‹ Benjamin ConstantChapitre 19 sur 60 · liEiNJAMllN COiNSTAINT SOUS LO · texte numérisé non relu

liEiNJAMllN COiNSTAINT SOUS LO

se prolong^era (l)... Je suis horribl à finir F ouvrage (2) dont vous me que tout le monde écrit, vous conc plus que jamais; cela ne m'est pas jours cru que lorsque tout le mon sonne n'écoute (3) . »

A propos des opérations tragiq

(1) Allusion au congrès de Prague.

(2) De l esprit de conquête et de Vusurpati ports avec la civilisation européenne .

(3) En composant cette dissertation De lus cherchait de son mieux à tromper l'ennui, 1< chantement hyronien qui l'escortaient en toi trouvaient que trop belle matière à s'alimenter voyait, entendait ou sentait. Au cours des s immédiatement la chute de l'Empire, il écrira nombreuses brochures : Des élections prochain électeur avec lui-même, en 1817; Des électioi Lettres à M. O. Barrot sur l'affaire Wilfrid contre l'immixtion de la politique dans la jus élections de 1818, Constant avait posé sa ca mais il échoua. Plus heureux à celles de 18 (le 25 mars) par le collège de la Sarthe, où il quement soutenu par Goyet, directeur du Pn sans tarder son début oratoire à la Chambre, dans la vie publique, mécontent de ne jouer a affaires du pays, il fait aigrement le procès tiques du jour. Il se plaint notamment de Cl: savons déjà qu'il ne l'aime guèrej. Dans une teuse adressée à Mme Récamier (novembre 18J d'avoir fait à son parti un mal incalculable mille maladresses (cf. p. 309 du recueil publi( mant). Il se montre, en cette même lettre, trè

LA l'ULICK ET L'INTÉRIKUR ^SUliK,

Constant, dans nnc curieuse lettre conserv la bibliothèque de Genève (M"' 30^) et pu na(]^uère par M. Herriot, expose ses reg^rets sonnels de la façon la plus leste et détachée, jours supérieur aux événements, par sang^-f ou par un peu de cynisme, il accueille philos( qucment, au moins en apparence, un catacb qui, chez tant d'autres, suscite le désespoir, h ou la colère (1) : «... Le temps de l'espri parti est passé, opine-t-il. On est d'une tolér extrême, fondée sur l'ég^oïsme. Chacun est t ment occupé de soi que personne n'a le tem[ penser aux autres, et je n'ai reçu que des pre de bienveillance de ceux mêmes dont j'étais ai fois le plus séparé. Les princes qui reviennent admirables de modération. Ce qui les entoure pas tout à fait aussi raisonnable. Mais la situf est si difficile que la nécessité ramène à la rai mal^^ré qu'on en ait... »

Il n'est pas tendre pour l'Aigrie déchu : « Si le petit Corse qui a fini si bizarrer m'avait mis dans sa confidence, je n'aurais vendu ma petite campagne, tous mes meuble la plus grande partie de ma bibliothèque, ch que je regrette à présent beaucoup. Mais il pa

sait si bien établi ! La nation était si complaisante ! J ai envie de lenr faire nn procès à l'un et à l'autre pour m'avoir dupé 1 1 . ■> — Voilà de V humour^ ou je ne m y connais pas ; et ces dernières lignes semblent presque sorties de la plume de Voltaire. Mais halte-là! J'ai déjà noté, en tâchant d'analyser le caractère de cet ondoyant personnage, sa propension à traiter légèrement, à la cavalière, les choses qui lui tiennent le plus au cœur. Ce serait, certes, user à son égard d'une insigne mauvaise foi que de lui garder rancune de semblables propos ; car il lui arrive fréquemment de pirouetter sur ses talons, de plaisanter sans en avoir, au fond, la moindre envie. Ne croyons donc pas trop vite qu'il professât ce dédain pour le petit Corse, ni qu'il tirât simplement de son aventure cette conclusion, à savoir qu'il avait été fort sot de se laisser ainsi jouer et léser, lui Benjamin Constant, dans ses intérêts personnels. A côté des récriminations sarcastiques qui semblent masquer son seul dépit, nous avons le droit et le devoir d'aligner des textes plus sérieux, plus

(1) Rapprocher de ce passage si lestement tourné le très important Mémoire sur les Cent Jours, explication de son revirement politique. — Paris, Didier, 1829, in-S". — Consulter aussi, sur l'apostasie de Benjamin Constant, j entends sur son attitude en 1814-1815 jugée par de Barante, Duvergier de Hauranne, Coulmann, Loève-Vcimars, Villemain, Louis de Loménie, M. An. France\ le substantiel chapitre du livre de M. Ed. HkhniOT^ Madame Récamier et ses aviis, t. I, chap. xii.

I A POFJCi: ET r.INTÉRIKUP (SL'ITE S^T

{|raves, où ce n est plus 1 homme d esprit, mais 1 homme de cœur qui se dévoile à nous.

