‹ Benjamin ConstantChapitre 42 sur 60 · PERSONNEL · texte numérisé non relu

PERSONNEL

(5* bureau.)

(Confidentielle . )

Pcnis, le 24 décembre 1829.

« M. le P., j'ai reçu votre lettre du 12 de ce mois, relative au passage de M. Benjamin Constant dans le chef-lieu de votre département.

u Je vous remercie des renseignemens que vous me donnez à ce sujet.

a Agréez... »

Le Ministre.

Certes, Benjamin Constant ne mâchait pas volontiers ce qu'il avait sur la conscience; mais il savait, à l'occasion, être assez prudent pour ne pas perdre, de gaîté de cœur, un succès de carrière. C'estainsique, s'épanchant un jour au docteur Véron, son ami (Paris., 1" juin 1830) (2), il lui fait cette confidence, en le priant de n'en parler à personne : " Mes électeurs de Strasbourg,

(1) Le comte (VAllonvillc. — Cotte pièce est un brouillon. Elle clôt le dossier des Archives nationales renfermant les pièces relatives à la surveillance jïolitiquc exercée sur P. Constant de 1827 à 1830.

(2) Lettre inscrite au Bulletin Charavay; 2 pages in-V^'.

qui veulent me porter le 23 de ce mois, me prient instamment de ne rien écrire du tout dans les journaux, de peur qu'une phrase mal interprétée ou citée à faux ne vienne d'une manière imprévue favoriser les intri(jues du préfet (1), qui fera tout ce qu'il pourra pour me nuire... Je suis désolé de faire quelque chose qui vous déran[>e, mais je ne puis compromettre une élection à laquelle je dois tenir plus encore comme citoyen et pour le bien public que par ambition personnelle, je l'ai assez prouvé depuis douze ans. » — Et puis, une longue pratique de la vie parlementaire lui avait démontré la sa(jesse du vieil adage : « Les varoles volent, Les écrits restent (2). »

(1) Toujours Esniangart. Constant le connaissait bien !

(2) On n'ijjnore pas que Benjamin Constant, défenseur persistant de la liberté de la presse, fut un gazetier infatigable, presque autant journaliste qu'orateur. Non seulement il collabore à tous les journaux libéraux, au Courrier français, au Constitutionnel, au Temps, mais il fonde, en février 1818, avec Etienne, Jouy, Lacretelle aine, la Minerve française, à laquelle, en octobre, le Conservateur est opposé par les royalistes ; puis la Renommée, en juin 1820.

Peu de temps après les faits relatés au cours de ce dernier chapitre, la révolution brisait la branche ainée, et la monarchie de Juillet élevait à la présidence du Conseil d'État le protestant nalif de Lausanne auquel d'indi(^^nes adversaires avaient eu le front de contester la qualité de Français, le grand parlementaire à qui les Bourbons, après Bonaparte, avaient aig^rement cherché noise par instinct de sécurité personnelle, bien qu'il n'eût jamais pris parti contre eux délibérément, ni songé un seul instant à les renverser. — Et, peu de mois plus tard, il s'éteignit (l). La même année 1830, où le sceptre caduc des fleurs de lis sombra sous la levée des baïonnettes civiles, vit disparaître de la scène qu'il a si bruyamment remplie le personnage complexe au déconcertant caractère, — mélange d'énergie passagère et d'incurables défaillances, — qui fut pourtant (le fait est indéniable), durant quarante années, un des plus chaleureux, un des plus convaincus, sinon un des plus efficaces apôtres de la liberté.

Benjamin Constant ne laissait point de fils. Un neveu, enfant de quatorze ans, allait recueillir et son liéritage et son nom (2).

(1) Sur la mort de Benjamin Constant, cf. Coulmann. Reininiscenccs, t. III, chap. x.vix, pp. 219 et suiv.

(2) Voyez la pièce légale (Extrait du Bulletin des lois' citée à y Appendice, p. 560.

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