GIRONDE
Lesparre, le 5 janvier 1823,
4c dini^ion.
u Monsieur le Préfet (1),
a Je tiens d'une source certaine que, par le courrier du 1" de l'an, M. AïKjuste Lrtssac^]u^e, de paix du canton de Lesparre, a reçu une lettre de son beau-frère, M. Geay^ qui doit venir au mois d'avril prochain passer quelques jours sur ses propriétés, avec le fameux ou (5 «VJ honorable IM. Benjamin Constant. Cette annonce précoce a, suivant moi, pour but de préparer les esprits, et de leur donner le chan^je, dans le cas où il convienne (sic) à l'intérêt du comité directeur que ce voyage s'effectue. Qu'il arrive quelque événement, et ils diront encore que fort innocemment ils avaient dès longtems formé le projet de ce voya(je, sans penser au (sic) mal, et dans l'objet unique de visiter des propriétés, de faire délasser l'illustre personnage de ses grands et utile (sic) travaux. Je ne pense pas que la démission supposée d'un député fut la cause d'un tel déplacement. Bien que la liste de nos électeurs se soit, à mon avis, appauvrie, il reste assez de pudeur et de sentiment du bien pour croire que de tels noms seraient repoussés par la très grande majo-
(1) liC comte de Breleuil, maître des requêtes, préfet à Bordeaux. — Cette pièce a cviclemment dû être recopiée, car la formule finale est en abrégé, comme nous la donnons, et la signature mal orthographiée : Cavacjuac.
suit l,i;s RODTKS D'ALSACE 3;J9
rite; mais la {|U(Mi'e pcnil cire décidée, et alors les communications du comité directeur avec les descamirados (sic) (1) devenant plus difficiles, lorsqu'elles devraient être plus actives, ils organiseraient des comités secondaires dans des lieux isolés et rapprochés du littoral et des passades des montajjnes. M. Geay^ qui a des marais salans au Verdon, aurait un prétexte tout naturel pour faire des excursions sur notre côte, et, à l'aide de si^jnaux dont il aurait doinié la clef, savoir ou faire connaître ce qui intéresserait le parti. Telle est l'opinion que j'ai conçue de ce projet de vova(je, qui, je (sic) suis persuadé, n'aura pas lieu, si la (juerre n'est pas alors décl*rée. Je ne crains ni Fun ni l'autre, et je serai heureux si, par mon activité et par mon zèle, je peux donner quelques preuves essentiellement utiles de ma fidélité et de mon entier dévouement au Roi et à sa dinastie^s/cj.
« J'ai l'honneur, etc. n
" Le Sons-Préfet.
Signé : « B"" J.-B. Gavagnac (Cavaiynac.) »?
(1) Les (lescainisados (sans chemise) étaient, en Espagne, de 1820 à 1823, les partisans fanatiques du général hbéral révolutionnaire Raphaël del Rieqo y Niinez, qui se mit à la tète de bandes d'insurgés et dicta ses ordres à Ferdinand VII. Lorsque ce prince fut rétabli sur le trône, grâce à 1 intervention des troupes françaises, il décréta que tous les rebelles seraient punis de niort. Ricgo fut pendu (5 uovenihte 1823).
PREFECTURK
de la
GinONDE
— A Son Excelleîice le Ministre de
CABINET ['Intérieur, à Paris.
(Confidentielle .)
Bordeaux, ce 10 janvier 1823, u Monseigneur,
u J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence la copie d'une lettre que vient de m'écrire M. le sous-préfet de Lesparre, par laquelle il m'annonce que le s' Binjamin (sic) Constant doit venir, au mois d'avril prochain^ passer quelques jours dans son arrondissement. J'ai cru devoir donner connaissance de ce projet à Votre Excellence, et l'assurer que, loin de redouter la présence de cet individu, je mettrai tous mes soins à lui prouver qu'il retrouvera, à Bordeaux, le Préfet du Mans, et que mon horreur pour les factieux ne s'est point affaiblie, dans la ville du 12 mars. Ainsi, A^otre Excellence peut entièrement se reposer sur moi; et si le s"^ Bin^ jamin Constant cherche à nouer des intrigues dans mon département, Votre Excellence peut compter que je le ferai surveiller de manière à lui ôter Tenvie d'y revenir.
