‹ Ben-HurChapitre 79 sur 172 · LES DAMES · texte numérisé non relu

LES DAMES

78. — Il est des jours oiinos femmes, nos sœurs, nos cousines, leurs amies, ont été invitées à venir prendre paria nos amusements.

A l'heure promise, on voit arriver des voitures légères et des chefvàux fringants, chargés de belles, de plumes et de fleurs. La toilette de. ces dames a quelque chose de militaire et de coquet; et l'œil du professeur * peut, de temps à autre, saisir les échappées de vue que le hasard seul n'a pas ménagées.

Bientôt le flanc des calèches s'entr'ouvre et laisse apercevoir les trésors du Périgord, les merveilles de Strasbourg, les friandises d'Achard, et tout ce qu'il y a de transportable dans les laboratoires les plus savants.

On n'a point oublié le Champagne fougueux qui s'agite sous la main de la beauté; on s'assied sur la verdure, on mange, les bouchons volent; on cause, on rit, on plaisante en toute liberté; car on ^ Tuffivers pour salon et le soleil pour lumière. D'ailleurs l'appétit, cette émanation du ciel, donne à ce repas une vivacité inconnue dans les enclos, quelque bien décorés qu'ils soient.

Cependant comme il faut que tout finisse, le doyen donne le signal ; on se lève, les hommes s'arment de leurs fusils, les dames de leurs chapeaux. On se dit

^^ pas des serriteurs potophores * qui aTaient, dans des seaux de cuir pleins ^^ giace, lout ce qu'on pouvait désirer, soit pour rarraicbir, soit pour conforter. OQ choisissait, et on se sentait revivre.

Je sais tenté de croire que Tapplication d'un liquide aussi frais à des langues ^des et à des gosiers desséchés cause .a sensation la plus délicieuse qu'on I^sse goûter en sâreté de conscience.

^ 11. BolTmann eoodamoe cette expresMon à cause 4e sa ressemblance trw pot-au-feu i il ^t j wb»titaer œnophore^ mot déjà conao»

adieu, les voitures s'avancent, et les beautés s'envolea pour ne plus se montrer qu'à la chute du jour.

Voilà ce que j'ai vu dans les hautes classes de la société oii le Pactole roule ses flots; mais tout cela n'esi pas indispensable.

J'ai chassé au centre de la France et au fond des départements; j'ai vu arriver à la halte des femmes charmantes, des jeunes personnes rayonnantes de fraîcheur, les unes en cabriolets, les autres dans de simples car- ^rroles, ou sur l'âne modeste qui fait la gloire et la fortune des habitants de Montmorency; je les ai vues les premières à rire des inconvénients du transport; je les ai vues étaler sur la pelouse la dinde à gelée transparente, le pâté de ménage, la salade toute prête à être retournée; je les ai vues danser d'un pied léger autour du feu du bivouac allumé en pareille occasion; j'ai pris part aux jeux et aux folâtrerîes qui accompagnent ce repas nomade, et je suis bien convaincu qu'avec moins de luxe on ne rencontre ni moins de charmes, ni moins de gaieté, ni moins de plaisir.

Eh ! pourquoi, quand on se séparé, n'échangerait-(» pas quelques baisers avec le roi de la chasse, parce qu'il est dans sa gloire; avec le culot, parce qu'il est malheureux : avec les autres, pour ne pas faire de jaloux? Il y a départ, l'usage l'autorise, il est permis et naême enjoint d'en proffter.

Camarades f chasseurs prudents, qui visez au solide, tirez droit et soîgneir les bourriches avant l'arrivée des dames ; car l'expérience a appris qu'après leur départ il est rare que la ciidsse sait fhietarase.

On s'est épuisé en conjectures. poi» expliquer cet eflSt. Les titi9 l'attribuent au trànil d»\k digestion, q«i rend toujours le corps un peu lourdy d'auties^ à Tattentioa distraite qui ne p^.p^ se recueillir; d'autres^ à des

colloques confidentiels qui peuvent donner Tenvie de retourner bien vite. * tjuant à nous,

Dont jusqu'au fond des cœurs le regard a pu lire,

nous pensons que, Fâge des dames étant à Forient, et les chasseurs de matière inflammable, il est impossible que, par la collision des sexes, il ne s'échappe pas quelque étincelle génésique qui effarouche la chaste Diane, et qui fait que dans son déplaisir elle retire, pour le reste de la journée, ses faveurs aux délinquants. ' Nous disons pour le reste de la journée , car l'histoire d'Endymion nous a appris que la déesse est bien loin d'être sévère après le soleil couché. ( Voyez le tableau de Girpdet.)

Les haltes de chasse sont une matière vierge que nous n'avons fait qu'effleurer; elles pourraient être l'objet d'un traité aussi amusant qu'instructif. Nous le léguons au lecteur intelligent qui voudra s'en occuper.

79. — -CW'tïô vit pas de ce qu'on mange, dit un vieil ^h^yiMihtdece qu'on digère.U faut donc digérer pour ^ivrev et' ccftte nécessité est un niveau qui couche sous sa puissance le pauvre et le riche, le berger et le roi.

Mai» «oBibieiif peu> sauvent €e> qu'il» font quaad ila^

digèrent ! La plupart sont comme M. Jourdain, qui faisait de la prose sans le savoir; et c'est pour ceux-là que je trace une histoire populaire de la digestion, persuadé que je suis que M. Jourdain fut bien plus content quand le philosophe leut rendu certain que ce qu'il faisait était de la prose.

Pour connaître la digestion dans son ensemble, il faut la joindre à ses antécédents et à ses conséquences.

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