporter. Là timidité seule, ét non un sentiment de bienveillance, l'avait rendu l’ami de tous les hommes ; et quoiqu'il n’eùt pas assez de vertu pour résister à la tentation de commettre uné mauvaise action qui lui aurait
procuré quelque avantage, il avait néanmoins assez de bon sens pour savoir apprécier la valeur d’une répütation sans tache. C'était un de ces hommes qui flottent , indécis, entre le vice et la vertu, sans
avoir assez de caractère pour pouvoir faire un
an de u tout aussi, uvage, quart-
s’attinent, il es proimidité mais il sain et ranquilvec déur lui, maux ; à timisillance, uoiqu'il entation hi aurait ns assez ir d’une 1ommes rtu, sans
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choix; leur conduite vacillante trompe souvent l'œil de l'observateur vulgaire qui les confond avec les honnètes gens, dont ils ont toute l'apparence aussi long-temps qui ne sont point mus par la crainte ou par l'intérêt. Ils vivent et meurent sans avoir janrais eu aucun principe fixe de conduite; car ils adoptent, pour le moment, les opinions et les préjugés des personnes dont ils désirent se concilier l'amitié. [ls sont bien reçus partout et ne sont estimés nulle part. On les voit s'introduire dans toutes les familles où l’on gagne toujours un bon diner à se montrer servile et complaisant ; ils ne parlent jamais aux domestiques sans les appeler monsieur ou madame, et ils leur souhaitent même le bonsoir, si les maîtres ne sont pas là. Ils insistent pour ne . dre à table que la dernière place et pour n’être servis que les derniers; ils ont toujours dans leurs poches quelques petits cadeaux pour les enfans, et une médisance à raconter au dessert. [ls ont toujours soin de rendre leurs visites aux heures du repas, et quoiqu’ils acceptent sans beaucoup se faire prier, ils ne manquent pas de dire qu’ils viennent de refuser plusieurs invitations. Ils sont polis et affables envers les étrangers qu’ils supposent riches, et affectent surtout un respect, une déférence sans bornes pour tous ceux qui ont un rang et un titre :
tel était le major. Avec de semblables qualités on,
ne doit pas s'étonner qu'il se soit élevé de l’humble condition de garçon de maison de jeu au point de devenir le camarade de bons gentilshommes, et officier de sa majesté britannique.
Thornwood avait mis Eustacetrop avani.dans les secrets. de son ami Bertii.val pour s’en tenir à une vremière confidence, et, incapable d’éluder les questions pressantes d’un hoinme amoureux, il finit par en dire assez pour alarmer de Courcey, sur le sort de cette jeune et intéressante créature, et pour le décider à instruire sa famille du sort qui semblait la menaçer.
Nous devons lui rendre la justice de croire qu’il r’eutrait, dans cette résolution, rien qui lui füt personnel, et qu’il n’était mu que par un sentiment généreux d'indignation contre le misérable qui méditait de sang-froid la ruine de toute une famille.
IL ne s'arrêta pas à examiner l’inconvenauce qu'il pouvait y avoir pour lui à s’ingérer dans une affaire aussi délicate. Il ne pouvait se décider à attendre que les événemens vinssent lui fournir une occasion tonte naturelle de servir Fobjet de son amour; car il craignait que le baron d'Argenteuil
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LLLEGARDE. 233
possible de reculer ; il lui adressa donc la lettre suivante :
« Monsieur,
» Les marques d’estime et d'amitié dont j'ai été. honoré par vous et votre aimable famille, durant mon séjour au lac des Deux-Montagnes, ne me.
permettent pas de demeurer indifférent à ce qui intéresse votre bonheur et votre prospérité.
» L’honneur et la reconnaissance me font un devoir de vous signaler le danger qui vous menace, sans m'arrêter à examiner si mon zèle m’entraîne. trop loin en me faisant aborder une question sur laquelle vous êtes le seul et souverain juge; mais je suis convaincu que vous interpréterez ma conduite en cette occasion de mamière à rendre du moins, justice aux mo#ifs qui m’animent.
» Une conversation qui a eu lieu, en ma présence, entre un officier de notre garnison et M. votre neveu, le baron de Bertinval, m'a appris qu’il y avait. entre lui et mademaiselle votre fille un projet de mariage, auquel on dit que vous tenez beaucoup.
» J’ai de bonnes raisons pour croire que M. de Bertinval est entièrement ruiné, et a contracté des habitudes qui ne pourront que détruire les es-
pérances de bonheur que vous avez conçues pour
234 BELL EGARDE.
mademoiselle votre fille. Il a perdu au jeu des sommes considérables, pour le paiement desquelles
il a engagé sa parole, et il compte sur la dot de sa cousine pour y faire honneur, et recommencer un
genre de vie qu'il n’a quitté qu’à regret, et auquel
il ne peut s’abandonner de nouveau sans détruire le bonheur et l'indépendance de votre maison. La personne dont j'ai obtenu les renseignemens que j'ai l'honneur de vous transmettre est elle-même intéressée au succès du plan de M. Bertinval.
» Tout me porte à croire qu’il n’y a rien d’exa-
géré dans les faits que je vous communique, avec un chagrin aussi vif, aussi grand, que l’eüt été la joie que j'aurais ressentie à trouver dans la personne destinée à devenir votre gendre un homme digne de votre alliance et capable de faire le bonheur de votre fille. »
. Dès que cette lettre fut partie pour le lac des Deux-Montagnes, Eustace se sentit soulagé d’un grand poids; il avait servi la femme qu'il aimait , et s'était acquitté envers le vieux baron de ce qu’il regardait comme un devoir sacré pour lui. Quelques jours après il reçut la réponse suivante.
« Je vous remercie sincèrement, mon cher capitaine, de l'intention amicale qui a dicté votre lettre. Je connaissais en partie les étourderies de
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mon neveu, et je crois que l’état de sa fortune est à peu près tel qu’on vous l’a dépeint; mais je ne pense pas comme vous, que sa conduite passée doive faire craindre pour son avenir. Le mariage est un grand réformateur, et nos lois nous donnent les moyens de mettre à l'abri de ses extravagances et de ses folies la fortune que je destine à sa femme.
» L'intérêt que vous nous avez témoigné me porte à vous faire connaître les motifs qui me font désirer que ce mariage s’accomplisse. Bertinval est le seul rejeton mâle de ma famille : en devenant mon gendre, il empêchera mon nom de s’éteindre, et ma fille de choisir un époux étranger à mon sang et à mon pays, lorsque j'aurai fermé les yeux.
» J'espère avoir bientôt le plaisir de recevoir de vous une nouvelle visite, quoique la guerre qui vient d’être déclarée aux provinces voisines, exigeant de vous un service plus actif, diminue les probabilités de votre retour au lac des Deux-Montagnes, où vous serez toujours le bien-venu.
» Ma famille se joint à moi dans les vœux que je forme pour votre bonheur. » |