BAS-RHIN
À Son Excellence le Minisire de t Intérieur.
Strasbour(/y te 27 novembre 1829,
« Monseigneur (1),
u M. Benjamin Constant est revenu de l'Allemagne avant-hier; il s'est logé dans la même auberge où il était descendu il y a six semaines. Pendant son séjour ici, il a reçu plusieurs des individus qui s'étaient trouvés à son festin, et MM. Saglio et de Turckheim, députés, ont eu aussi d'assez longues conférences avec lui.
u Plusieurs des individus connus ici pour les plus exaltés du parti ont eu de plus fréquentes conférences : on en a vu sortir quatre, dont l'un avait un assez gros rouleau de papiers à la main, et lisant avec beaucoup d'attention une lettre à ses compagnons. On ne sait quelle espèce de travail ils ont été faire chez M. Benjamin Constant. Ce n'était, à coup sûr, rien dans Tintérét de la monarchie. Ils se seront tous probablement occupés d'une liste d'association qui a grand peine à prendre dans ce pays. Les notaires de Strasbourg, auxquels ils se sont adressés, répugnent à se charger des
(1) Au crayon, en marge, cette mention : « Accuser 7-e'ceptioit.^^
registres et blâment cette mesure. Gomme il impopte aux meneurs d'avoir des signatures pour faire nombre, ils iront peut-être courir les campagnes. Ici ils ont jusqu'à présent bien peu de succès. Je serai attentif sur (sic) leurs démarches, et j'en rendrai compte à Votre Excellence.
a Je suis avec respect. Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur. »
« Le Conseiller cTEtat, Pre'fet,
a ESMANGART. n
« M. Benjamin Constant est parti ce matin pour Colmar. »
MINISTKRE
l'intérikur Au Préfet du Bas-Rhin (I).
(Confidentielle .)
CARI.NF.T.
Paris, le 3 décembre 1829.
u 31onsieui' le Préfet, j'ai reçu votre lettre du 27 de ce mois, relative au voyage de M. Benjamin Constant. Je vous remercie des renseignemens que vous me transmettez à cet égard, et je crois inutile de vous inviter à entourer ce député, [s'il revient à Strasbourg.,] et ses adliérens dans votre département, de la plus active et la plus constante (2) vigilance; les projets dont ils s'occupent ne peuvent être indifférens des (sic) intérêts de la monarchie, et je me plais à compter sur tous vos soins et sur votre sollicitude éclairée pour suivre la surveillance que vous devez exercer à cet égard comme sur tout ce qui porte le caractère de la malveillance qu'il faut poursuivre et gêner (3) sur tous les points où elle ose se montrer ; c'est peut-être le moyen le plus sur de mettre vos administrés en garde contre les cou-
(1) Cette lettre est une inimité., raturée. Les mots entre crochets sont une addition interlincairc.
(2) Il n'est pas probable qu il faille voir en cette cpithctc un calembour cherché! Le rapprochement est fortuit.
(3) Ici ces mots, biffés : « par tous les efforts possibles, n
pables tentatives qu'elle fait pour les détourner de leurs devoirs.
u Vous voudrez bien me tenir exactement au courant de tout ce qui vous paroitra mériter l'attention du [gouvernement.
a A(>réez, Monsieur le Préfet, etc. "
(Pa.i r/e sigtia'iire.)
I)i;i'auti:mi:nt
iU:
LA MFJLiiiTni, ^ ^^^j Excellence le Ministre
Cabinet da Préfet. ^^^ l'Intérieur, à Paris.
Ncmcy, le 12 déremhrc 1829.
Le Conseiller d'Etat^ Préfet de la 3Ienrth(\
u Moiisei^jneur,
u J'ai riionneur d'informer Votre Excellence que IM. IJenjamin Constant, memjjre de la Chambre des députés, est arrivé hier soir à iNancy, où il a couché (hôtel d'Europe), et d'où il est reparti le lendemain matin. Son séjour très court n'a donné lieu ici à aucune observation, et je pourrais (l) môme ajouter, iMonsei- (jneur,que son passade et son départ sont restés prescjue entièrement i^jnorés.
" Je suis avec respect. Monseigneur, de Votre Excellence le très-humble et très-obéissant serviteur. )>
a C'" d'AlLON VILLE. »
P (les mots surcharjjont on pourrait. — En marjjc tlo oette pii Tt', so lit la nK-nlioi) cravonnée : n Accuser rcccptiojt . »
 Son Excellence le Mmistre Secrétaire d'Etat an département de l'Intérieur.
Cobnar, le 17 décembre 1829 (1).
« Monseigneur,
u J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence que le sieur Benjamin Constant est arrivé à Munster avec sa femme, et qu'il a logé chez le sieur Hartmann, fabricant en cette ville ; que ce dernier est allé à Mulhausen, afin d'engager ses corriphés (sic) du parti libéral à le recevoir; les uns ont été de cet avis, d autres s'y sont opposés; sur ce rapport, le sieur Benjamin Constant a pris une autre direction et est allé à Cernay et à Wesserling; il a été reçu dans cette première ville par tous les jeunes gens attachés aux fabriques, qui sont allés à sa rencontre à cheval ; à son entré (sic) dans la ville, on a tiré des boîtes; cela s'est fait à l'inçu (sic) de M. le maire, qui a même rendu compte à M. le sous-préfet de Belfort (2).
(1) Le signataire de ccUe pièce était cvideimiicnt peu lettré : son style est cehii d'un sous-ofticier mal dégrossi. ?sous respectons, exprès, les fautes d'orthographe, et nous maintenons les incorrections grammaticales ; mais nous complétons la ponctuation, insuffisante.
