LA POLICE ET L'INTÉRIEUR (SUITE
même avait conquise à la tribune, plus sans doute par son labeur et son éducation personnelle, plus aussi par son invincible ardeur de propagande libérale, que par une heureuse faculté d'assimilation. .Fen trouve la preuve en ce joli billet qu'il écrivait, tout à la fin de sa vie, au vieil académicien liaynouard, ancien député, et que le hasard a mis nag^uère entre mes mains :
u J'ai à m'excuser auprès de vous, Monsieur, de ne vous avoii' pas remercié plutôt (sic) de l'envoi de votre excellent ouvrage. C'est un bienfait véritable, dans un moment où va se débattre une question si essentielle aux libertés de la France. Je dois en être plus reconnoissant que personne, puisque je m'instruirai en vous lisant, et que vos profondes et savantes reclierclies me serviront à m'appuyer des monumens du passé en faveur des garanties que le présent réclame. Voti-e autorité sera d'un (>;rand poids : elle exercera à juste titre la double influence du caractère et du talent de son illustre auteur. J'aimerai à me proclamer votre disciple à cette môme tribune (1) où vous avez donné
(1) François Raynouard (1761-1836), avocat et homme de lettres, philologue et (hamaturjje i^f.cs Templiers, 1805\ romaniste et historien, membre de l'Institut (Inscriptions et Académie française), avait goûté à la politique. Nommé, en 1791, suppléant à l'Assemblée législative, député, depuis 1806, du Var, son département natal, il est un de ceux qui rédigèrent, en 1813, l'adresse sur l'état de la Franco qui prépara la chute de l'empereur. — L'ouvrage auquel Benjamin Constant fait allusion au début de cette lettre doit être V Historique du droit municipal en France, qui parut en 1829 (voy. l'Eloge de Raynouard prononcé dans l'académie des Inscriptions par Walckcnaer).
un si mémorable exemple d'éloquence et de courage civique.
« Agréez, Monsieur, l'hommage de mon admiration sincère et de ma haute considération. »
Paris, ce 5 février i829{i).
Toute la vie de Constant fut, en effet, une lutte persévérante, courag^euse, parfois périlleuse, « en faveur des g^aranties que le présent réclame. » Il était libéral^ c'est entendu; on Ta répété sur tous les tons ; mais encore faut-il préciser quelle forme affecta son libéralisme ; car cette doctrine politique, qui est moins peut-être une affirmation déterminée de principes qu'une profession de largeur d'esprit et de tolérance, comporte bien des variétés diverses; la passion de la liberté n'est pas toujours sage conseillère; et, selon un mot célèbre, on a commis bien des erreurs, bien des crimes en son nom. — Recherchons donc, avant d'aller plus loin, en quoi consistait le libéralisme propre de Benjamin Constant. Aussi bien serons-nous guidés, en cette enquête, par un
(1) SusCRlPTlO>! : A Monsieur, Monsieur liayiiouardy secrétaire perpétuel de i Académie française ; rue Basse, n° 16. Paris. — Timbue postal : 7 février 1829. — Celte lettre porte la mention : " Bureau inconnu, voir à Passy. » — Passv, alors, n'était point Faris. La rue Hassc est aujourd'hui comprise dans le XVP arrondissement, et s'appelle rue Raynouard.