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LA POLICE ET L'INTÉRIEUR

ingénieux interprète de ce mot, croit pouvoir en induii'c (jue le polémiste des Provinciales « fut, par anticipation, un partisan décidé de la liberté do la parole sous toutes ses formes >» (libertés des réunions, liberté de la presse). Or, si le commentaire est lég^itime, — et, pour notre compte, vu Tabsolue autonomie de la volonté de Pascal, nous ne faisons nulle difficulté de l'admettre, — qu'on applique à Benjamin Constant, au soi-disant factieux des rapports officiels, cette filiation intellectuelle si honorable : par là, ce fils de la Révolution redevient, à sa manière, un traditionnel, et se relie directement aux plus puissants esprits du g^rand siècle monarchique et chrétien. Et les hommes de son entourag^e, ceux que je citais tout à 1 heure, pensaient exactement comme lui sur ce point : tous réclamaient le droit de parler.

Quand un régime, effaré par le spectre de la résistance ou simplement de l'opposition intestine, prétend imposer le mutisme à des citoyens libres et en vient à épier, à molester, à traquer, sans merci comme sans pudeur et sans causes, quiconque élève la voix, garde son initiative et sa franchise d'allures, alors fiches de toutes provenances, mensonges de tout calibre, renseignements fantaisistes, imbéciles ou haineux, s'amoncellent à l'envi dans ses cartons verts, à mesure que décroissent sa dignité, son prestige et sa force.

Les réunions du soir chez le g^énéral marquis de La Fayette (1), les ag^apes à Golmar, à Strasbourg^, les séances en petit comité chez des notables d'Alsace, — réceptions cordiales, mais modérément enthousiastes, et parfois préparées d'assez long^ue main, — à l'issue desquelles on offrait solennellement un objet d'art au publiciste, à 1 orateur libéral qui promettait de soutenir les droits du peuple en réclamant l'exécution des clauses de la Charte, tout cela n'avait évidemment pas le moindre rapport avec ces cauteleux colloques secrets ni avec ces périlleux conciliabules ou meeiings de protestation dont un sag^e gouvernement doit prendre ombrage, parce qu'ils ont leur répercussion, en maint cas, sur la voie publique. De ce nombre, toujours progressant — sans parler des loges maçonniques aux procédés menaçants, aux tortueuses pratiques dont la délation n'est point bannie — sont les conseils fédéraux de certaines associations, les assemblées de svndicats, les congrès à ordres du jour comminatoires. Oui, de semblables réunions il est prudent de faire état et de s'inquiéter. Mais chez La Fayette, chez Sébastiani, ou, en Alsace, chez M. de Tiirck-

(I) Déjà, remarque Loèvc-Veiinars, les membres des sociétés secrètes, les carhonari, se glissaient peu à peu clans les cercles des libéraux, notaunnent aux soirées de La Fayette, émettant des déclarations de principes qui menaient droit à la déma^jogie la plus pure (cf. Revue des Dciix-Muiules, 1833 ; Lettres sur les hommes d'Iitat de la France).

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heini ou chez M. Coiilmaiin, on se contentait d'échang-er, à table, inier pocula^ quelques idées entre gens d'opinions et de vœux identiques. Rien de commun, encore un coup, entre ces cénacles inoffensifs et ces assises périodiques que j)lusieurs groupes constitués de mécontents incurables, socialistes, anarchistes ou autres, qui boudent la société et la patrie, tiennent aujourd'hui, en Allemagne, en France et en Russie, dans les centres les plus propices à leurs ambitions. Ces levées de haines sont la pierre d'achoppement permanente pour le calme et la sécurité d'une province : on examine, ces jours-là, la situation, les ressources du parti, on établit le dénombrement de ses forces, on rappelle ses actes politiques et leurs résultats, on règle mille questions urgentes, on détermine la conduite future à tenir, on récapitule les progrès acquis, et Ton fixe les revendications ultérieures. — Bref, ce sont là des manifestations fort utiles à un parti, et, partant, justement redoutées du pouvoir adverse : elles lui donnent, en effet, à ce parti, la cohésion qui lui manque; elles sont, en général, de nature à fortifier la discipline dans ses rangs, à favoriser son recrutement, à prévenir les désertions ; elles apportent, en tout cas, aux adeptes de ce parti un encouragement précieux. — Rien de pareil, on ne saurait trop le répéter, en ce qui concerne Benjamin Constant et les libéraux alsaciens qui pas-

saieiit pour se concerter avec lui. Dès lors, on s'explique mal pourquoi Corbière, Delavau et consorts, toute la police, toute la ^gendarmerie, toute la clique de Charles X, semblent aux abois quand leurs vigies et leurs mouchards annoncent qu'on voit poindre sur quelque route ou dans quelque auberge Tancien député de la Sarthe et de Paris. Il était donc de sa destinée d'être espionné par la police royale après l'avoir été par celle de !Napoléon!... Mais pourquoi?... En d'autres termes, le parti libéral, si vraiment parti il y a, où manque l'unité de doctrine entraînant virtuellement l'harmonie des efforts, le parti libéral, à l'heure où Benjamin Constant le dominait et le dirigeait de toute la hauteur de son talent, était incapable de former l'ombre d'un complot contre l'État et contre le faible prince qui en était Tincarnation temporaire ; ce prince que le pays n'aimait ni ne détestait positivement vers le milieu du règne, mais dont il attendait davantage à ses débuts, espérant trouver en lui un souverain éclairé, favorable aux idées libérales, comme son frère et prédécesseur Louis XVill.

L'événement trompa tous les espoirs et les promesses de l'avènement. — Charles X, dans sa jeunesse, alors qu'il n'était encore que le comte d'Artois, aimable cavalier et passionné chasseur, bénéficiait d'un vague renom de prince chevaleresque. Plus tard, il souhaita la popularité ; il aimait à faire qualifier de paternelle l'autorité limitée

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