XXXII
Au Hardenberg, près Gottingue (21 ; ce 10 septembre 1811.
« Il faut pourtant que je vous écrive, cher Fauriel, après un silence de six mois. Je me le suis souvent reproché; mais j'ai tant couru le monde, surtout depuis le printems, que je ne savais où je pourrais recevoir votre réponse ; et c'est bien dans l'espoir d'obtenir de vos nouvelles, et par le besoin de cœur que j'en ai, que je vous écris. J'ai donc attendu d'être fixé pour quelque tems. Je le suis maintenant, je crois pour tout l'hyver, dans la famille de ma femme, et dans un antique château, dominé par les ruines de deux châteaux plus antiques encore, au milieu d'un assez beau pays, chez des gens qui ont beaucoup plus d'affection de famille qu'il n'est de mode chez nous d'en avoir, avec une femme à laquelle je suis chaque jour plus attaché, parce qu'elle est chaque jour meilleure pour moi, et près de la plus belle bibliothèque de l'Europe. Tout cela compose une situation beaucoup
(1) En tête de cette lettre est inscrite la mention suivante, au crayon : Seule lettre où il y ait un peu de calme. B. Constant sur Villers.
(2) Cette lettre a été publiée intégralement, in extenso, par Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. III, jpp. 390-391.
plus douce qu'il ne semble qu'on n'ait (sic) le droit de l'avoir dans le tems où nous vivons. J'en profite pour me reposer de tant d'agitations passées et pour travailler autant que je le puis (1). J'espère finir cet hyver l'ouvrage qui m'a occupé tant d'années. J'ai ici tout ce qu'il faut pour cela. Il n'y a pas un livre un peu utile qui ne soit à ma disposition, et les bibliothécaires sont les gens les plus prévenans du monde.
u Cette université, je veux dire Gottingue, a, sous le rapport matériel, plutôt gagné que perdu à toutes les révolutions qui ont agité ce coin de l'Europe. Le gouvernement actuel a consacré des sommes très considérables à compléter la bibliothèque dans toutes ses parties. On travaille à séparer le plus qu'on peut les sciences et les lettres de tout ce qui tient à la politique
(1) A cette date de 1811, B. Constant, qui de bonne heure avait quitté sa première femme, dont il a parlé en fort mauvais termes, est remarié depuis trois ans. Charlotte de Hardenberg, née en Angleterre, avait épousé Benjamin Constant de Bebecque en 1808. Elle appartenait à une grande maison hanovrienne, et fut mariée trois fois; la première, avec un Allemand, de Marienholz, dont elle eut un fils; puis, après cette première union malheureuse, elle épousa le général français Dutertre, émigré qu'elle avait connu en Allemagne. Bientôt elle se sépara de lui parle divorce, et convola aussitôt avec Benjamin Constant. C'est le troisième et dernier mariage qu'elle ait contracté. Cette personne semble avoir été d'intelligence peu ouverte et desprit peu cultivé; mais, dit Mme Lenorinant, elle était d'humeur aimable. B. Constant s'amusait souvent à la taquiner, notamment sur son manque d'exactitude (cf. les Réminiscences de CoulmamsV Elle montra un vrai dévouement à ce dernier époux, auquel elle survécut quinze ans. Elle mourut à Paris en 1845. (Cf., sur Mme Dutertre et sur les gens de l'émigration, Journal intime, pp. 96-99 édit. Melegari.)
et à toute espèce d'idée d'organisation sociale : je ne dis rien sur ce système; mais on agit ensuite comme si ce but étoit déjà atteint, et on protège les lettres, comme si elles étoient déjà dans ce bienheureux état d'indépendance de toutes les agitations humaines. Ainsi, les établissemens sont superbes comme dépôts d'instruction. C'est là, pour mes vieilles recherches sur mes vieilles religions, tout ce qui m'intéresse. Et je jouis (sic) de l'effet sans m'inquiéter de la cause.
« J'ai trouvé Villers (1) dans son nouvel état de professeur. Il arrive de Paris, où les inquiétudes qu'il a eues l'ont fait aller, et d'où il est revenu assez satisfait. Quand je passerai quelque tems de suite à Gôttingue, ce que je compte faire à la fin de l'automne, j'espère le voir beaucoup. Il est doublement aimable au fond de l'Allemagne, où il est rare de rencontrer ce que nous sommes accoutumés à trouver à Paris, en fait de gaîté et d'esprit: et Villers, qui est distingué sous ce rapport à Paris même, l'est encore bien plus parmi les érudits de Gôttingue (2).
