‹ Benjamin Constant sous l'oeil du guetChapitre 42 sur 63 · A PROPOS DE SA NATIONALITÉ · texte numérisé non relu

A PROPOS DE SA NATIONALITÉ

« Monsieur le Président (1),

« Prévenu d'une objection qu'on veut élever, relativement à ma filiation paternelle, objection qui, de l'avis de tous les jurisconsultes, n'est rien moins que fondée, et que je me réserve de réfuter en son tems, je me détermine à joindre aux pièces déjà produites celles de ma filiation maternelle ; et, voulant ne présenter que des pièces authentiques, afin que quelque défaut de légalisation n'occasionne pas des difficultés nouvelles, je veux moi-même chercher ces pièces. Si l'infirmité qui me fait souffrir (2) ne nuit pas (3) à la rapidité que je veux mettre dans cette course, j'espère être de retour dans quinze jours au plutard (sic). Veuillez lire ma lettre à la Chambre, à laquelle je n'ai pas cru devoir m'adresser pour un passeport, parce que je me rappelle qu'elle a déclaré plusieurs fois ne pouvoir en donner aux députés non encore admis. Elle m'approuvera de

(1) Le président de la Chambre était alors de Ravez, personnage peu connu, mais, parait-il, très décoratif. Un contemporain le décrit ainsi : « Ce beau M. Ravez, si mielleux, portant avec tant

de coquetterie son large ruban bleu étalé sur son gilet blanc »>

— M. de Ravez (A. -S. -H. -M.), officier de la Légion d'honneur, demeurait à l'hôtel de la Présidence, rue de Bourbon, n° 88.

(2) Il s'était cassé la jambe, en escaladant avec trop de précipitation la tribune, et il se servait d'une béquille.

(3) Le mot pas est répété, par inadvertance.

me sentir heureux et fier d'être Français, par toutes les hianches de ma famille.

« J'ai l'honneur d'être avec la considération la plus

distinguée, Monsieur le Président, votre très humble et

très obéissant serviteur. »

Paris, ce 16 avril 1824 (1).

On le voit, Benjamin Constant souffrait mal que ses adversaires lui jetassent à la face sa naissance exotique pour l'évincer des fonctions parlementaires. Quand il écrivait, à l'adresse de tous ses collègues de la Chambre, cette revendication altière et digne, il n'était plus le cosmopolite qu'on découvre parfois avec regret en ses ouvrages; il excipait de son droit strict, et il agissait en bon Français.

(1) Cette lettre autographe, qui corrobore les explications précédentes, est en ma possession. Je l'ai récemment acquise chez M. Charavay. Je la crois inédite. Elle est adressée au duc de Ravez, président de la Chambre en 1824, à propos d'une attaque plus vive que les autres dirigée contre la nationalité de B. Constant. — Ecoutons son ami Coulmann : « M. Dudon, en 1824, contesta la qualité de Français à un religionnaire descendant de ce capitaine de Constant de Rebecque qui avait sauvé la vie à Henry IV, à la bataille de Controsen, en tuant un gendarme qui frappait de son tronçon de lance sur la salade royale, et qui reçut pour devise : In arduis constans. C'est grâce à M. Dudon aussi qu'on apprit l'origine de sa mère Henriette de Chaudier-Villars, fille d'un général qui était le gendre de Philippe de Mornay. Il a fallu cette circonstance et cette hostilité pour qu'on sût que le vrai libéral qui avait été magistrat suprême et député de la nation n'était pas plus vain de sa noblesse que de son esprit. Comme l'a dit avec bonheur M. de Laboulaye, « le seul souvenir qu'il ait gardé de ses pères, c'est que le des- « potisme politique et religieux les avait chassés de leur patrie. » (J.-J. Coulmann, Réminiscences, t. III, pp. 64-65.)

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