‹ Benjamin ConstantChapitre 40 sur 60 · GENDARMERIE · texte numérisé non relu

GENDARMERIE

'^°][J" A Son Excellence

22* Légion. l^ Ministre de t Intérieur.

Nancy, 15 octobre 1829 (1).

« Monsei(»neui',

« J'ai l'honneur de transmettre à V^otre Excellence un rapport de M. le lieutenant commandant par intérim la gendarmerie du Bas-Rhin, concernant la réception faite, à Strashouq^, à M. Benjamin-Constant. Ce petit souverain, très amateur de dîners, à ce qu'il paroit, joue un rôle bien au-dessous de lesprit qu'on lui accorde ; l'esprit est si commun aujourd'hui, et le bon sens si rare (2) !

u Nobles habitans de Strasbourg., îîous ferons toujours « tous nos efforts pour défendre vos droits! »

u Ces droits sont-ils donc différens de ceux des autres François, et à quelle source M. Benjamin-Constant a-t-il puisé qu'on les attaquoit? Certes, il faut avoir une bien triste idée de son auditoire pour lui adresser de pareilles niaiseries, pour se désigner publiquement comme le défenseur d'une chose qui n'est pas attaquée!

u Le rapport du 9, mentionné par M. le lieutenant Houzeau, et auquel celui du 11 fait suite, étoit insigni-

(1) En haut, la mention : Vu par le ministre. — Dans la marge : Accusé réception le 17 octobre 1829. Voir la situation de la gendarmei'ie.

(2) M. Joseph Prudhomme n'eût, certes, pas mieux dit.

fiant, ne contenant seulement que la nouvelle de l'arrivée prochaine de M. Benj. Constant à Strasbourg et l'annonce du projet de lui offrir une coupe de la valeur de quinze à dix-huit cents francs.

a Je suis avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur, jj

u Le lieutenant- colonel commandant la 22* Légion,

a G. DE CaDUDAL (1). »

« C'est par oubli que l'imprimé ci-joint n'a pas été envoyé avec mon rapport du 12 courant. »

(Cet imprimé n'a rien à voir avec Benjamin Constant.)

Le ton de cette lettre n'a rien d'officiel : l'auteur cherche visiblement à faire de l'esprit..., et surtout du zèle. — Il sera bien noté.

(i) Lieutenant-colonel, chef de la 22® légion comprenant quatre compagnies (Meurthe, Vosges, Bas-Rhin, Haut-Rhin). La gendarmerie royale départementale comptait, à cette date, en province, vingt-quatre légions.

KMEAV

aiTAaxmsT MINISTERE DE l'InTÉRIEUR

âmafyge.

Paris, le iô octobre 1829,

Au Préfet du Bai-ti — Mrasbourg.

(Confidentielle, y

« M. le P.. j'ai reçu votre lettre du 11 de ce mois relative au passage de M. Benjamin Constant à Strasbourg. — J'ai lu avec un véritable intérêt les renseignemens circonstanciés que vous m'avez transmis sur la réception qu on a faite à ce voyage; détails dont, au besoin, l'administration tirerait le parti convenable. Je vous prie de conserver, de votre côté, la liste des personnes qui ont témoigné, à cette occasion, une opposition déclarée au gouvernement du Roi, et qui doivent être exclues désormais de toute participation aux faveurs du gouvernement. L'attention de la police locale se trouve également, par ce fait, appelée naturellement sur elles.

M Agréez... 1m

^1 Ce lâllet est uae minute, difêcile à déchifErer, mais noas répondons de notre lectoxe. L'écritore, minuM^ole, de ce ministre rendrait des poinb, pour l'olMcuilé kiépogiypkiqae, à oellet de Fucai et de Napoléoa I*, par exemple.

Ministère de l'Intérieur.

(Personnel, 5* bureau.)

Paris, le 16 octobre 1829.

Au commandant de la compagnie de gendarmerie (1) du Bas-Rhin, à Strasbourg.

(Confidentielle .)

u Monsieur le commandant, j'ai reçu votre rapport du 11 de ce mois, relatif au banquet qui a été offert, à Strasbourg, à M. Benjamin Constant, et aux circonstances qui l'ont accompagné.

« Je vous remercie des renseignemens intéressants que vous me donnez à ce sujet, et je compte sur votre exactitude à m'in former de tous autres événemens qui seroient de nature à fixer mon attention.

u Agréez... »

« Pour le ministre :...

(Pas de signature. — C'est une minute.)

(1) Vingt-deuxième légion (M. Cadudal, lieutenant-colonel, à Nancy). Le commandant de la compagnie du Bas-Rhin ëtait alors M. de Golbery, chef d'escadron à Strasbourg. Il avait sous ses ordres le lieutenant Houzeau. La compagnie du Haut-Rhin ëtait commandfie par le capitaine Del (à Colmar). Plusieurs des pièces que nous publions portent ces deux signatures, Houzeau et Del.

iMINlSTÈRE de

l'intérieur Au Préfet du Bas-Rhin. — Strasbourg.

(Confidentielle.)

Palis, le 19 octobre 1829 (1),

u M. le Préfet, j'ai reçu votre lettre confidentielle du 14 de ce mois relative au départ de M. Benjamin Constant et à la fête qui lui avait été offerte, la veille, à Strasbourg. J'ai examiné avec beaucoup d'intérêt les détails que vous avez rassemblés à cet égard; ils prouvent le bon esprit de vos administrés, et je vous en félicite sincèrement, persuadé que la sage (2) direction de votre administration a contribué à faire naitre et à maintenir [ces dispositions au calme et à la raison]. Veuillez témoigner à M. le maire de Strasbourg toute ma satisfaction des soins qu'il a pris (?) (un mot illisible : aussi?) dans cette circonstance pour maintenir l'ordre par ces précautions sûres, quoique inaperçus (sic.) Je n'attendais pas moins de son dévouement éclairé ; mais il m'est agréable d'avoir une nouvelle occasion de lui

(1) Cette pièce est une minute (avec des ratures, des abréviations), griffonnée au galop. Grimoire à peine déchiffrable. — Les mots placés entre crochets (ligne 9) sont dans la marge,

(2) Cette ëpithète sage est rajoutée dans l'interligne.

exprimer le prix que le gouvernement du Roi attache à ses services (1).

u Je conserve la liste des personnes qui ont assisté aux réunions présidées par M. Benjamin Constant, et je ferai, au besoin, usage des remarques intéressantes que vous y joignez (2).

a Agréez... ?)

P,-S. — « C'est en n'accordant aucune influence, aucune grâce, aucune faveur à tous ceux qui se déclareront ainsi en état d'hostilité avec le gouvernement, qu'on peut affaiblir leur parti et concentrer leur action dans un cercle très étroit (3). »

(1) Le maire de Strasbourg, en 1829, était M. de Kentzinger, chevalier de la Légion d'honneur; celui de Colmar, le baron Muller.

(2) Premier jet, rayé : « ... que vous j' avez jointes. »

(3) C'est une mise a l'index catégorique. — ^i-j^ besoin d'ajouter que Benj. Constant n'était point si dangereux que cela? Nerveux, exalté tant qu'on voudra, il n'était nullement révolté contre la monarchie, et il était, d'ailleurs, incapable de tout plan suivi. Vrai, ces administrateurs prennent la mouche pour peu de chose : il n'y avait rien là qui ressemblât à des conspirateurs complotant dans l'ombre. Nous l'avons déjà dit copieusement ; mais on ne saurait trop le répéter. Constant jouait franc jeu; il faisait les cent coups, mais jamais il ne se cachait de personne.

PREFECTURE

du

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