(1) Réfugié en Allemagne, Villers avait été nommé professeur de littérature et de philosophie à l'université de Gœttingue : il y termina sa vie (11 février 1815).
(2) Sainte-Beuve, citant dans ses Portraits contemporains (t. II, p. 518) cette appréciation très sympathique de B. Constant, ajoute ceci : « Fauriel connut beaucoup Villers dans les premières années du siècle, et cette relation a laissé des traces. Villers, homme de beaucoup d'esprit, le premier Français qui ait bien su l'Allemagne et qui ait parlé pertinemment de Kant, Villers, déjà muni d'une science ingénieuse et plein de vues neuves, était venu à Paris sous le Consulat; il devait finir par être professeur à Gôttingue, combinant, ainsi que Chamisso, dans une mesure heureuse les qualités des deux nations. »
« Je ne vous parlerai pas d'affaires publiques parce que je ne lis et ne vois aucun journal. Il n'y a pas ici, ni même à Gôttinguc, le plus petit bout d'une feuille française, à l'exception du Moniteur qu'on fait venir en ballots tous les six mois, ce qui ne rend pas les nouvelles qu'il contient très fraîcbes. J'en vis d'autant plus avec mes Egyptiens et mes Scandinaves, qui quelquefois me paraissent des contemporains, quand je trouve chez eux des opinions absurdes, ou des mœurs grossières. Sous ce rapport, il y a toujours moyen de se retrouver dans son pays.
« Si le démon de la proscratination (sic) (1) ne vous saisit pas, vous devriez bien me donner de vos nouvelles, le plus vite que vous pourrez. Vous devriez m'en donner aussi de Mme de Gondorcet, au souvenir de laquelle je vous prie de me rappeler. Ma femme vous salue et vous recommande son Shakespear (sic) anglais. Moi, je vous recommande tous mes livres allemands. Je ne sai (sic) quand j'en ferai usage. Car je me crois ici pour tout cet byver; et qui sait aujourd'hui ce qu'il sera et où il sera dans six mois, sans compter la comète qui, dit-on, va réduire notre petit globe en cendres? (2) En attendant qu'elle nous réunisse, cher Fauriel, songez que nous sommes séparés, que je vous aime, et que
(1) Lapsus graphique, pour : procrastination (Constant a employé ce mot ailleurs, avec la juste orthographe) : manie de différer sans cesse, de remettre an lendemain.
(2) La célèbre comète de 1811, une des plus belles que l'on cite, avait une queue de 25°, dont la longueur mesurait 176 millions de kilomètres. Loin d'amener des catastrophes, ainsi que l'auguraient les prophètes de malheur, cette comète et celle de Donati (1858) coïncidèrent avec d'excellentes récoltes. Le vin de 1811 fut appelé, par reconnaissance, vin de la comète.
vous me ferez un vif plaisir de m'écrire. — Voici mon adresse :
« A M. B. Constant de Rebecque, chez M. le comte de Hardenbery, grand-veneur de la couronne, etc.,
au Hardenbery près Gôttinyue.
Westphalie.
« Adieu. »
(Pas de siynature. — Pas d'adresse.)
(N° 92.) « Vous (1) devriez, mon cher ami, prendre un jour pour venir dîner ici; nous causerions plus à notre aise. Je suis tout désorienté dans mon travail, parce qu'il m'arrive d'avoir fait tant de renvoix (sic) à des livres que j'avais en Allemagne, qu'aujourd'hui que je n'ai pas ces livres sous la main, je ne puis me retrouver. C'est au point que si je ne parviens pas à les déterrer à Paris, je retournerai passer quelque tems dans une ville allemande où j'achèverai ce qui me reste à faire. Cette triste politique, qui nous a conduits à de si beaux résultats, fait que je n'ai que des relations politiques et que je suis aussi étranger au monde savant que si je ne m'étais jamais occupé de ce qui l'intéresse. J'ai donc grand besoin de votre assistance pour savoir où je trouverai ce qui m'est indispensable. C'est surtout les bibliothèques après lesquels (sic) je soupire, car, mes anciens amis excepté (sic), j'aime mieux les livres que les individus. Ils (les livres) ne répondent qu'à ce qu'on leur demande (2), et on ne perd [pas] une moitié du tems
(1) Date, marquée au crayon : 1813 — ou 1815. — J'opine pour 1815. L'allusion à la triste politique ne laisse guère, ce semble, de doule à cet égard. Comme Tite-Live, comme Cicéron, B. Constant paraît vouloir chercher dans l'étude une diversion salutaire au spectacle des maux qui affligent la patrie.
