‹ Ben-HurChapitre 157 sur 172 · BONHEUR EN VOYAGE · texte numérisé non relu

BONHEUR EN VOYAGE

avec du vin de paille, également doux et généreux : le tout fut couronné par de très-bon café, confectionné par le tuileur guilleret, qui eut aussi l'attention de ne nous laisser pas manquer de certaines liqueurs de Verdun, qu'il sortit d'une espèce de tabernacle dont il avait la clef.

Non-seulement le dîner fut bon, mais il fut très-gai.

Après avoir parlé avec circonspection des affaires du temps, ces messieurs s'attaquèrent de plaisanteries qui me mirent au fait d'une partie de leur biographie; ils parlèrent peu de l'affaire qui les avait réunis ; on dit quelques bons contes, on chanta; je m'y joignis par quelques couplets inédits; j'en fis même un en impromptu, et qui fut fort applaudi suivant l'usage; le voici :

AiB : du Maréchal ferrant.

Qu'il est doux pour les voyageurs De trouver d'aimables buveurs :

C'est une vraie * béatitude.

Entouré d'aussi bons enfants.

Ma foi Je passerais céans Libre de toute inquiétude,

Quatre jours,

Quinze jours,

Trente jours, • Une année.

Et bénirais ma destinée.

Si je rapporte ce couplet, ce n'est pas que je le crois excellent; j'en ai fait, grâce au Ciell de meilleurs, et i'aurais refait celui-là si j'avais voulu; mais j'ai préféré de lui laisser sa tournure d'impromptu, afin que le lecteur convienne que celui qui, avec un comité révo-

I . U 7 1 ici une ftate que nooseomenroos par reipeet ponr le texte de l'an« leur; le paisage qni toit le couplet fait Toir d'ailleurs que nous ne faisons en eela que mÎTre son intention.

40a VARIÉTÉS.

luiioimaire en Groupe, pouvait se jouer ainsi, celui-là, disrje, avait biea Gertainemeai la. téta et le cœur d*ua Français.

Il y avait biejx quaice heiu^es que nous étions à table, et oa commençait à s'occuper de la manière de finir la soirée ; on allait faire une longue promenade pour aider la digestion,, d: en rentrant on< ferait une partie de béie bombré&pouiT attendra le repas du soir, qui se composait d* un plat de truites ea réserv^^ et de reliefs du dîner encore très-désirables^

A toutes ces propositions je fus^ obligé de répondre par un refiis :. le soleil penchant vers l'horizon m'avertissait de partir.* Ces messieurs insistèrent autant que la politesfiei le permet^ et. ^arrêtèrent quaad je leur assurai que je ne voyageais pas tout à fait pour mon plaisir.

On a déjà deviné qu'ils ne Youlùrent pas entendre parler de mon écot: ainsi,, sans me? faire de questions importunes, ils vouluirent i&enofa^ naonter à cheval, et nous nous séparâmes après avoir fait et reçu les adieux les plus affectueux.

Si quelqu'un de ceuï qnl m^accueillirent si bien existe encore, et que ce livre tombe entre ses mains, je désire qu'il sache qu'après plus de trente ans ce chapitre a été écrit avec la plus vive gratitude.

Un bonheur ne vient jamais seul, et mon voyage eut lUL succè& que Ja n'aucûs. presq(Ue. pas- espéri..

Je trouvai» à^ lai vénité^, ki r^présentanl Prât fbrtar méat préveoue Goutnei moi: : il me re^ucda. d^ua air sinistre,, et jjt. cruA/€|^'iL allaât me. faire arcéien;. mais j'en. fus,<)uitiiajjiou£ lat^peur^^at s^iste.q^kKUAShéGlaicGiâsements, il me sembla que ses traits se détendaient un peu».

Je ne sufs pofnt de ceux que Ha peu£ ceiLf craeESk^et '

BONHEITB EÏT VOYAGE. 40T

je crois que cet homnue n'éUit pas m/écbant; mais il avait peu de capacité et ne savait que faire du pouvoir redoutable qui lui avait ëtéconfié : c'était un enfant armé^ de la massue- d'îfercule.

M. Amondru, dont je retrace ici le nom avec bien du plaisir, eut véritablement quelque peine à lui faire accepter ûw souper où* fl était convenu que je me trouverais ; cependiant. il y vint, et me reçut d'une manière qui était bien loin de me satisfaire.

Je fus un peu moins mal accueilli de madame Prôt, à qui f allai présenter mon hommage, tes circonstances où je me préseotaiis admettaient au moins un intérêt de curiosité.

Dès les premières, phrases, elle me demanda si j'aimais la musique. O bonheur inespéré t elle paraissait en faire ses délices, et comme je suis moi-même trèsbon musicien, dès ce moment nos cœurs vibrèrent à l'unisson.

