‹ Benjamin Constant sous l'oeil du guetChapitre 35 sur 63 · L I!«TER1EUR(I · texte numérisé non relu

L I!«TER1EUR(I

Au Préfet du Bas- Rhin. — Strasbourg .

(Co nfidentie lie .)

« Monsieur le P., j'ai reçu votre leltre confidentielle du 25 de ce mois, relative au séjour de M. Benjamin Constant aux bains de Baden, et aux bruits alarmans dont vous croyez reconnaître la source dans la réunion qpi s'est formée autour de ce député.

u Je vous remercie de ces détails. Le soin que vous avez mis à les rassembler prouve votre sollicitude pour le service (2) du Roi. Continuez, je vous prie, à me transmettre les informations intéressantes qu'une vigilance éclairée mettra en votre pouvoir.

u Si des fêtes sont offertes à M. Benjamin Constant, à son passage par Strasbourg, l'autorité municipale devra veiller à ce qu'aucune construction n'ait lieu sur la voie publique (3), et ne tolérer aucune manifestation

(1) Minute, de la propre main du ministre.

(2) Ce terme a été substitué au mot bien (barré).

(3) Nous retrouverons des instructions de police analogues dans une lettre écrite par le ministre, peu de jours après celle-ci {10 octobre; cf. p. 468-469).

bruyante telle que le tir d armes à feu et l'explosion de pièces d'artifices. On s'opposera pareillement à ce que les commissaires qui seraient commis pour préparer le banquet aient la disposition d'aucun local public. Du reste, il suffira de se tenir prêt à réprimer immédiatement tout excès, et de me signaler (1) les fonctionnaires ou employés du gouvernement qui oublieraient leur devoir au point de prendre une part ostensible à cette espèce d'ovation, ou de figurer à des réunions auxquelles M. Benjamin Constant présiderait (2). »

(1) Gela s'est pratiqué sous tous les régimes, en vertu de ce beau principe qu'un fonctionnaire est un simple rouage dans le mécanisme social, et, comme tel, doit obéir à l'impulsion donnée d en haut, sans plus.

(2) Ce dernier mot a remplacé assisterait (raturé).

PREFECTURE

du

bas-rhin A Son Excellence

Monseigneur le Ministre de l'Intérieur.

CABINET

Strasboiwg, le 6 octobre 1829.

« Monseigneur,

« M. Benjamin Constant a quitté Baden hier. Il va passer trois jours chez son ami Goulmann, à Bru math, et, vendredi soir, il se rendra à Strasbourg. On lui prépare un banquet par souscription, à l'hôtel de l'Esprit. Une table sera disposée pour 120 convives; mais jusqu'ici, malgré les efforts des commissaires qui se sont chargés d'organiser cette réunion, ils n'ont pu rassembler encore que 62 souscriptions. Ils se démènent pour en obtenir davantage. Ses amis ont imaginé de lui offrir, par souscription aussi, un vase d'argent ciselé par un orfèvre fort habile de cette ville, et dont le prix est de 1,500 francs ; mais les souscriptions manquent, et probablement les amis seront obligés de parfaire la somme; la souscription n'était cependant que de 5 francs.

u Nous empêcherons toute démonstration bruyante au-dehors. Je crois cependant qu'ils lui donneront une sérénade sur la rivière en face de l'auberge où il descend; mais il n'y aura ni feu d'artifice, ni explosion bruyante; et je ne doute pas que, cette année comme

les années précédentes, ses amis n'en retirent plus de ridicule que de profit.

« Je suis avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence le très-liumble et très-obéissant serviteur »

u Le Conseiller d'Etat, Préfet,

« ESMANGART. >}

MINISTÈRE

de

,t. Paris, le 10 octobre 1829.

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