(2) Constant semble se souvenir ici du joli passage où Érasme
en complimens préalables et l'autre moitié en remercimens.
« Je me fais aussi une grande fête de vous revoir et vous embrasse en attendant. »
B. Constant.
« Je suis engagé samedi, dimanche et mardi prochain (de). »
(Sûscription : Monsieur, Monsieur Fauriel, rue des Vieilles Tuileries, n° 22.)
(7e centurie, lettre xn) fait l'éloge des livres, considérés comme les meilleurs, les plus sûrs et les moins incommodes des amis : « Vocati, prœsto sunt ; invocati, non ingerunt sese ; jussi, loquuntur ; in jussi, tacent; loquuntur quœ voles, quantum voles, quoud voles; nihil assentantur, ftnqunt nihil, nihil dissimulant. »
u J'ai enfin découvert votre adresse, mon cher ami; il y a longtems que je la demandais inutilement à tout le monde. Je voulois recourir à vous pour un objet sur lequel vous êtes plus en état de me donner des lumières que personne. Depuis que je suis sorti de la carrière politique, sans trop de regret, je me suis remis à travailler à l'ouvrage qui m'a occupé toutes les fois que je n'ai pas eu autre chose à faire, et j'avance assez rapidement. Mais j'ai perdu de vue, durant six années d'interruption, tout ce qui a paru sur la même matière, tant en Allemagne qu'ailleurs, et surtout en Angleterre pour ce qui regarde l'Inde. Vous vous êtes livré depuis longtems avec tant d'ardeur à cette partie de la littérature que vous saurez tout ce que j'ignore. Il doit avoir paru beaucoup de volumes des Asiatic researches, dont je n'ai lu que huit ou neuf. Il a été publié, de plus, un ouvrage de Mill (1) et plusieurs autres. Serez-vous assez bon pour me dire où je pourrai et les connoître et les trouver? ou, pour ne pas vous donner la peine d'écrire, quand pourrai-je aller causer avec vous?
« Lorsque vous m'avez renvoyé mes livres, vous
(1) James Mill (1773-1836), philosophe et historien, brillant humaniste et helléniste distingué, publia en 1818 son Histoire de l'Inde, dont le succès fut considérable.
m'avez prévenu qu'il se pourroit que quelques-uns fussent restés avec les vôtres, et en effet il y en a que je ne retrouve pas. Voudriez-vous bien, à votre loisir, jeter un coup d'oeuil (sic) sur votre bibliothèque et vérifier si vous les apercevez?
u Mille tendres et vieilles amitiés. »
B. Constant.
Rue d'Anjou Saint- Honoré, ?i° 17.
Ce 19 avril 1821 (1).
(Suscription : Monsieur, Monsieur Fauriel, rue des Vieilles Tuileries, n° 22.)
(1) Par une bizarre contradiction que je ne m'explique pas, le timbre sec de la poste a l'air de porter une tout autre date d'année : 1803 ou 1813; le troisième chiffre est effacé, mais le quatrième est un 3 très nettement visible.
(Sans indication de lieu ni de date.)
u Merci mille fois de votre prompte réponse, mon cher ami. Soïez (sic) toujours aussi bon pour moi ; je vous permets, en revanche, de procrastiner (1) tant que vous voudrez avec les autres. J'ai assez heureusement échappé à toutes les influences physiques de la saison. Une toux assez violente m'a fait craindre d'avoir la grippe : mais elle a passé comme elle étoit venue : et je ne m'en ressens plus. Mes yeux aussi ont sinon repris plus de force, du moins perdu leur irritabilité douloureuse. Ce n'est donc pas ma santé dont je puis me plaindre. Je voudrais bien que vous pussiez en dire autant : je voudrois que vous fussiez aussi bien portant et plus heureux que moi. Quand je dis plus heureux, ce n'est pas que j'aie à supporter des malheurs personnels : mais je souffre de ceux dune autre. Ma vie serait très tolérable si, comme vous le dites, cette autre avait, dans son âme, un peu de la force de son esprit. Mais il y a, à voir souffrir, une peine qui devient intolérable quand elle se prolonge; et au milieu du calme apparent de la vie assez frivole et assez monotone que je mène, il y a une agitation intérieure qui me con-
(1) Encore ce vilain mot! Il en abuse, décidément.
