ÉLECTIONS
Confidentielle .
« Monseigneur,
« J'ai l'honneur de transmettre à Votre Excellence un rapport de M. le commissaire de police, qui m'annonce le passage à Dijon de M. Benjamin Constant. Ce rapport est incomplet, car j'ai su que cet ancien député avait vu M. Hernoux et plusieurs coriphées (sic) du parti libéral, et qu'il avait concerté surle-champ, de concert avec eux, la candidature de M. de Ghauvelin à l'arrondissement de Dijon.
« Je suis, avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence le très-humble et obéissant serviteur. »
u Le Préfet de la Côte-d'Or, « M" d'Arbaud (1). »
(1) Son nom complet est : le marquis d' Arbaud-Jouques (maître des requêtes).
PREFECTURE (Vu au Bulletin. Classer.)
du
JURA
~ A Son Excellence
Ministère
de l'intérieur. le Ministre de l'Intérieur.
Direction de la Police.
Lons-le- Saunier, le 9 novembre 1827 (1).
« Monseigneur,
« J'ai eu l'honneur de vous adresser, le 3 de ce mois, quelques détails au sujet de l'apparition de M. Benjamin Constant dans l'arrondissement de Dôle. Je ne crois pas inutile de transmettre à Votre Excellence ce qui me parvient encore aujourd'hui sur le même personnage.
« II a quitté Brevans et le département sans avoir pu se procurer une seule acclamation; son départ a été suivi d'une querelle entre lui et son postillon parce que ce dernier a exigé le paiement de la course de Brevans à Dôle. M. le sous-préfet de Dôle ajoute que, pendant son séjour à Brevans, il a voulu avoir un entretien avec le maire de ce village, auquel il a fait une foule de questions sur la manière dont l'administration marchoit dans ce département, et qu'il a eu l'air, d'après ce qu'a rapporté ce maire, d'approuver ses réponses, et a terminé par offrir ses services auprès du souverain.
(1) En marge : « F1 extrait sT son </er 2,020. »
« On m'annonce, d'autre part, qu'à son arrivée à Pierre (Saône-et-Loire), M. de Thiars lui a fait une réception et lui a donné une fête brillante; qu'il a envoyé à sa reucontre tous ses équipages avec une garde à cheval; que le château a été illuminé; qu'il y a eu un repas somptueux dans lequel ont été portés des toasts à la liberté, à la Charte, aux électeurs rad eaux de Saône-et-Loire, etc., etc. Enfin, que toute la commune de Pierre a pris part à cette fête.
« J'ai l'honneur d'être avec une respectueuse considération, Monseigneur, de Votre Excellence le trèshumble et très-obéissant serviteur. »
« Le Préfet du Jura, « G,e de Waters. »
Dole, le 13 novembre 1827)t
« Monsieur le sous-préfet, j'ai l'honneur de vous faire rapport qu'informations prises sur M. Louis Oudet, receveur à cheval des impôts indirects à Champagnole, il n'est point arrivé de la commune de Pierre, avec MM. Simeray et Druard; il s'est seulement trouvé à la même auberge que ces messieurs; et comme son épouse est de Verdun (Saône-et-Loire) et y possède des biens, il connaît les habitans de Pierre. Gomme il paraissait lié avec MM. Simeray et Druard, le maître d'hôtel croyait qu'il était arrivé avec eux, et il a ainsi induit en erreur le commissaire de police. Mais je viens de m'assurer, à vue des registres de la messagerie de Châlons-s.-S. et de Genève, que le sieur Oudet est arrivé de la première ville le 31 octobre, et qu'il est parti pour Champagnole le 1er novembre. J'ai su aussi qu'il n'avait point vu ni pensé à voir M. Benjamin Constant, qui est parti le 1er novembre, à neuf heures du matin, pour Pierre. Ainsi tombent les préventions auxquelles avait pu donner lieu mon premier rapport verbal.
« J'ai l'honneur d'être, ... etc.
Signé : « Jobard, commissaire de police.
« Certifié conforme :
« Le Sous-Préfet de Dole,
« C. DE BELLEROCHE. »
PREFECTURE
( Classe r.J
du
JURA
Ministère de l'Intérieur
A San Excellence le Ministre de l 'Intérieur ;
Direction de la Police.
Lons-le- Saunier, le 16 novembre 1827.
u Monseigneur,
« Vous m'avez fait l'honneur de m'inviter, par une lettre du 7 du courant, à rechercher et à vous faire connoître quel est l'employé des contributions indirectes dont il est parlé dans mon rapport du 3, comme ayant fait partie de la députation chargée de porter une invitation à M. Benjamin-Constant, à Dôle.
« J'ai recommandé à M. le sous-préfet de Dôle, de qui je tenois les premiers renseignemens, de faire en sorte de me procurer celui que désiroit Votre Excellence. Ce fonctionnaire me répond, sous la date du 13, que les nouvelles informations qu'il a prises détruisent ce qui lui avoit été rapporté et qu'il m'avoit transmis quand (sic) à la participation d'un employé des contributions indirectes à la députation dont il a été parlé, et il m'adresse une copie de la lettre qui lui a été écrite en dernier lieu à ce sujet par le commissaire de police de
Dôlo. J'ai l'honneur de transmettre ci-joint cette copie à Votre Excellence.
a J'ai l'honneur d'être avec une respectueuse considération, Monseigneur, de Votre Excellence le très-humhle et très-obéissant serviteur. »
« Le Préfet du Jura,
« Gte de Waters.,»
Les pièces qu'on va lire, à présent, datent de 1828.
