Revue du Monde Catholique
Je vous remercie mille fois des magnifiques pagesque vous m'avez envoyées. Je les ai lues à la personne qui peut, à Lorient, les comprendre. Elle en a été enthousiasmée. J'attends le cahier que vous m'annoncez. Je l'attends avec impatience.
Quant aux Evénements, je meurs de tristesse. Rien! Rien I Rien I Vous ne me parlez plus du signe demandé. Le confesseur d'A. M. avait parfaitement raison de demander des signes. Les demande-t-elle? Quant à moi, je meurs de leur absence. Je souffre physiquement, je suis faible, et je meurs du besoin d'obtenir quelque chose. Leg idées ne me suffisent pas; il me faut de» faits, des faits évidents, palpables, sensibles, grossiers et actuels *.
Concentrez toute votre prière et toute celle de vos amis sur cette nécessité de faits actuels. Il nous faut absolument des témoignages terrestres. Car ce sont l'eau, le sang et le feu qui rendent témoignage sur la terre. Des faits! Des faits! Des faits! Des signes! J'aime mieux un : tiens que cent mille : tu l'auras. Précipitez toutes les prières possibles sur ce même point, et, puisque je n'en peux plus, obtenez que je voie aujourd'hui.
Seriez-vous assez bon pour me donner immédiatement des nouvelles de mon livre? Est-il chez Palmé? Est-il chez le brocheur ?
Mille amitiés. Ecrivez-moi et envoyez-moi un cahier.
Ernest.
1. Je voudrais un miracle naturaliste m« disait un jour Huysmang.
Kéroman-Lorient (Morbihan,.
Très-cher ami,
Je vous remercie de m'avoir donné de vos nouve les. Quant à moi, j'ai été très-souffrant physiquement et moralement. La chaleur m'a fait mal et les Evénements n'arrivent pas. Je suis infiniment plus abattu que vous. Autrefois j'ai passé ma vie dans la prière. Puis, plus tard, dans le blasphème; maintenant dans le mutisme. Ce n'est pas le silence, c'est le mutisme. Je suis muet, tant que la prière n'est pas exaucée. Je crois que j'en souffre plus épouvantablement que vous, car je ne peux plus parler
Vous allez donc à la Salette ? Je n'ai qu'une chose à vous dire, c'est de prier pour moi, afin que je voie ma prière exaucée. Je suis constitué dans la nécessité absolue de voir. Je suis infiniment plus perdu que vous, si je ne vois pas le triomphe en ce monde.
11 n'est plus temps pour moi de parler. Je n'ai pas la force de crier. Je subis la mort sans phrase. Le contraste est tellement effroyable entre les anciennes expériences et la réalité que celle-ci m'empêche de parler de celles-là.
Avoir espéré ce que j'ai espéré et être absorbé à chaque instant par des douleurs physiques et par des inquiétudes de la même nature qui écrasent l'âme I
Il y a un état où les espérances d'autrefois apparaissent comme des ironies et l'on a presque honte de s'en souvenir. L'échec est tellement horrible qu'il ne peut même plus être exprimé par des cris. On se caehe la tète et on ne dit plus rien : car toute Parole est du domaine et du ressort de l'Espérance. Quand celle-ci fait défaut, l'homme est sourd et muet.
Je remarque que les autres peuvent encore parler.
Je crois que j'ai le monopole de la faiblesse infinie. Le souvenir de mes antiques prières m'écrase comme la pierre d'un tombeau. Quand on a ainsi prié, que peut-on faire désormais? Où aller? A qui aller? Je suis l'être humain qui a le plus besoin de secours. Faites de votre Pèlerinage une prière immense pour moi. Faites que je voie mes prières exaucées.
Le supérieur des missionnaires de la Salette, la père Giraud, passe pour un saint. Peut-être sera-t-il, en septembre, à la Salette. Je ne l'aijamais vu. Mais je lui ai écrit. Si vous le voyez, recommandez-moi à ses prières '.
En général, recommandez-moi, avec mes intentions, à toutes les personnes priantes que vous rencontrerez, même à celles qui vous paraîtront insuffisantes et sans envergure. Les grands n'ont pas réussi. Faites prier les petits.
Tous ceux que vous rencontrerez : Prêtres, Missionnaires, Religieuses, Pèlerins, jusqu'aux enfants à la mamelle, faites-les prier pour moi, et pour ma femme, et à mes intentions.
Peut-être votre Pèlerinage vous procurera-t-il, aans cet ordre-là, quelque rencontre. Recherchez les prières de ceux qui nous ressemblent le moins. Ne méprisez pas les lèvres. Votre plume de fer rouge doit servir à quelque chose. L'Ecriture que vous aimez tant est écrite. La Bible signifie le Livre.
A propos du Livre, vous ne me parlez pas du mien. Si, par hasard, vous ne l'avez pas, prenez-le ou faites-le prendre. D'Aurevilly a fait sur lui un article très-rapide dont je le remercie beaucoup. Donnez-moi de ses nouvelles. Souvenir à A. M.
1. Je m'en serais bien gardé. L'aspect seul de ces missionnaires est à crucifier l'Espérance.
Et quant à vous, très-cher ami, bpn voyage ! Ne renoncez pas à votre livre. En attendant, écrivez mon nom sur la poussière des grandes route que voua allez parcourir, comme le nom de celui qui ne peut pas se passer de voir et de toucher ce qu'il a demandé et voulu !
Vous crierez mon nom du fond de tous les abîmes et du sommet de toutes les montagnes comme le nom de celui qui veut absolument et éperdument voir, voir, voir sur la terre ce qu'il a demandé !