surae, qui nuit à toutes les idées et à tous les sentimens.
u J'ai bien peur que vous n'ayez raison relativement à Alexandre. Je lui crois de très bonnes intentions, et quand je compare la Russie à d'autres pays, je la regarde comme beaucoup plus favorisée par le sort. Mais il est certain que l'empereur, avant d'avoir pu faire de son empire un Etat civilisé, lui donne tous les dehors d'un Etat déjà corrompu (1). C'est le malheur de tous les gouvernemens qui se chargent de faire avancer les lumières. Ils se trompent presque toujours de route et de moyens. Il faut que les lumières et la civilisation arrivent par la liberté. Les hommes s'éclairent assez vite pourvu qu'ils ayent le sentiment de la sécurité et d'une garantie contre l'oppression. Les Russes n'ont pas fait un pas depuis Pierre Ier, parce qu'on a toujours voulu les conduire et qu'on ne les a jamais mis à l'abri des caprices de leurs prétendus instituteurs. Un peu de repos et de liberté les mènerait plus loin que dix opéras, dix académies, et mille ukases (2).
« Non, c'est en Amérique qu'il faut aller, et s'il est vrai que quarante millions des esclaves de l'ancien monde conspirent contre vingt millions des hommes libres du nouveau, n'est-ce pas une raison de plus pour aller ajouter aux moyens de ces derniers tout ce
(1) Passage remanié. — Constant avait d'abord écrit (après : « Mais il est certain que l'empereur ») ces mots, aussitôt rayés :
prend trop tôt les manières d'un empire civilisé, ou même corrompu. — La phrase était, en effet, assez mal venue.
(2) Ce jugement, sévère à coup sûr, est, au fond, plein de verve et de justesse fatidique. Les faits récents l'ont bien prouvé!
que l'on possède de forces et de moyens individuels? « Quelles horreurs que tout ce qui se passe à Saint- Domingue ! Ces nègres qu'on livre à la fureur du peuple, ces femmes qui les font périr dans de longs tourmens! Et tout cela sans un signe de désapprobation! Reculerons-nous jusqu'aux Iroquois (1)?
(1) Tout le monde ne partageait pas, au début du dix-neuvième siècle, — même dans les milieux modérés, — l'indignation de Constant contre la cruelle situation infligée aux nègres. Dans le numéro du Journal des Débats du 13 messidor an X, on voit, à la troisième page, une dissertation sur Y Esclavage chez les anciens et les modernes. Il y est démontré que l'esclavage dans les colonies est bien différent de l'esclavage antique; que le travail forcé ne constitue pas l'esclavage, car, en somme, tout travail est plus ou moins forcé, et chacun est esclave des nécessités de la vie. Le paysan est l'esclave de sa charrue, et l'on peut dire qu'un magistrat à vie et un prêtre engagé par d'éternels serments sont également dans une sorte de servitude. La traite des nègres a un bon côté, car elle permet aux pères de vendre leurs enfants au lieu de les égorger, et elle remédie d'ailleurs à l'excès de la population, le peuple noir étant « extrêmement enclin à la volupté, et les femmes étant très fécondes ». — A quoi tendent ces sages
réflexions malheureusement entachées de paralogisme? C'est
qu il s'agissait alors du rétablissement de l'esclavage dans les colonies françaises et des expéditions de la Guadeloupe et de Saint-Domingue.
(Le livre du Centenaire du «Journal des Débats» , p. 87; article de M. André Heurteau.)
Benjamin Constant écrivait à sa vieille tante, Mme la comtesse de Nassau, née de Chandieu (de Genève, novembre 1802) : «J'ai reçu de Paris des nouvelles peu satisfaisantes sur Saint-Domingue ; les nègres paraissent avoir tout à fait repris le dessus; l'armée qui y était est abîmée par les assassinats et par les maladies plus terribles encore. Le général Leclerc est, suivant les uns, assassiné; suivant les autres, il s est retiré ou enfui dans l'ile de la Tortue. L'on va envoyer encore 12,000 hommes qui puniront les nègres, mais qui, vraisemblablement, ne résisteront pas mieux que les autres au climat. La nature physique ne se laisse pas commander
« Les derniers journaux du 5 et du 6 sont bien guerroyans. Le Bulletin de Paris employé bien de l'esprit à prouver que M. Addington (1) est ministre en dépit de l'opinion de tous ses concitoyens. M. Addington devrait nous rendre cette politesse.
