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g^raplic, où le peuple français se dessaisissait du droit de rappeler les Bourbons, de rétablir les prérog^atives féodales et seig^neuriales, et d'attribuer à un culte quelconque les privilégies de relig^ion dominante.
Benjamin Constant avait, de bonne heure, éprouvé le besoin de se disculper par avance, — en prévision des anathèmes ou des ironies qui ne manqueraient pas de fondre sur sa tète, et dont le Journal du Bas-Rhin offre un spécimen caractéristique (l), — de se disculper, disonsnous, de ce que les plus calmes appelaient son revirement politique, et les plus véhéments son infâme apostasie. Les Mémoires sur les Ceni-Jours, publiés en 1820, sont, d'un bout à l'autre, l'apolo(jie de sa conduite et de celle du parti constitutionnel. Il résume ainsi ses motifs ; nous laisserons au lecteur le soin d'en peser la valeur (2) :
« On m'a reproché, dans un libelle, de ne m'être pas fait tuer auprès du trône que, le 19 mars, j'avais défendu; c'est que, le 20, j'ai levé les yeux; j'ai vu que le trône avait disparu, et que la France restait encore... S'isoler du (}ouvernement que Bonaparte instituait, c'était exposer la France à trois chances ég^alement désas-
(1) On trouvera ce morceau au chap. M, p. 399 sqq.
{2) Lire, dans la Notice sur Brtijann'n Constant de L. de liOinénie (vers la Hn), un coninienlaire assez pénétrant des paroles qui suivent.
treuses : la dictature militaire dans toute sa violence, Tasservissement complet de la France par l'étrangler, et la contre-ré volution avec toutes ses fureurs. Il faut remarquer, de plus, que l'une des trois ne nous ^garantissait pas des deux autres. Il fallait, pour conjurer ces divers périls, se réunir au ^gouvernement nouveau et le limiter en l'appuyant. Ce n'était pas un faible sacrifice pour des hommes qui avaient résisté à Bonaparte, ou, du moins, s'étaient éloig^nés de lui durant treize années. »
Ces quelques lignes spécieuses et apolog^étiques semblent marquer, de la part de Benjamin Constant, le souci sérieux d'affirmer une lig^ne de conduite suivie, une action mûrement réfléchie et dûment motivée. Au vrai, il était a^jacé, cela se conçoit, qu'on le prit pour une g^irouette tournant à tous vents; il proteste contre 1 accusation d'emballement ou d'incohérence que lui prodig^uaient ses adversaires, et même quelquefois ses amis politiques. Depuis ses débuts oratoires, en effet, on le reg^ardait volontiers comme un instinctif, un impulsif, un passionné, comme un champion pétulant, toujours prêt à faire feu des quatre fers, — tel un jeune poulain, — à partir en g^uerre ouverte au moindre sig^nal. Dès les premières assemblées délibérantes auxquelles il prit part, il avait paru à ses collè(>^ues passablement
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encombrant et déclamatoire, irrité ou indi^jné sans cause, enclin à casser les vitres.
En veut-on un exemple? — Le Tribunat avait tenu sa première séance le 11 nivôse an VIII, sous la présidence de Daunou, nommé par 7() suffrages sur 78 votants. B. Constant eut, dès l'abord, l'occasion d'y dévoiler sa fou(jue native en jetant feu et flammes, pour une ba^jatelle. « Le premier projet de loi qui fut présenté, rappelle M. A. Guillois (I), avait pour but de réguler les communications respectives des autorités cliarg^ées de concourir à la formation des lois. C'était une simple question de procédure, qui ne pouvait soulever aucun débat. Cependant, Benjamin Constant s'élança à la tribune, comme s'il s'agissait de la défense des libertés publiques :
« Qu'on ne mutile pas, s'écria-t-il, nos discus- « sions qui, sans doute, seront souvent sans résul- « tats! Qu'on ne nous envie pas une résistance a qu'il est toujours possible, qu'il est si facile de " déjouer! Qu'on ne s'effarouche pas de quelques « paroles qui, après avoir retenti dans celte en- « ceinte, iront se perdre dans les airs! Qu'on ne " rende pas notre institution une chimère, et la (1 risée de l'Europe ! . . . »
Tout Benjamin Constant est là : cet élan intempestif, g^énéreux mais bruyant, disproportionné
(1) Cf. son livre sur Le salon de Mme Ilelvétius (Paris, Galmann Lëvy, 189'i-, in-12, pp. 155-156}.