L érudit expert Kt. Charavay a pu réunir jadis vinr^-trois lettres autog^raphes I de Benjamin Constant au haron et à la baronne Def(érando ; utile dossier confidentiel où Tex-tribun expose ses déboires et ses peines, et parfois plaide pro domo. Il y parle de Mmes Récamier et de Staël, de Camille Jordan, de Bernadotte. de la défense de Hambourg par le maréchal Davout, etc. Le 2 mai 1815. il accuse, auprès de ses amis, lopinion publique de sévérité mal fondée : « Nous avons été rudement jug^és pour notre pauvre Constitution, que je crois malg^ré cela meilleure que toutes celles qui ont paru encore. A Tuser, j espère qu'elle ira bien, et que son succès nous justifiera, n — Dans une lettre de la même année, Constant blanchit en ces termes sa conduite : " îson. je n'ai ni regret, ni repentir de ce que j'ai fait. Je trouve, au contraire, que j ai suivi la ligne que je devais suivre; et lors même que je suis le plus péniblement ému. je préfère encore mon sort à celui que j aurais eu au dehors, mendiant la guerre contre mon pavs et le massacre de mes concitovens pour le rétablissement d'une famille... " — Plus loin, il proteste énergiquement contre la réputation qu'on

^1) Dont cinq signées, et les autres signées sealeuient des initiales; 28 pages in-V ou in-S" ^Bulletin Charavay).

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lui fait : « Une sing^ularité de ma vie, dit-il, c'est d'avoir toujours passé pour l'homme le plus insensible et le plus sec, et d'avoir constamment été g^ouverné et tourmenté par des sentimens indépendans de tout calcul, et même destructifs de tous mes intérêts de position, de g^loire ou de fortune. »

Je suis convaincu qu'il le croyait réellement î La période des Cent Jours est, sans contredit, celle où l'attitude de Benjamin Constant fut le plus violemment attaquée. M. Eug. Asse, en son excellent article sur Constant (l), résume avec clarté cette crise : « Si dans sa nouvelle brochure De la responsabiliié des ministres (2) (Paris, 1815 et 1818), où il ne voyait, dans les attentats commis par les ministres contre la liberté, la sûreté et la propriété individuelle, que des délits soumis aux tribunaux ordinaires, et pour les autres constituait la Chambre des pairs en haute cour de justice, B. Constant n'était pas d'accord avec le projet ministériel, il n'était pas radicalement hostile à la Restauration, prêchait l'union entre les partis, et décernait le titre de libéral à Chateaubriand après l'apparition de ses Réflexions politiques (novembre 1814). Le lendemain du

(1) Grande Encyclopédie, t. XII, p. 573.

(2) Cf. Louis Michon, L'ébauche du qouvenieinetU parleniciilaire sous la première Restauration, dans le Correspondant du 10 août 1904.

LA POLICK K'i LINTKRir.UU ,SL1TK HO

débarquement de Napoléon ((> mars 18 15^, il protestait, dans un article du Journal de Paris (Il mars), et prit part avec La Fayette, Laine, Lally, etc., à des néfjociations [)our décider la cour à s'appuyer sur les libéraux.

Peu après la publication de la correspondance suivie de Benjamin Constant avec Mme Ilécamier, M. Cbaravay annonçait dans son Bulleiin une lettre spécialement intéressante du célèbre liomme d'État à son ami M. Deyres (Paris ^ 21 juillet 1820 ; i") pp. i\2 in-4''); c'est une épitre politique sur la nécessité de se préparer sérieusement aux élections. Constant examine les moyens que peut employer le gouvernement, en cette occurrence, pour écarter ceux d'entre les candidats qui l'offusquent ou qui lui déplaisent, et il développe, à ce sujet, de piquantes considérations. — Le g^ouvernement, observe-t-il, compte sur les affections de localité : « il s'occupe maintenant à recueillir des rensei(jnemens ; et s'il entrevoit que cette disposition prédomine, il dissoudra la Cliambre, dans l'espoir d'éloig^ner sept ou huit membres que vous devinez et parmi lesquels j'ai l'honneur d'être placé. Il faut donc que les arrondissemens s'entendent là-dessus, dans le cas de dissolution surtout, et qu'ils ne se reposent les uns sur les autres pour la nomination de candidats externes... "

Je n'ai rien dit encore de son intég^rité. Ben-

jamin Constant, si allèg^rement dissipateur de son patrimoine quand il s'asseyait (ce qui lui arrivait souvent) devant le tapis vert, se montrait, du moins, — et le mérite n'en est pas médiocre, — ménag^er des deniers de l'État, comme le prouve la très remarquable lettre (1) où il soutient que les pensions accordées par le roi pour services rendus à sa dynastie ou à sa personne doivent être payées par la liste civile, et non par des ministres, lesquels sont forcés, pour y subvenir, de manquer aux lois et d'ordonner des dépenses non autorisées. « Étranger à toutes les intrig^ues, déclare-t-il, indifférent aux individus, je suis ma route, sans m'enquérir des personnes. Je ne me détourne pas pour les éviter, quand je les y rencontre. Je ne me détournerais pas plus pour les cbercher, si je ne les y rencontrais pas; et certes je suis trop ami de la liberté pour que des dissidences philosophiques ou littéraires puissent influer sur la manière dont je remplis ma mission philosophique. «

Résumons aussi rapidement que possible le rôle joué par Benjamin Constant parlementaire. Il s'était montré notoirement hostile, dès le début, au ministère de Villèle (2) (15 déc. 1822).

(1) Lettre autographe signée, mais sans le nom du destinataire, qui est peut-être le baron d'Eckstein ; 1 p. 3/4 in-V" f Bulletin Charavay) . — Date : Paris, 28 avril 1827 .

(2) Cf. l'article de M. Eue. Assk (Benjamin Constant) danâ la Grande Encyclopédie (t. XII, p. 574.)

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