(« Villèle étant tombé, dit M. Debidour, à la suite des élections libérales de novembre 1827, Martignac devint ministre de l'intérieur (4 janvier 1828), et, sans porter le titre de président, fut le véritable chef du nouveau cabinet, qui renouvela le personnel administratif, rétablit la liberté de la presse, et fit signer au roi les fameuses ordonnances du 16 juin 1828 sur les jésuites et les petits séminaires. — Mais Charles X, inféodé à la Congrégation et aux ultras, ne subissait qu'en frémissant ce ministère. Aussi, Martignac ayant éprouvé, à propos de son projet de loi sur les conseils généraux et les conseils d'arrondissement, un échec causé par la coalition parlementaire de la droite et de la gauche au Palais- Bourbon (avril 1829), le roi ne tarda-t-il pas à le renvoyer avec tous ses collègues et à former avec Polignac un gouvernement de combat qui rendit la révolution inévitable (1). »)
(1) Cf. A. Debidour, art. Martignac de la Grande Encyclopédie. -
PREFECTURE
de LA MEURTHE
. ~~ . A Son Excellence
Ministère
de l'intérieur le Ministre de £ Intérieur .
Division du Cabinet.
Nancy ; le 16 août 1828.
u Monseigneur,
« J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que M. Benjamin Constant, député, est arrivé hier, 15, à Nancy, vers quatre heures après midi.
u II est descendu à l'hôtel royal, où cinquante personnes environ se sont rendues aussitôt son arrivée, pour le complimenter. Elles se sont annoncées comme représentant le commerce. On remarquait en tête le sr Didier, bijoutier, quelques marchands et beaucoup de commis.
« Le soir, après le spectacle, il y a eu sénérade (sic) dans la cour de l'hôtel. M. Benjamin Constant y est descendu et a témoigné à plusieurs reprises sa reconnaissance de l'accueil qu'il recevait, en promettant de s'en rendre di^ne.
« Remonté dans son appartement, il s'est mis à la fenêtre; un assistant, qu'à ses moustaches on a reconnu pour un officier, lui a adressé ces mots : « Honneur au député qui a sçu (sic) sacrifier d intérêt particulier à l intérêt (jénérall » Il a de nouveau remercié et promi (sic)
de faire tout ce qui dépendrait de lui pour être utile aux habitans de Nancy. On y a répondu par les cris de : « Vive B. Constant ! Vive le défenseur des libertés publiques, le défenseur de la. Charte! » et la musique a exécuté l'air : « Où peut-on être mieux... »; après quoi, chacun s'est retiré paisiblement. Au surplus, personne de marquant n'a pris part à cette réunion, dans laquelle sept à huit individus seulement ont témoigné de l'enthousiasme.
« M. B. Constant se rend aux eaux de Baden.
« Je suis avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence le très humble et obéissant serviteur. »
« Le Conseiller d'Etat, Préfet de la Meurtlie, a G,e d'Allonville. »
PREFECTURE du
bas-rhin A Son Excellence
le Ministre de l'Intérieur.
Pouce.
Strasbourg, le 9 octobre 1828.
« Monseigneur,
« Sans y attacher une grande importance, je crois ne pas devoir laisser ignorer à Votre Excellence qu'au retour de M. Benjamin Constant des eaux de Iîade, une partie des membres du collège d'arrondissement de Strasbourg lui a donné un banquet, auquel MM. de Turckheim et Saglio ont été invités en qualité de députés élus par le collège électoral du département.
« Je suis avec respect, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur. »
« Pour le Préfet, absent :
u Le Doyen du Conseil de Préfecture* u Kern. »
PREFECTURE
du
haut-Rhin A Son Excellence
le Mmistre de l'Intérieur.
Cabinet du Préfet.
Colmar, le 1 1 décembre 1828 (1).
u Monseigneur,
u M. Benjamin Constant, qui, depuis le 1er novembre, était à Munster, a quitté cette commune lundi dernier pour retourner à Paris. M. Benjamin Constant était chez M. Jacques Hartmann, fabricant, qui, ainsi que ses frères, lui a fait un accueil si brillant l'année dernière.
« A l'exception de deux avocats de Colmar, membres du comité établi dans cette ville pour les élections de 1827, et existant encore aujourd'hui, M. B. Constant n'a pas reçu de fréquentes ni de nombreuses visites. Il avait l'habitude de travailler toute la matinée dans son appartement, et on lui attribue les articles qui ont paru dans le Constitutionnel sur la loi municipale.
« Vers la fin d'octobre, il avait été question de donner
(1) Nous avons signalé plus haut (chap. m) une lettre adressée par B. Constant, de Munster, le 8 décembre de cette année 1828, à Casimir-Perier. Il lui annonçait à brève échéance son retour à Paris, le priant de conserver jusque-là un dépôt de cent quatrevingt mille francs à lui confié.
à Colmar un nombreux dîner, le 4 novembre (1), pour célébrer la fête du Roi. MM. les députés du Haut-Rhin devaient y être invités, ainsi que M. lî. Constant. On devait aussi, disait-on, y inviter les principales autorités de la ville. Il parait que M. André, député du Haut-Rhin, n'ayant pas voulu paraître à cette fête comme invité, mais à la condition seulement que tout le monde serait souscripteur, cette circonstance a fait renoncer au projet de célébrer la Saint-Charles de cette manière. On assure qu'à cette occasion M. André, qui a peut-être cru que c'était un peu pour fêter les députés du département, et un peu encore pour M. B. Constant qu'aurait eu lieu ce dîner (2), a hautement témoigné son improbation sur ces repas offerts aux députés. Il aurait même, dit-on, traité cet usage de révolutionnaire.
« Je suis avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur. »
« Le Préfet du Haut-Rhin, « H. Jordan. »
(1) Saint-Charles.
(2) Premier jet, biffé : « ... que c était beaucoup sans doute pour le Roi, mais un peu aussi pour fêter les députés... »