‹ Benjamin ConstantChapitre 48 sur 60 · ACTE DE DECES DE FAURIEL · texte numérisé non relu

ACTE DE DECES DE FAURIEL

La Bibliothèque de l'Institut possède une copie, revêtue du timbre royal, de l'acte de décès de Fauriel (1), dont le savant Mohl fut l'exécuteur testamentaire :

a Le 15 juillet 1844, à trois heures du matin, est décédé en son domicile, rue des Saints-Pères n" 46, Claude-Charles Fauriel, membre de l'Institut, chevalier de la Légion d'honneur, professeur à la Faculté des Lettres de Paris, âgé d'environ 66 ans (2).

" Acte dressé sur la déclaration de François-Désiré Roulin, docteur en médecine, sous-bibliothécaire à l'Institut, demeurant rue Mazarine n° 3, Agé de 45 ans, et de Jules Mohl (3), membre de l'Institut, demeurant rue de Grenelle-Saint-Germain n° 52, âgé de 43 ans (4).

a Après son décès, il n'a pas été fait d'inventaire; il n'a laissé aucun héritier au profit desquels (sic) la loi établit une réserve. »

(1) Inscrit aux registres de l'état civil fhi dixième arrondissenicnl de la ville de Paris, le 15 juillet tSW.

(2) Inexact. Né en octobre 1772, Fauriel, mort en juillet 184-4, avait donc près de soixante-douze ans.

(3) Mohl fJuliusJ, né à Stuttgart (^Vurtemberg) en 1800, naturalise Français, mort à Paris en 1876, orientaliste, auteur de nombreux ouvrages d'érudition, dont plusieurs traductions de livres chinois et persans, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres (1844) et professeur de persan au Collège de France (^1847).

(4) Inexact encore. Mohl avait quarante-quatre ans sonnés. M. et Mme Mohl étaient des mondains : ils aimaient à recevoir. — Cf. Le salon (le Mme Mohl, par 0 Mkara ^^Plon, édit., in-18V

Benjamin Constant entretient volontiers Fauriel de ses lectures pliilosophiques et littéraires. On a pu voir clans l'une de ses épitres (1. viii) qu'il s'occupe avec sympathie du philosophe Bentham, dont il avait fait sans doute, comme Mme de Staël elle-même, une particulière étude. M. Ilerriot note justement, à ce propos, que Bentham, dont les doctrines ont été approfondies de nos jours (1), était déjà fort à la mode en France au début du siècle dernier. On se rappelait ses voya^jes, ses lettres au Courrier de Provence^ ses relations avec les b^tats généraux et l'Assemblée constituante ; la Léjjislativc lui avait conféré le titre de citoyen français. " Depuis sa liaison avec le ministre genevois Dumont, il publiait même dans notre langue plus volontiers que dans la sienne propre. Mme de Staël avait été vivement frappée de ses idées; elle adopta le principe essentiel de la morale de Bentham; lorsqu'elle se propose de chercher pour le pays une constitution qui lui assure le plus grand bonheur possible, n'est-ce pas du Bentham tout pur (2)?)) — B. Constant était, lui aussi, imbu de ces théories.

(1) Cf., nolamment, Élik Halkvv, La jeunesse de Bentham, et l'Evolution de la doctrine utilitaire de 1780 à 1815.

(2) Éd. Hkrriot, Un ouvrage inédit de Madame de Staël; Les Fragments d'écrits politiques; 1799 (Paris, Pion, 1904, in-8"; pp. 10-11.)

Jugement de Napoléon sur le « Wallstein » DE Benjamin Constant.

Dans un article sur Rœderer (1), Sainte-Beuve, résumant une conversation de Napoléon, à la date du 6 mars 1809, y note « ce brusque jugement sur les unités et la règle des vingt-quatre heures^ à propos de la tragédie semi-romantique de Wallstein qu'avait publiée Benjamin Constant. Les classiques peuvent enregistrer cet imposant témoignage de plus à l'appui de leur système. Le ton est péremptoire, autoritaire :

« Benjamin Constant a fait une tragédie et une poétique, disait Napoléon. Ces gens-là veulent écrire, et n'ont pas fait les premières études de littérature! Qu'il lise les Poétiques, celle d'Aristote. Ce n'est pas arbitrairement que la tragédie borne l'action à vingtquatre lieures : c'est qu'elle prend les passions à leur maximum, à leur plus baut degré d'intensité, à ce point où il ne leur est possible ni de souffrir de distraction ni de supporter une longue durée... Quand l'action commence, les acteurs sont en émoi; au troisième acte^ ils sont en sueur, tout en nage au dernier. »

(1) Daté du lundi 18 juillet 1853. — Cf. Causeries du lundi, t. VIII, p. 384.