« Dites, je vous prie, à la dame de la Maisonnette que, parmi les projets qui embellissent mon été, celui de profiter cette année de ses invitations de la précédente est au nombre des plus agréables. Il est singulier que le livre dont vous me parlez ne lui ait pas été envoyé de la part de l'auteur en même tems que votre exemplaire. C'est sûrement une erreur que son absence aura causé (sic). Si vous n'avez pas de lectures bien importantes à faire, je vous recommande un ouvrage qu'un jeune compatriote à moi vient de publier. Il est intitulé : De la législation commerciale, par J.-L. Simonde (2). L'auteur est un des meilleurs amis de la liberté que je
militairement comme les hommes ; c'est dommage pour l'autorité. »
(Lettres de Benjamin Constant à sa famille, publiées à la suite du Jonmal intime; édit. MELEGARI, p. 316.)
(1) Henry Addington (1757-1844), fameux homme politique anglais, ami d'enfance de Pitt. Élu membre du Parlement
1784), puis président de la Chambre des communes (mai 1789), à trente-deux ans, il succéda à Pitt, en 1801, comme chancelier de l'Echiquier et premier ministre. Il tomba trois ans plus tard (mai 1804), à cause de sa mollesse vis-à-vis de la France, et Pitt revint au pouvoir Addington, devenu pair (1805), resta au ministère de 1805 à 1824.
(2) Jean-Charles-Léonard Simonde de Sismondi, qui connut plus tard Fauricl, est le célèbre historien et économiste, né à Genève le 9 mai 1773, mort à Genève le 25 juin 1842. Il est l'auteur de cette vaste Histoire des -républiques italiennes du moyen âge (composée de 1807 à 1818; Paris, 16 vol. in-8°; réé-
connoisse, et son livre est écrit avec beaucoup d'ordre et plein d'excellens principes d'économie politique.
« Adieu, mon ami; je vous embrasse et vous aime. »
(Pas de signature. — Suscription : Fervieite (sic), petite rue verte, ?i° 1166.)
ditée en 1825-26) tant vantée par Mignet, mais que B. Constant ne réussit point à faire couronner par l'Institut de France. C'est en 1803 que Sinionde publia son ouvrage De la richesse commerciale (Genève, 2 vol. in-8°), où, appliquant à la législation française les théories de l'Ecossais Adam Smith, il réclamait la réforme progressive de cette législation dans le sens du libre échange. — Par parenthèse, cette mention du travail deSimonde nous permet de rapporter à la date de 1803 la présente lettre de Constant. — Simondc entra, vers cette époque, en relations avec Necker et sa fille, et devint secrétaire de la Chambre de commerce du département du Léman.
(iV0 91.) « Pour à présent, mon cher ami, je recours à votre charité pour Buddha ; je reviens mardi à Paris. J'irai vous voir, mercredi matin, et j'emporterai les trésors que je devrai à votre libéralité (1).
« Mille amitiés. »
B. Constant.
« Que deviennent vos Grecs (2)? »
(Suscription : Monsieur, Monsieur Faurief, rue des Vieilles Tuileries, n° 22.)
(1) Ce billet de quelques lignes, dont la date — douteuse — est inscrite au crayon, a trait à un emprunt de livres. Fauriel, au rebours de bien des gens, prêtait volontiers les volumes de sa riche bibliothèque. — Il faisait paraître, à cette date, dans les revues, des morceaux traduits des littératures étrangères, qui étaient toujours acceptés avec empressement, comme le témoigne ce billet inédit de Victor Cousin (Bibliothèque de l'Institut, fonds Fauriel, correspondance, cote 101) : « En rangeant aujourd'hui mes papiers, j'y trouve deux ouvrages qui vous appartiennent, mon cher ami, et vous les renvoyé; car je ne désespère [pas] que vous ne parveniez à surmonter les répugnances de M. Vitet, en lui proposant un morceau traduit de votre main. Essayez encore; ce serait un bon service rendu à [ici un mot illisible] et à la bonne cause littéraire.
« Adieu, croyez que je vous aime de tout mon cœur. »
8 mars 1817. V. C.
(2) Les Chants populaires de la Grèce moderne, que Fauriel allait publier l'année suivante (1824), et qui excitèrent en France, en même temps que paraissaient les Orientales de Victor Hugo et les poèmes de Casimir Delavigne, la plus chaleureuse sympathie en faveur de la cause des Grecs.