« Je suis avec respect. Monseigneur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur. »
" ].e Préfet de (a Gironde^ a G. Breteuil. »
Au Préfet de Strasbourcj (1).
<( Le ministre des Affaires étrangères a l'honneur de prévenir Monsieur le Directeur-(jénéral de la Police qu'il vient de délivrer un passeport pour les eaux de Bade à M. Benjamin Constant, son épouse et un domestique.
« 11 lui renouvelle l'assurance de sa considération très distinguée. »
Paris, le 11 août 1823.
(1) Ici couiiiicncc la série des pièces relatives à l'Alsace. — Sur l'historique des principaux cantons alsaciens et les souvenirs antiques qu'ils évoquent, on pourra consulter le manuscrit de Jos. Sybu.le de Chkverry fUistoire de i Alsace), offert à l'empereur Napoléon III par le baron de Saiiit-Ildephont en 1861 (BinuoTiiKQUK >ATiONALK, 1HSS. fraiiç., n" 11,471). — Cf., notamment, p. 154 (Bischweiler), p. 158 (Brumath), et p. 307 (Munster), les traditions des plus vieilles localités de la région. Mais l'autour, siutout archéologue, ne touche pas à l'époque njo(h'rnc.
le 15 août 1823.
Au Préfet (lu Bas-Rhin (\).
u M. le P., le s"^ Benjamin Constant vient d'obtenir au département des Affaires étrangères un passeport pour se rendre, avec son épouse, aux Eaux de Bade.
u Je vous invite à faire observer sa conduite à son passage à Strasbourg et pendant son séjour sur la rive droite, et à me communiquer les résultats que vous pourrez obtenir (2). »
(i) Le préfet du Bas-Rhin, qui aura les démêlés les plus vifs avec Benjamin Constant, se nomme Esmaitgart. Il avait été préfet de la Manche avant d'être nommé à Strasbourg. — En 1829, on trouve un autre Esmangart, hls ou parent du préfet du Bas- Rhin, secrétaire-géiiéi-al de la préfecture de Colmar [Jordan préfet) .
(2) Pas de signature, ni d'indication de provenance. Cette pièce est une minute.
i»iw:ii:cTURK
(lu
H A u T-R H I N A Son Excellence Monseigneur
le Minislre de [^Intérieur.
Cab:'Dot du Préfet
Cùlmar, le 22 avril 1824.
u !Monsei(jneur,
a J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence que M. Benjamin Constant a passé le 20 de ce mois, vers les sept heures du soir, à Saint-Louis, se rendant à Baden (Suisse). Il était porteur d'un passeport délivré le 17 avril, au ministère des Affaires étrangères.
a Je suis avec respect de Votre Excellence, I^Fonsei- {^jjueur, le très-humble et très-obéissant serviteur, n
;< Pour le Préfet, absent par congé (1), u Le secrétaire-général^ délégué^
u BeTTING-DE-LaNG.ASTEL. ))
(1) Le comte de Pnyniaiqrc. — Celte pièce offre plusieurs annotations marginales, au cravon : « Au min. des Aff. ctr. — Les journaux avaient appiis .son voyaije, etc., etc. Cepcndanty les états transmis au.x Aff. ctr. n'en ayant pas fait mention, je iwus prie de me dire si, en effet,... etc. » — C est évidemment un projet de brouillon de b tire, en réponse à celle-ci, sans doute (cf. la pièce suivante). — Plusieurs mots biffés : « Je prie l\ E. de reman/uer que... >
Àii Ministre des Affaires c'trancjères.
Paris, le 27 avril 1824.
« M. le vicomte (1), un avis que je reçois des frontières cle la Suisse m'annonce que M. Benjamin Constant était arrivé dans ce pays, et donne lieu de croire qu'il est muni d'un passeport délivré à votre ministère. Les journaux avaient appris, il est vrai, que M. Constant se disposait à faire un v^oyage à rétran(jer. Cependant, les états transmis des Affaires étrangères n'en ayant pas fait mention, je prie Votre Excellence de vouloir bien me dire si en effet ce personnage a obtenu un passeport dans ses bureaux, et pour quelle destination. »
Cette lettre est une minute.
