‹ Belluaires et porchersChapitre 42 sur 61 · Pseudonyme de madame Hello · texte numérisé non relu

Pseudonyme de madame Hello

2. Pas même la publicité, la vile réclame. Il aurait, avec joie, lu son nom dans les pissotières.

3. A rapprocher de la sottise mentionnée au commencement du § III. Aux yeux de son historien, Hello a été plus heureuv que Jacob et n'aurait pas voulu être comme saint Jean!... On est prié de ne pas oublier que l'individu qui s'exprime ainsi est un bon chrétien.

de dérision qu'il aurait fallu dissiper amoureusement avec les parfums de l'Archange, et toujours persuadé que sa propre gloire eût été la Gloire de Dieu, on a vu ce famélique de la Splendeur parcourir des bureaux de rédaction, s'offrir, du matin au soir, à l'insolence des cochons de plume, dans l'espérance toujours déçue, d'en obtenir quelques lignes, quelques sales lignes!... Il eût espéré le règne de Dieu d'un Lepelletier ou d'un Chincholle !...

Quand on n'a pas vu cela, on ne connaît pas le fond de l'ignominie.

Ou ne m'otera pas de l'esprit que la paternité seule pouvait le sauver. Qui sait ïi le devoir de M"" Hello, soa unique et profond devoir, n'était pas de lui faire des enfants, n'importe commentl

Voici maintenant quelques papiers, aussi parfaitement inédits que le puissent être de vieux messages enfouis, depuis des années, au fond d'une armoire.

A Barbey d'Aurevilly.

Kéroman-Lorient (Morbihan) 1.

Monsieur,

Je ne reçois rien de vous. Votre article n'aurait-il pas paru? Je n'ose pas vous le demander. Il est impossible qu'il n'ait pas paru. Car je suis parti emportant votre parole d'honneur.

Ma main tremble en vous écrivant. Est-ce qu'il est possible que vous fassiez comme les autres et que vous m'abandonniez ? Faire comme les autres, celte chose hideuse et commune, ce crime bourgeois, faire comme les autres, abandonner celui que tout abandonne, oublier l'absent, oublier l'exilé, cracher sur celui qui est sans armes et sans défense, le crime des crimes, le crime par omission, celui auquel sont réservés uniquement les anathèmes du Jugement dernier : « J'avais faim et vous ne m'avez pas donné à manger, etc. »; il m'est absolument impossible d'associer cette chose froide, vulgaire et hideuse, à votre nom que j'aime et que j'admire.

Vous, le grand critique, hardi et chevaleresque, vous qui avez faim et soif de justice, vous, le défenseur éloquent et sublime des abandonnés, vous feriez comme les autres! vous, d'Aurevilly 1

Et moi qui, après avoir écrit :

L'Athéisme au xix* siècle,

Le Style,

Angèle de Foligno,

1. Toutes ces lettres, de 1876 à 1881, sont sans dates. L'un des signes caractéristiques d'Hello, c'est qu'il n'avait pas la notion du temps.

Ru>brn>:k,

Je <nne de Malel,

Le Jour du Seigneur,

L'Homme,

Physionomies de Saintt,

Parole* de Dieu,

Le Croisé etc., moi qui, après cela n'ai pas un journal pour y placer un article, moi qu'on a envoyé vivre au fond d'une campagne, je serais abandonné par d'Aurevilly!

Non, cela n'est pas. Cela n'est pas possible Je ne peux supporter cette pensée. Elle m'obsède la nuit. Je vous demande au Nom de Dieu et par votre Salut Eternel de m'envoyer votre article.

Cette lettre n'est que pour vous seul; ma main a tremblé en l'écrivant '.

Ernest Hello.

A Léon Bloy.

. Kéroman-Lorien .

Bien cher ami, Mille et mille remerciements de votre lettre. Elle contient des mots que je n'oublierai pas.

Depuis que je suis ici, mes malheurs visibles et connus ont été comblés et surpassés par des douleurs nerveuses et des souffrances physiques singulières dont le retentissement moral est horrible en moi. Je

1. Il n'est pas inutile de faire observer que cette lettre fut écrite après que Barbey d'Aurevilly, qui n'était pas on t cochon de plume », avait déjà, moitié par miséricorde et moitié par admiration véritable, publié une demi-douzaine d'articles éclatants sur les livres ou la personne d'Ernest Hello.

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sens moralement la souffrance physique et elle détruit en moi quelque chose de particulier qu'elle ne détruit pas dans les autres hommes.

J'insiste près de vous sur ce point, afin que vous insistiez sur lui près de Dieu, dans la prière

Je vous remercie du pressentiment que vous gardez relativement à moi et à vous relativement à moi. Il est probable que nous touchons à un événement qui sera V Evénement plutôt qu'un événement. Il faut que cet événement soit l'Avènement, ou tout est perdu. Gomme c'est du Salut qu'il s'agit, il faut priei au nom de Jésus.

La guerre qui semble approcher est probablement l'espèce sous laquelle se présente l'Evénement. Il faut que cette guerre soit autre chose que les guerres ordinaires. Il faut qu'elle soit celle que prédit l'Apocalypse.

Ecrivez-moi souvent, je vous en prie. Il est possible que je revienne à Paris pour quelques moments, dans un mois. Je descendrai à l'hôtel, n'y ayant plus d'appartement. Gomment avez-vous fait pour faire passer votre article à la Revue?

Et l'article sur moi, le faites-vous? Votre talent est grand, et votre courage est très-grand. Vous avei le courage de devancer l'avenir.

Vous ne me parlez pas de M. d'Aurevilly. Où en est-il de ses Bas-bleus? Se souvient-il de moi? Et l'abbé T... ? Soyez assez bon pour me donner de ses nouvelles. Est-il à Paris ? Si vous le voyez, diteslui tle piier pour moi.

Cher ami, votre lettre prouve bien que le temps et l'espace n'existent pas pour vous. Vous êtes un de? représentants de la Postérité parmi nous.

Je vous recommande par dessus tout de prier et de faire prier pour ma femme et pour moi. Je vous embrasse,

Ernest FIello.

Kéroman.

Très-cher ami,

Depuis sept mois environ, j'ai un livre sous presse, chez Palmé. Je ne vous en parlais pas. Je voulais vous en faire la surprise. Mais comme je n'ai plus de ses nouvelles, c'est à vous de m'en donner. Ce livre de critique a pour titre : Les Plateaux de la Balance.

Peut-être a-t-il paru sans que j'en sache rien. Peutêtre est-il oublié chez le brocheur Dax, rue de Vaugirard. Seriez-vous assez bon pour prendre aujourd'hui même ces renseignements chez Palmé et me les donner immédiatement ? Si le livre a paru, vous en prendriez un exemplaire pour vous et un pour d'Aurevilly. Pourriez-vous savoir s'il est chez Dax?

Pourriez-vous veiller vous-même à m'en faire envoyer de chez Palmé au moins deux exemplaires ?

Et vos articles ? J'ai écrit à Paul Féval, relativement à eux. Paul Féval m'a répondu immédiatement une lettre aimable. Il me dit que l'insertion de ces articles est promise, qu'il va insister et revoir Palmé à cet effet.

Il ajoute que lui-même baisse chez Palmé. Mes articles à moi ne paraissent plus du tout à la Revue *•

Puisque vous irez chez Palmé, tâchez d'être maître de vous et parlez de vos articles. Ne renoncez pas Agissez doucement, avec obstination.

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