‹ Ben-HurChapitre 143 sur 172 · MAGISTÈRES RESTAURANTS · texte numérisé non relu

MAGISTÈRES RESTAURANTS

pourra donc servir toutes les fois qu'on aura besoin d'un bon potage gras, sans être obligé de l'attendre cinq ou six heures, ce qui peut arriver très-souvent surtout à la campagne. Bien entendu que ceux qui s'en serviront glorifieront le professeur.

11 est bien que tout le monde sache que si l'ambre, considéré comme parfum, peut être nuisible aux profanes qui ont les nerfs délicats, pris intérieurement il est souverainement tonique et exhilarant; nos aïeux en faisaient grand usage dans leur cuisine, et ne s'en portaient pas plus mal.

J'ai su que le maréchal de Richelieu, de glorieuse mémoire, mâchait habituellement des pastilles ambrées; et pour moi, quand je me trouve dans quelqu'un de ces jours où le poids de l'âge se fait sentir, où Ton pense avec peine et où l'on se sent opprimé par une puissance inconnue, je mêle avec une forte tasse de chocolat, gros comme une fève d'ambre pilé avec du sucre, et je m'en suis toujours trouvé à merveille. Au moyen de ce tonique , l'action de la vie devient aisée, la pensée se dégage avec facilité , et je n'éprouve pas l'insomnie qui serait la suite infaillible d'une tasse de café à l'eau prise avec l'intention de produire le même effet.

Le magistère a est destiné aux tempéraments robustes, aux gens décidés, et à ceux en général qui s'épuisent par action.

J*ai été conduit par l'occasion à en composer un autre beaucoup plus agréable au goût, d'un effet plus

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doux, et que je réserve pour les tempéram^iis faibles, pour les caractèiies indéds, ^ur e^&iL, en un mot, qui s'i^iiisent à peu de fiais : le voici.

Pi^eaez un jan^et de veau i^esant au moins deux livres, fendez-le en quatre sur sa longueur, os et cbair, faites-le roussir avec quatre oignons coupés en tranches et une poignée de cresson de fontaine; et quand il s'approche d'être cuit, mouillez-le avec trois bouteilles d*eau que vous ferez bouillir pendant deux heures avec la précaution de remplacer ce qui s'évapore, et dé^ vous aurez un bon bouillon de veau : poiyrez et salez modérément.

Faites piler séparément trois vieux pigeons et vingtcinq écrevisses bien vivantes : réunissez le tout pour faire roussir comme j'ai dit au numéro a, et quand vous voyez que la chaleur a pénétré le mélange et qu'il commence à gratiner, mouillez avec le bouillon de veau et poussez le feu pendant une heure; on passe ce bouillon ainsi enrichi, et on peut en prendre matin et soir, ou plutôt le matin seulement, deux heures avant déjeuner. C'est aussi un potage délicieux.

J'ai été conduit à ce dernier magistère par une paire de littérateurs qui, me voyant dans un état assez positif, ont pris confiance en moi, et, comme ils disaient, ont eu recours à mes lumières.

Ils en ont fait u:age et n'ont pas eu lieu de s'en repentir. Le poëte, qui était simplement élégiaque, est devenu romantique; la dame, qui n'avait fait qu'un roman assez pâle et à catastrophe malheureuse, en a faii un second beaucoup meilleur, et qui finit par un- beau et bon mariage. On voit qu'il y a eu, dans Tun et l'autre cas, exaltation de puissance, et je crois, en conscience, que je puis m'en glorifier un peu.

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