(1) Le vicomte de Chateaubriand, chevalier des ordres du lloi, pair de France, nommé ministre des Affaires étrangères dans le cabinet Villèle le 28 décembre 1822, en fut écart 5 le 5 juin 1824 (Villèle, président du conseil, était ministre des finances). — Dans une lettre à Mme llécamier (Paris, ce 3 avril 1824), Chateaubriand s'exprime ainsi : « Il v a beaucoup do talents dans la gauche : tant mieux;, cela nous empêchera de dormir. Je ne crois pas que Benjamin Constant soit exclu de la Chauibre : j'en serais fâché, dût-il m'appeler à la tribune. » {^Souvenirs ft correspondance (le Mme Jiécainier, t. II, p. 93.) — On n'oubliera pas que Benjamin Constant et Chateaubriand s'étaient rencontrés souvent dans les salons, étaient en correspondance et traitaient de puissance à puissance, mais ne s'aimaient pas.
A M. Francliet-Desperey^ Directeur de la Police.
Paris, le 28 avril 1824 (1).
u Monsieur, j'ai l'iionneur de vous informer, en réponse à la lettre que vous m'avez fait Tlionneur de m'écrire liier, que M, Benjamin- Constant ayant letii, en 1822, de M. le duc Mathieu de Montmorency un passeport des Affaires étran(>ères pour la Suisse, ce passeport lui a été renouvelle (sic) sur sa demande après la session de 1823 pour la même destination.
« Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considéra ti( n la plus distinguée. »
u Pour le ministre, et par autorisation, u Le duc de Rauzan (2). »
(1) En tête de cette pièce, la mention : u Presse » , écrite au crayon.
(2) Ce personnage était directeur à la Direction des affaires politiques au département des Affaires étrangères, boulevard des Capucines. — Sur le duc Mathieu de Montmorencv, grand ami de Mme Récamier, cf. Souvenirs et corresjjondance de Madunie Hecaiiiier, t. I, pp. 42-52.
PREFECTURE du
HAUT-RHIN A Son Excellence MonsekjJieur
„ ,. , ^ „ le Ministre de C Intérieur.
Cabinet du Préfet
Colmar, le 7 may 1824.
u Monseigneur,
u Avant-hier M. Benjamin Constant est rentré en France par Saint-Louis, et a fait viser son passeport pour Paris. D'après les visas antérieurs apposés sur ce passeport, M. Benjamin Constant a été jus(ju'à Lausanne.
u Je suis avec respect de Votre Excellence, Monseigneur, le très humble et très obéissant serviteur. »
u Pour le Préfet, absent par concjé (1),
u Le secrétaire-général, délégué, « Betting-de-Lancastel ».
Note.
Écrit, le 4 mars 1827, à M. le Préfet de Police, pour l'inviter à surveiller les démarches et les relations actuelles, à Paris, de M. Benjamin Constant, député.
(Voir la minute de cette lettre, au classement particulier du Cabinet.)
(*l) Le comte de Puymaicjre.
Extrait de l'Etat des Passeports à t Etranger^ demandés
à la. Préfecture de Police, le 21 mai 1827.
(Voir au Bureau des Passeports.)
Le .ç/^'Mr Benjamin Constant, natif d âcjé de... uns,
(/uali/ié dci^uU'i de la Seine, demeurant à Paris,
sollicite un Passeport à Ceffet de se rendre en Allemagne, aux Eaux de Bade, pour sa santé.
11 a été accordé.
(Paraphe illisib le .)
PREFECTURE du
BAS-RiiiN A Son Excellence te Ministre
„ ,. (le l'Intérieur.
Police.
Strasbourg, le 23 mai 1827 {ï).
« Monseigneur,
u Les assertions faites à la tribune (2) par M. Binjamln (sic) Constant, dans la séance du 18 de ce mois, seraient de nature à troubler la bonne barmonie qui
(1) En marge de cette pièce, la mention : « Passé (?). M. de Lourdoueix » . — Voir, dans le Moniteur, le discours prononcé par Benjamin Constant à la Chambre des députés le 18 mai 1827.
