‹ Benjamin Constant sous l'oeil du guetChapitre 34 sur 63 · e Légion · texte numérisé non relu

e Légion

A Son Excellence le Minisire de l'Intérieur.

Nancy, 8 août 1829.

(Bulletin du 12.)

u Monseigneur,

« M. le chef d'escadron commandant la gendarmerie de la Meurthe me fait le rapport suivant :

« Le 3 août, le sieur Benjamin-Constant est arrivé à Blamont vers sept heures du soir; à neuf heures, les musiciens de cette ville lui ont donne une sérénade; il est descendu pour les remercier, et, aussitôt qu'il a paru, il a été salué des cris de : « Vive Benjamin Constant! » Il a répondu par les cris de : « Vive le Roi constitutionnel! Vive la Charte! » ce qui a été répété par la foule. Dans une seconde apparition qu il fit à une fenêtre, aux cris de : « Vive le défenseur de nos libertés ! Vive le Pioi! Vive la Charte! » il répondit : « Vivent les hahitans de Blamont! » et il ajouta qu'il veilleroit toujours au maintien de la Charte et de la liberté du peuple. »

« Cette dernière phrase pourroit échapper à l'inexpérience d'un jeune homme qui quitte les bancs d'un collège et dont la tête est farcie de mots dont il ne sent pas toute la portée, et, certes, on ne peut pas dire que

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M. Benjamin-Constant soit un homme à ne pas sentir ce qu'il dit.

« Je veillerai toujours au maintien de la Charte et de « la liberté du peuple II » Ce langage est fier, mais il semble déplacé dans la bouche de quelque individu que ce soit et n'appartenir qu'au Roi seul. La France doit être bien tranquille sur le sort d'une Charte donnée par un Bourbon, et qu'il a juré de maintenir.

« M. Benjamin-Constant est arrivé à Brumath, Bas- Rhin, le 4 courant.

■ u Je suis avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur. »

u Le IJ Colonel Coînm* la légion,

« G. DE CaDUDAL. »

MINISTERE de

, ,.. Paris, le 14 août 1829.

L interieur(I). '

Au Préfet de la Meurthe, à Nancy.

(Confidentielle .)

u M. le P., j'ai reçu votre lettre du 8 de ce mois, relative au passago de M. Benjamin Constant dans votre département.

u Je vous remercie des détails qu'elle renferme à ce sujet.

« Agréez... »

(1) Minute, rédigée de la main du ministre.

MINISTÈRE

de

l'intérieur

IV (numéro de classement).

Paris, le 17 août 1829.

Au Colonel commandant la 22e légion de la gendarmerie royale, à Nancy (1).

(Confidentielle.)

u M. le Colonel, j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait llionneur de m'écrire le 8 de ce mois, relativement aux circonstances qui ont accompagné le passage de M. Benjamin Constant à Blamont. Je vous remercie des détails que vous avez pris soin de me communiquer à cette occasion.

« Agréez... »

(1) Le lieutenant-colonel Cadudal. — Minute, de !a main du ministre en personne.

PREFECTURE

du

bas- rhin A Son Excellence

le Ministre de l'Intérieur.

CABINET

Strasbourg, le 25 septembre 1829.

u Monseigneur (1),

u J'ai rendu compte à Votre Excellence des bruits sinistres que la faction avoit répandu (sic) sur le Roi Ces bruits ont donné de l'inquiétude un moment, et l'indignation a promptement remplacé la crainte.

« J'ai cherché à découvrir commentées bruits avoient été répandus. Ils sont venus de la rive droite du Rhin. Ils se sont répandus d'abord dans les cantons de Brumath et de Hocfeld dans le département, et, de là, dans la ville et la campagne.

« Gomme la nouvelle a été donnée d'abord aux eaux de Bade, où est M. Benjamin Constant, qu'elle a circulé à Brumath, où il a son pied-à-terre, avant de se répandre dans Strasbourg, je serois assez porté à croire qu'elle est de la fabrique de notre député, ou qu'il l'a reçue de ses amis de Paris pour la distribuer.

« Une autre nouvelle du même genre a circulé hier à Bade et nous arrivera probablement ici demain. C'est qu'un attroupement très nombreux s'étoit porté

(1) Lettre autographe, olographe, tout entière écrite de la main «du préfet Esmangart.

sous les fenêtres du Roi, pour demander le renvoi du ministère, que le Roi, pour calmer cet attroupement, se toit montre au balcon et avoit promis le renvoi de tous les ministres.

h Lorsque cette nouvelle fut donnée à M. Benjamin Constant, il s'est borné à dire : « La chose est trop belle pour v croire... » Si cette nouvelle ne circule pas ailleurs, je serai convaincu que celle-là et la première sont de lui (1). Il a été (2), du reste, d'une réserve remarquable sur le changement du ministère. Personne n'a pu le faire parler.

« Son séjour aux eaux de Bade se prolonge plus que de coutume. Il y a été fort délaissé. Ses amis croyent qu'il repassera par Strasbourg. Ils parlent d'un banquet. Il seroit composé d'une centaine de personnes, à peu près toutes honteuses de s'y trouver. 11 est, au surplus, complètement usé dans ce pays; et le soin que j'ai pris de faire laisser dans l'oubli toutes les demandes de faveurs recommandées par lui a particulièrement diminué sa clientelle (sic) et son crédit : on le regarde comme un mauvais protecteur et comme un député fort innutile (sic) à ses commetans (sic).

« Ce pays continue à être parfaitement tranquille. Les journaux, à force d'injures, perdent un peu leur crédit; ils s'useront : mais, en attendant, ils font toujours grand mal.

« Je suis avec respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. »

« EsMANGART. »

(i) Cette hypothèse est d'un comique achevé! (2) Correction, remplaçant : « Il est. »

MINISTERE

de

, ,,. Paris, le 29 septembre 1829,

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