Nous causâmes avant souper, et nous fîmes ce qu'on appelle une main à fond. Elle me parla des traités de composition, je les connaissais tous; elle me parla des opéras à la mode^ jjS les savais par cœur; elle me nomma les auteurs Ies> pltts^ confins^ je les' avals vus peur la plupart. Elle ne finissait pas„ parce que depuis longtemps elle n'avait, renicontsépersanne^i^ec cpui traiter ce chapitres àoni elle parlait en amateur, quoique j'aie su depuis quIelTe avait professé comme maîtresse de chant.

Après souper, elle €«¥07» ehereber ses cahiers; elle chanta, je chantai, roos chantâmes ; jamais je n'y mis plus de zèle, jamais je n'y eus plus de plaisir.. M. Pc^ avait â^ parVé phisieurs fois de se retirer, qu'elle n^eo avilît pas tenu compte, et nous sonm^ons comme deux trompettes fo duo de Ik Fausse Stagte,

Vous Bouvient'il de cette fèteP

quand il fit entendre l'ordre du départ.

il fallut bien finir; mais au moment où nous nous quittâmes, madame Prôt me dit : « Citoyen, quand on « cultive comme vous les beaux-arts, on ne trahit pas « son pays. Jç sais que vous demandez quelque' chose « à mon mari : vous l'aurez; c'est moi qui vous le pro- « mets. »

 ce discours consolant, je lui baisai la main du plus chaud de mon cœur; effectivement dès le lendemain matin je reçus mon sauf-conduit bien signé et magnifiquement cacheté.

Ainsi futremifli le but de mon voyage. Je revins chez moi la tét^ haute; et grâce à l'harmonie, cette aimable fille du Ciel, mon ascension fut retardée d'un bon nombre d'années.

Nulla placere diu, nec viTere carmina possunt, Quœ scribuntur aquœ potoribus. Ut maie sanos Adscripsit Liber Satyris Faunisqne poetas» Yina fere dnlces oluerunt mane Gamœnse.

Landibus arguitur vini vinosns Homerus; Ennius ipse pater nuoquaiD, nisi potUB, ad arma ProBiluitdicenda : a Forum putealqne Libonis M Mandabo siccis ; adimam cantare severis. » Hoc simul edixit, non ceasavere poetœ Noctumo certare mero, potare diurno.

HoRAT.y Epist. ly 19.

Si j'avais eu assez de temps j'aurais fait un choix raiscmné de poésies gastronomiques depuis les Grecs et les Latins jusqu'à nos jours, et je l'aurais divisé par épo-

ques historiques, pour montrer l'alliance intime qui a toujours existé entre l'art de bien dire et l'art de bien manger.

Ce que je n'ai pas fait, un autre le fera ^. Nous saurons comment la table a toujours donné le ion à la lyre, et on aura une preuve additionnelle de l'influence du physique sur le moral.

Jusque vers le milieu du dix-huitième siècle, les poésies de ce genre ont eu surtout pour objet de célébrer Bacchus et ses dons, parce qu'alors boire du vin et en boire beaucoup était le plus haut degré d'exaltation gustuelle auquel on eût pu parvenir. Cependant, pour rompre la monotonie et agrandir la carrière, on y associait l'Amour, association dont il n'est pas certain que l'amour se trouve bien.

La découverte du nouveau monde et les acquisitions qui en ont été la suite ont amené un nouvel ordre de choses.

Le sucre, le café, le thé, le chocolat, les liqueurs alcooliques et tous les mélanges qui en résultent ont fait de la bonne chère un tout plus composé, dont le vin n'est plus qu'un accessoire plus ou moins obligé ; car le thé peut très-bien remplacer le vin à déjeuner *.

Ainsi une carrière plus vaste s'est ouverte aux poètes de nos jours; ils ont pu chanter les plaisirs de la table sans être nécessairement obligés de se noyer dans la tonne : et déjà des pièces charmantes ont célébré les nouveaux trésors dont la gastronomie s'est enrichie.

Gomme un autre j'ai ouvert les recueils et j'ai joui

I. Voilà, fi je ne me trompe, le troisième ouvrage que je délègue aux tra- TaiUean : 1* Monographie de l'Obésité; 2" Traité théorique et pratique des Haltes de ehasse ; 3* Recueil chronologique de Poésies gastronomiques.

S. Les Anglais et les Hollandais mangent à déjeuner du pain, du beurre, da p<^iion, du jambon, des œufs, et ne boitent presque jamais que du thé.

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du parfum âe ces offrandes élftéréfes. Mafs, tout en admirant les ressources du talent et goûtant Tharmonie des vers, j'avais une satisfaction de plus qu'un autre en voyant tous ces auteurs se coordonner à mon système favori ; car la plupart de ces jolie» choses ont* été feites pour dîner, en dînant ou après âtntr.

J*espëre bien que les ouvriers fiabilés explbflerontla partie de mon domaine que je leur abandonne; et je me contente en ce moment d'offrir à mes lectéursr un petit nombre de pièces choisies au gré dé mo» caprice, accompagnées de notes très-courtes, pour qu'on ne se creuse pas la tête pour chercher la raison de mon choix.

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