(2) Benjamin Constant est venu défendre à la tribune de la Chambre, en 1827, les intérêts des protestants, ses coreligionnaires. Il s'y est exprimé en ces termes : « Le ministre de 1 instruction publique est aujourd'hui celui des affaires ecclésiastiques. Or, le minisire des affaires ecclésiastiques sera nécessairement toujours catholique, et probablenicnt toujours un évêque. Ne faudrait-il pas une vertu plus qu'humaine pour qu'il conservât l'impartialité nécessaire à la direction de 1 instruction publique en ce qui concerne les protestants? — Jl y a plus; membre éminent d'une église hors de laquelle, d'après ses dogmes, il n'y a point de salut, un évêque ne manquerait-il pas à ses devoirs sacerdotaux s'il n'essayait pas, par des ujovcns indirects au moins, de
rù(pic dans ce [Kiys entre les protestans et les catholiques, si les faits ne venaient pas leur donner un démenti formel. Ces faits, cependant, peuvent n'être pas tellement répandus dans toutes les classes que les assertions contraires ne puissent laisser des doutes dans qucîlquos espiits. J'ai donc cru devoir les publier; ils prouvent Tinsi^jne mauvaise foi de l'orateur, et j'ai d'ailleurs été bien aise de profiter de l'occasion pour donner plus de publicité à l'impartialité comme à la justice de l'administration. Je joins ici un exemplaire du journal dans lequel j'ai répondu à IM. Blnjamin (sic) Constant-, je lui ai donné un caractère officiel par ma si[;nature :
diriger l'instruction des protestants de manière à les ramener à ce qu'il considère comme le plus grand bonheur dans ce monde et dans l'autre? » (Cf. Discours de Rknj. Constant, t. II, p. 626). Benjamin Constant, ne à Lausanne, de toutes les villes de Suisse la [)Ius républicaine, descendait d'une de ces familles françaises qui, fidèles à la cause du protestantisme, s'expatrièrent à la suite de la révocation de l'Édit de Nantes, et purent toujours se considérer comme françaises, mais demeurèrent attachées à leur foi protestante aussi solidement et inébranlahlement qu'à leur foi patriotique. Comme tout le parti libéral, dont il épouse les doctrines en bloc, B. Constant exige que l'Etat soit parfaitement respectueux de toutes les croyances, de toutes les convictions religieuses, <le toutes les espérances. Voilà une idée sur laquelle tous les vrais républicains étaient autrefois d'accord, mais qui est devenue suspecte aux modernes jacobins, habiles à spéculer sur la mollesse et la lâcheté des foules. Constant, qui avait appris l'ironie à l'école de V'oltaire, professait pourtant, à l'Athénée, où il donna des lectures très suivies, la politique, la philosophie ou la morale; et la Société de lu morale c/uétienne le comptait parmi ses membres influents et assidus. Charavay cite une lettre de lui, où il s'excuse avec regret, sur la fin de sa vie, de ne pouvoir assister à l'une des séances de cette société. En morale, en religion, il était donc, quoi qu'on ait soutenu à cet égard, le contraire, l'antipode d'un homme tiède.
il n'aura rien à y répondre. J'espère que Votre Excellence approuvera cette mesure.
" Je suis avec respect, Monseigneur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur. »
« Le Conseiller d'Etat, Préfet,
« EsMANGART (1). »
(Cette pièce, ainsi que les huit pièces suivantes, est enfermée clans une chemise portant cette mention : Sur l'effet qua produit, en Alsace, le discours sur les protestants prononcé à la Chambre des députés (18 mai 1827) par M. Benjamin Constant. — Ce dossier spécial comprend donc neuf pièces : huit manuscrites, une imprimée.)
(i) Ce fonctionnaire était assez récemment installé à Strasbourg; nous le trouvons, en effet, préfet de la Manche en 1823. — Quant au préfet du Haut-llhin, H. Jordan, dont on lira souvent plus loin la signature, il était encore, en 1824, sous-préfet de Bayonne.
MINISTKUE
l'intéhiiiur u m. de Lourdoueix (1) a l'Iion-
„ ,. . . neur de renvoyer à Monsieur le Di-
Scien.es, 15. aux- rcctcur de la police la lettre de M. le
Aits et n«;Hes- t\ i- i^ i^ i •