(2) M. Sido, sous-préfet à Belfort (Haut-Rhin).
SUR LES ROUTES D'ALSACE r.Ol
u L intention de M. IJenjamin Constant était d'assister le 13, à Mulliausen, à la revue des pompiers, qui devait avoir lieu ledit jour; la réunion de cette troupe de ;2()0 armes a eu lieu, effectivement, le 13, vers les deux heures après midi, et en grande tenue, au Werkoff, où sont réunies (sic) les pompes et tout le matériel. Ensuite ils se sont rendus, avec le drapeau déployé (drapeau ({ui leur a été donné par le Iloi, lors de son séjour dans le Haut-Rhin), la musique en tête du corps, les pompes attelées, les pompiers à cheval avec leurs lances (1), sur la [jrande place, devant Thôtel de ville, ou ils ont été formés en bataille; le commandant ayant fait ouvrir les rangs, il a ensuite mis pied à terre, et est allé recevoir M. le maire au bas de l'escalier de riiùtel de ville. Ils ont passés (sic) ensembles (sic) devant les rangs, tel (sic) qu'à une grande parade ; ensuite M. le maire, qui était suivi de ses adjoints en costume, étant remonté à l'hôtel de ville, M. le commandant a fait défiler sa troupe, le matériel a été reconduit au magasin ; il y av ait beaucoup de monde pour cette parade (2) ; tout s'est passé dans ce moment dans le plus grand ordre.
a À cinq heures du soir (3), il y a eu un banquet à l'hôtel du Lion llouge, ensuite un bal vers les sept heures et demi (sic), qui a été offert au corps des pompiers par MM. les officiers; deux allocutions ont été adressées aux pompiers à la fin du banquet. La première par le commandant l'Edouard Kœchlin, après leur avoir adressé des reproches sur leur peu d'assiduité
(1) Quelles lances? Pas de guerre; d'incendie, sans doute!
(2) C'était une grande pompe... de pompiers!
(3) On sait que c'était ordinairement l'heure du dîner, à celte date, et jusqu'aux environs de l'année 184-0.
à l'exercice, et leur avoir dit qu'ils avaient reçus (sic) des armes, que c'était pour s'en servir dans l'occassion (sic), et a fini par un : u Vive la Pairie ! » — La seconde a été adressée par le sieur Daniel Dollfus, capitaine ; elle a été à peu près dans le même sens, mais bien plus significative, et l'a terminée (1) en disant que le moment n'est peut-être pas éloi(>né où ils seront dans le cas de faire usa(;e de leurs armes; et il a bu à la santé du corps.
« Je ne dois pas ommêtre (sic) que le commissaire de police de la ville de Mulhausen a fait un semblable rapport à M. le maire, que ce dernier lui a dit de ne pas parler des particularités ci-dessus ; que, s'il en était question, il ne pourrait se dispenser d'en rendre compte à M. le préfet, et qu'un tel rapport provoquerait nécessairement la réforme des sapeurs pompiers. Le commissaire de police lui déclara qu'il ne pouvait se dispenser de lui dire la vérité, qu'il pouvait s'assurer des faits par lui-même, qu'il y avait trois des emplovés de la mairie qui étaient présents, qui sont les sieurs DoU, secrétaire, Landwerlé, parent de M. le maire et commis de la mairie, et enfin le sieur Gruber (?), surveillant des travaux communaux. Mais il parrait (5/cJ certain que M. le maire aurait désiré que le commissaire de police lui fit un rapport de complaisance, à labri duquel il se serait mis vis-à-vis des autorités supérieurs (sic)^ en lui déclarant qu'il ne s'était rien passé de réprébensible au banquet.
(( Quoique dans tous ces détails il ny ait rien de bien réprébensible, (juand (sic) à présent, j'ai cru devoir en
(1) La phrase, affreusement boiteuse, est aiii.si libellée. — Quel jargon !
S[JU LKS HOLTKS D'ALSACK 503
rendre compte à Votre Excellence, afin qu'elle puisse prendre les moyens de répression (|ii'elle jujj^erca convenabhî (sic).
u Je suis avec un profond respect, Monsei^jneur, de Votre Excellence le très-humble et très-obéissant servileur. »
(( Le cap" commande la gencl''^ fin UaïU-Iili'm,
u Fréd. Di:l (1). »
(1) Il faut convenir que le capitaine Del est un militaire modèle, plein de zèle et de dévouement, s'il a peu de {^[rammaire et moins encore d'ortliograplie. Cette lettre de gendarme serait assez savoureuse, si elle était moins prolixe et de forme plus correcte. — Que fait Constant dans toute cette scène? 11 reste à l'arrièrc-plan, et ne souflle mot. Il n est donc pas toujours le remuant, turbulent personnage que l'on se plaît à représenter!
Remarquez ces noms bien alsaciens, Koerhliiiy DoUfus : il existe encore là-bas des descendants de ces familles.
Je trouve un peu bizarre cette fête offerte aux ponq^iers pour leur infliger pvd)liqueu)ent, corain populo, une harangue plulijt désagréable, faite d'objurgations et de reproches. Aon crat liis locus... Mais le fait prouve au moins que les chefs de cette arme peu savante, comme ceux des gaides nationales, prenaient parfois fort à ('(ii'ur leur rôle de citoyens soldats.
MINISTERE de
l'intérieur Au Préfet de la Meimhe (l),
à Nancy.