avec les conjonctures qui Font fait naître, il le rééditera maintes fois au cours de sa vie publique. — a Mme de Staël, dont le salon était ouvert à tous ceux qui faisaient de l'opposition, écrivit, le 5 janvier 1800, à Rœderer pour lui demander ce que voulait dire ce déchaînement de la presse « contre « un homme qui avait prononcé un discours a indépendant sur une question de rèjjlement » . Mais il était déjà trop tard ; Topinion publique était saisie par les journaux officieux, et elle marchait à leur suite, englobant dans une même défaveur Mme de Staël, Benjamin Constant et les Idéologues (1) . »
Mis à l'ombre, en quelque sorte, pendant les
(1) Voy. AiST. GuiLLOis, loc. cit., p. 156. — D'emblée, 3Iine de Staël admira fort l'éloquence, la vivacité d'imagination, la fertilité d'expédients du jeune magistrat dont elle s'attribuait sans doute en partie la formation intellectuelle. Elle lui décerne, sans compter, d'hyperboliques éloges : « L'un des tribuns, ami de la liberté, et doué d'un des esprits les plus remarquables que la nature ait départis à aucun homme, M. Benjamin Constant... » (Cité par Mme Charles Lenormant, Coppet et Weimar, Madame de Staèi et la (jrandc-duchesse Louise, p. 23; Paris, Michel Lévy, 1862, in-8, chap. l : Résistance du Trihunat, imputée en partie à la baronne de Staèi.) — Suivit, à brève échéance, l'élimination de vingt membres du Tribunat, parmi lesquels Figuraient plusieurs amis de la baronne (les principales parmi les vingt victimes de l'épuration étaient Chénier, Ginguené, Chazal, Railleul, Courtois, Ganilh, Daunou et Benjamin Constant) : niesure qui bannissait du sein de cette assemblée tous les hommes un peu marquants dont la notoriété, l'opposition et le langage importunaient le Premier Consul.
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dix OU douze années d'inaction et de silence forcés (jui lui mirent nécessairement un peu de plomb en tête, Constant revenait en France animé des meilleures intentions, moins prompt à parler, muni d'observations utiles que le spectacle de la réalité et la comparaison avec 1 état social des diverses nations où il avait vécu n'avaient pu manquer de faire naître en lui. Dans les dernières années de l'Empire (1812-1815), Benjamin travailla beaucoup, ne bou^jeant ^uère de sa table à écrire, sans pour cela se désintéresser des g^raves tragédies de la politique européenne, qu'il avait suivies avec attention du fond de son exil. Le 10 juillet 1813, il expédiait de Gottingue à son cousin Cli. de Constant de Rebecque une assez longue lettre, spirituelle et propliétique : « Je doute de la paix, lui disaitil. Ce n'est pas que les Anglois et tous les coalisés n'ayent fait assez de bêtises pour que personne ne puisse croire qu'ils en feront moins à l'avenir; de sorte que la paix est, aux yeux de tous ceux qui réfléchissent, de quelque opinion qu'ils soyent, le besoin universel. Mais il n'en résulte pas qu'elle se fasse, au moins par suite des négociations actuelles. Voltaire appeloit le superflu une chose nécessaire; il parait qu'on regarde aujourd hui le nécessaire comme une chose superflue; d'où je conclus que, la paix étant nécessaire à tout le monde, la guerre