DE ROHAN
Par Monseigneur ROUSSEAU
La position du Gouverneur de Bellême ne fut point un simple poste d'honneur et une sinécure ; l'ami de Henri IV avait pris sa part des périls et des triomphes de son maître ; son fils René , valeureux comme était son père, suivit les armées royales. En 1622, on le trouve aide des maréchaux de camp de l'armée du roi ; il est requis pour certains services militaires.
« Le duc d'Angoulègme, pair de France.
Il est ordonné au s"" de la Reynière ayde des mar'»"'^ de
camp de l'armée du Roy nostre souverain seigneur estant
sous mon commandement de se transporter et lieux
circonvoisins où est un corps de l'armée pour mener et conduire en garnison une partie des troupes qui y sont ascavoir la compagnie des chevaux légers de M"" le comte de Rochefort au S"" Sigoulaine ; celle de M^ le marquis de le Vienville à St Maurice de Lingers et Retournât, le reg' de M^ de Cerny a Yssengeaux ? celui de M"" de Laniet à Monéstrat et celuy de M^ Dancrieux à Montfaucon auxquels lieux le d. s"" de la Reyniere est tenu de diriger les troupes en les conduisant auxd. garnisons et choisissant les lieux plus commodes pour logement ayant égard quil ne se fasse ny à la campagne ayant de garnisons aucuns désordre ny foulle aux subjets de sa M'e faict à Lyon le 23 novembrs 1622
Charles de VALOIS
Exempterait les terres a M"" de Nerestan et à Mad. la vicomtesse de Chasteauclair.
En cet heureux temps si regretté par les uns, il y avait des privilèges pour les amis, on le voit ici clairement.
Charles de Valois, duc d'Angoulême, dont le nom vient d'être prononcé, était le fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet, sieur de Beauvais et du Guillard conseiller du roi et lieutenant au baîllage d'Orléans. Dès son enfance il avait été reconnu au parlement, par la volonté de la reine Catherine , comme comte d'Auvergne. Le titre de duc d'Angoulême lui venait de la gracieuseté de Louis XIII.
Quatre mois après ce commandement, un peu de tranquillité s'établit au milieu de ces tourments de la guerre politique et de la guerre religieuse ; le roi venait de rentrer à Paris après sa tournée militaire dans le midi de la France ; les craintes d'autrefois se modèrent ;
Cette sécurité est l'occasion de la lettre ci-après :
« Mons. de la Resnière ayant donné la paix à mes sujets jay jugé a propos de leur en faire ressentir les fruicts par la décharge des gardes auxquels le bien de mon service et leur repos et seureté m'avait obligé. C'est pourquoy je vous escris ceste lettre pour vous mander quincontinant que vous l'aurez reçue vous donniez l'ordre que les habitants de ma ville de Bellesme cessent de faire les d. gardes ainsi que je leur ordonne par celle que je vous adresse pour eux avec la présente ce quoy masseurant que vous ny manquezez je prie Dieu quil vous ayt Mons. de la Pvesnière en sa sainte garde. Escrit à Paris le xiiij jour de febvrier 1623.
LOUIS
La deuxième lettre adressée aux habitants de Bellème, et annoncée dans celle-ci, n'a pas été retrouvée.
A la date du 16 mars 1627, on trouve dans la correspondance de la Rénière une note ainsi conçue :
L. du Roi à M"" de la Reyniere capp^e gouverneur de la ville de Bellesme pour, l'aviser quil a nommé le C" de Tresme gouver. en remplacement du M^' de la Chastre démissionnaire des pays et comtés du Maine Laval et Perche et faire en sorte quil soit reçu à Bellesme avec les honneurs qui lui sont dus.
Cette lettre royale du 16 mars 1627 suggère quelques réflexions ; le comte de Tresmes vient d'être nommé gouverneur des pays et comtés du Maine, Laval et Perche ; longtemps et dans le siècle précédent encore, le Perche était réuni à l'Alençonnois ; ce n'est pas la première fois que ces trois provinces sont réunies militairement sous la même main, ainsi qu'on a pu déjà le remarquer précédemment dans des lettres très authentiques. Cette réunion eut dû créer entre ces provinces quelque communauté d'intérêt, d'habi-
tudes, de mœurs, de langage ; il n'en fut pas ainsi, probablement à cause de la brièveté de cette réunion. En compulsant les histoires du Maine, celles du Perche, on ne trouve nulle trace de cette communauté. C'est en vain que le lecteur pour éclairer des faits obscurs, ou pour compléter ses connaissances sur l'histoire du Perche, compulsera celle du Maine, sa sœur géographique ; il n'y recueillera rien qui lui soit aide et secours ; chaque province se concentre dans son individualité ; le langage lui même est spécial, et non moins l'accent familier aux gens de campagne, de ville, si prononcé, autant désagréable dans l'un que dans l'autre pays ; la différence entre les deux provinces voisines est énorme.
Une recommandation n'est pas oubliée dans la lettre du 16 mars 1627, celle de recevoir le nouveau fonctionnaire avec les honneurs qui sont dûs à sa dignité.
Nos mœurs républicaines d'aujourd'hui, mœurs d'égalité et de peu de considération pour tout ce qui est autorité dans la société, nous font oublier les habitudes toutes différentes de nos ancêtres. Jadis les dignitaires étaient traités solennellement dans les circonstances opportunes ; ceux qui avaient rendu des services étaient gratifiés d'ovations honorifiques. La suite de ce récit nous instruira de ce qu'étaient ces honneurs.
La correspondance de 1631 ne manque pas d'intérêt ; le puissant et terrible ministre de Louis treize, le cardinal de Richelieu, rendu, non sans motif, prudent à l'endroit de la conservation de sa vie, avait obtenu de la munificence de son souverain une compagnie d'hommes d'armes affectés spécialement à la garde de sa personne. Le roi, pour un motif qui n'est pas expliqué, décide qu'une partie des hommes d'armes de Richelieu tiendra garnison à Bellême ; il veut que les gardes de celui qu'il appelle son cousin soient traités convenablement ; qu'on ne profite pas de leur position
pour les rançonner, même indirectement. Décidément le roi, tout en craignant le cardinal, sentait le prix de sa personne et combien son existence était utile aux intérêts de l'état. Louis treize n'eut pas mieux traité les gardes affectés à sa conservation personnelle.
« Mons. de la Reyniere ayant jugé à propos pour le bien de mon service d'envoyer une partie de la compagnie de gendarmes de mon cousin et cardinal de Richelieu à Bellesme pour y tenir garnison je vous en ay voulu donner avis et vous dire de tenir la main quelle y soit receue et logée sans difficulté et quil luy soit faict ni par les habitants de ladite ville le surtaux de vivres suivant le règlement que jen ay
faict expédier le quel surtaux leur sera reçu bon plus
Tordre qui sera envoyé aux présidents et sur ce
je prye Dieu vous avoir Mons. de Reyniere en sa sainte garde Escrit à Chasteau-Thierry le xxii^' jour de novembre 1631
LOUIS