Et vous placerez mon nom sur toutes les lèvres, même les moins éloquentes, même les plus médiocres, afin que tout, à la fois, dise et crie mon éternelle réclamation I
Je ne saurai où vous adresser mes lettres. Mais je vous supplie de m'écrire plusieurs fois pendant votre voyage.
Ernest.
Ké roman-Lorient.
Combien je devrais vous avoir écrit déjà, cher et très-cher ami ! Je pense à vous, et je vous écris peu. J'ai été très-souffrant depuis mon arrivée ici. J'ai eu des douleurs névralgiques et j'ai passé des jours dms d'épouvantables découragements.
Le prêtre de La rue d'Ulm a dit à A. M. ce que je Lui avais dit moi-même. 11 faut un signe. Ce signe ne doit pas être une chose indifférente en elle-même. Il faut qu'il soit important par son objet propre, impor- Vint par lui-même, ian portant en tant que chose obtenue, et important en tant que signe des autres choses à obtenir. Il faut qu'il soit à La fois satisfaction et gage des satisfactions ! * .
Or nous mourons de besoins actuels et dévorants. Il faut donc que nos plus actuels et plus dévorants besoins soient actuellement satisfaits. Il faut santé, succès, Evidence. Voilà le signe nécessaire.
Il y a un mot dans l'Ecriture qui résume tout : Fac mecum signwn in bonum ut videant qui oderunt me et confundantur...
Il faut un signe qui fasse le bien et qui soit la lumière.
Que faites-vous, cher ami? Ecrivez-vous? Que devient ce livre dont le sujet s'est tellement agrandi qu'on ne sait plus son nom ni son titre?
J'ai besoin de voir vos articles sur moi imprimés. Le Correspondant était un échec tellement certain que ce n'est pas même un échec. Il faut toute la jeunesse de madame Zamoyska et toute son innocence pour y avoir un instant songé.
Mais pour la Reçue, il faut cultiver Tr. Voyez-le, soyez charmant. Contenez toute indignation. Déployez vos grâces. Et si, malgré ce déploiement, les articles ne paraissent pas, il faut songer à une brochure. Entretenez madame Zamoyska dans cette pensée que j'ai besoin de cette publication et que l'enterrement de ce magnifique travail est un crime et un malheur qui pèsent sur moi *.
Ne feriez-vous pas bien de voir vous-même le prêtre de la rue d'Ulm? Dites-moi tout ce que vous faites et, s'il est possible, tout ce que vous pensez, tout ce
1. Ce magnifique travail était un incomestible dithyrambe de douze ou quatorze cents lignes dont quelques rognures à peine s'utilisèrent dans le second chapitre du Brelan d'Excommuniés, publié dix ans plus tard, quand j'étais devenu un Ecrivain, pour la honte de ma patrie.
que vous entendez dans l'air, tous les bruits qui passen sur vous et autour de vous.
M. d'Aurevilly a-t-il fait ses Pâques? Rappelez-moi à son souvenir. Je pense à A. M. Ayez avec elle tous les genres de prudence et, quoi qu'elle dise de bon ou de mauvais, écrivez-moi. Je voudrais avoir les pages que vous écrivez ou que vous pensez à écrire.
Mille et mille amitiés.
Ernest.
Kéroman-Lorient (Morbihan).
Cher ami, votre lettre a fait sur moi une impression profonde. Très-souffrant et très-désolé moi-même, je remettrais ma réponse à plus tard, si je ne pensais que peut-être vous attendez un mot de moi, et que peut-être un silence même court ressemblerait à de la froideur.
Je n'essayerai pas de vous dire l'horreur que me fait notre situation. Cette déception épouvantable échappe à la parole et tout ce qu'on en dirait serait moindre qu'elle.
Mes cris sont morts de leurs excès et me paraîtraient peu de chose maintenant auprès de la situation qu'ils essayeraient d'exprimer.
Je vous écrirai plus longuement. Je ne vous dis aujourd'hui que deux paroles.
Voici la première : Que le désir des grandes choses ne vous fasse pas négliger les petites. Ne méprisez pas vos articles sur moi. Soignez vos affaires. N'interrompez pas votre livre.
Je viens d'écrire à Paul Féval de rappeler vos articles à Palmé. Si vous ne pouvez voir Palmé, soignez et entretenez Paul Féval. Faites les affaires au jour
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le jour, et n'en négligez aucune. Vous devriez vous habituer à la douceur et devenir capable de voir Paîmé. Vous avez peut-être fait toutes les prière*, excepté celle-là. Qui sait si, par' hasard, celle-là ne serait pas la meilleure?
Devenez doux, et faites de cette doucenr. une prière, pour nous tous.
Voilà pour les petites choses. Il faut lest faire'1.
Quant aux grandes puisque personne ne peut les faire, il faut me les dire. Tout ce que vous pensez et tout ce que À. M. vous dit de plus extraordinaire, les choses trop étranges pour être supportées,, mên\e par moi, ce sont celles-là que j'attends.
Dites-moi les choses les plus énormes. Et faites les choses les plus simples., les. plus petites. U le faut *.
Et priez de toutes vos forces pour ma santé qui est pitoyable.
Au revoir, cher ami, donnez-moi bien vite de vos nouvelles. Et dites-moi les choses trop étonnantes pour être supportées.
Ernest.
1. Platitudes évidemment écrites par le pauvre grand homme sous la dictée de sa femme. La bonne madame Hello croyait qu'il y a de t petites choses. ».