Extraits df. l'édition Melegari

{Journal intime, 1814; p. 138, n. 1; p. 151, nn. 1 et 3.)

« Benjamin Constant revint à Paris en 1814. Sa iiaine bien connue pour Napoléon devait lui assurer dans la capitale un accueil favorable, mais le drapeau constitutionnel qu'il ne cessait d'a^jiter ne répondait pas aux idées réactionnaires des purs lé^jitimistes. Aussi fut-il promptement désillusionné. Cependant il ne se laissa pas décourag^er, et, se fiant aux bonnes paroles de Talleyrand, Regnault, Fouché et autres, il se jeta avec ardeur dans la presse militante. Aidé de La Harpe, il parvint jusqu'à l'empereur Alexandre, qui lui fit la meilleure réception et lui donna des encouragements. Du 15 avril 1814 au 19 mars 1815, il publia une série d'articles politiques rédigés avec un talent remarquable et qui remuèrent l'opinion, malgré l'opposition que rencontraient autour du roi Louis XVIII les doctrines qui y étaient professées... Ce fut Sébasliani qui apprit à Napoléon que Benjamin Constant était encore en France et à sa discrétion.

u Ail! nous le tenons! tant mieux! » fut la réponse de l'empereur, comme s'il allait en sortir une grande vengeance. Puis aussitôt il dit à Sébastiani : u Soyez

tranquille, je ne veux faire aucun mal à votre proté^jé. Envoyez-le moi, et il sera content. » Avec cette habileté de coup d'oeil qui le caractérisait, Bonaparte avait immédiatement compris que son pardon [généreux devait conquérir Benjamin Constant, et que cette plume habile pourrait lui être fort utile pour ses projets de constitution... Voici le récit de cette entrevue où Benjamin Constant se trouvait, non sans émotion, en face de l'homme que sa plume violente avait attaqué avec tant d'acharnement : u Au lieu d'être caressant ou dur, Napoléon fut simple, poli et plein de franchise. Ne s'occupant en rien du passé, il ne parla que de l'œuvre pour laquelle Benjamin Constant était appelé. Il dit qu'ayant promis à la France une constitution libérale, il voulait la donner, sans la restriction d'un pouvoir astucieux, accordant tout d'abord plus qu'il ne fallait pour avoir le droit de tout retirer ensuite; que le gouvernement partagé, mais fortement appuyé d'une monarchie libérale, conviendrait beaucoup mieux à son fils, pour lequel il travaillait bien plus que pour luimême. » — On comprend que ces paroles prononcées d'un ton calme, ferme et convaincu, saisirent vivement l'imagination impressionnable de Benjamin Constant. Napoléon lui remit ensuite un amas de projets de constitution signés ou anonymes de toute provenance; et, quittant alors son visage sérieux, il fit des rapprochements piquants sur la comparaison entre les idées énoncées et l'opinion des auteurs. Car tel projet d'un républicain rétablissait le despotisme, tandis que celui d'un royaliste organisait l'anarchie. Enfin, l'empereur congédia Benjamin Constant, sans Tavoir ni caressé ni maltraité, mais Tayant dominé par la simplicité, le charme et la fermeté de son

esprit, devant lequel toute question se présentait toujours, non comme étant à résoudre, mais comme résolue (1). »

(1) Sur la dernière entrevue de Benjamin Constant et de Napoléon avant la déchéance de l'empereur, voyez le récent volume de M. Henry Houssaye, 1815. L'abdication. La Terreur blanche (au début). — Cf. aussi Benjami>' Costajjt, Mémoire sur les Cent-Jours (publié en 1829).

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