CHAPITRE PREMIER
Les Inspirés.
Lorsque, dans les derniers mois de l’année 1704, le maréchal de Villars eut triomphéde l'insurrection des Camisards et que, l’année suivante, le duc de Berwick en eut fait périr, sur l’échafaud ou sur la roue, les chefs retournés en France pour tenter une seconde fois la fortune, la cause des religionnaires sembla irrémédiablement perdue. Accablés de souffrances, découragés par tant de revers, privés de leurs pasteurs et de leurs prophètes, ils courbèrent la tête et rentrèrent dans le silence. « À force d’exécutions, en un mois de temps, le calme fut rétabli !. » Louis XIV pouvait croire que l’œuvre providentielle de son règne, « le grand ouvrage de la réunion des hérétiques à l'Eglise auquel on travaillait secrètement depuis tant de temps, » était amené à son achèvement. Mais si un despote peut décider du sort de ses sujets, il ne peut pénétrer les consciences, briser les convictions et imposer sa foi ; et si les nouveaux convertis allaient de force à l'Eglise et laissaient les prêtres bénir leurs mariages ou baptiser leurs enfants, ils conservaient du moins un grand attachement pour la religion proscrite et restaient Huguenots au fond du cœur.
De nouvelles assemblées au désert témoignèrent bientôt de leur fidélité. Dans leurs derniers adieux, les pasteurs expulsés avaient dit à leurs troupeaux : « L’orage de la colère nous arrache de votre sein pour nous disperser dans l'exil ;
mais en notre absence l’esprit du Seigneur demeurera parmi
t Berwick, cité par Bonnemère, Histoire des camisards.
vous. Jésus sera votre pasteur, 6 brebis désolées d'Israël ! Plutôt que de vous laisser sans consolation 1l vous parlera par la bouche de simples femmes et des petits enfants & » Leur promesse s'était bientôt réalisée. Des femmes, bravant les édits et surmontant la terreur que les violences des in- .tendants et leur acharnement à persécuter les prédicants faisaient règner dans le pays, cédèrent à la force invincible de leur foi et de leurs espérances et résolurent de rendre victorieuse la cause vaincue. Elles parcoururent le Vivarais, les Cévennes et le Bas-Languedoc, ranimant par leurs prédications les esprits abattus. Leur action se fit principalement sentir dans la partie de la province qui avait été le théâtre de la guerre des Camisards et les villes ou villages de toute cette contrée, Alais, Nimes, Lunel, Ganges et Congénies furent leurs principaux refuges. ; 4 Ces femmes prétendaient être inspirées par l'esprit de Dieuetelles prophétisaient. Héritières des prophètes camisards, elles travaillaient, comme ceux-ci l'avaient déjà fait, « à ravi-
ver les dernières lueurs de la foi » et poursuivaient le même
but, « la restauration prochaine de l'Eglise persécutée. ».
Comme eux, elles#préchaient la repentance sous peine des châtiments de Dieu et prédisaient le jour de la grande réparation. | |
Cependant certaines différences essentielles dans la façon
dont se manifeste l'esprit et dans le caractère des prophéties
et des prédications ne permettent de les confondre ni avec.
les petits prophètes ou prophètes dormants ni avec les prophètes camisards. À leur suite nous entrons dans une troisième phase du moment prophétique, bien distincte des deux premières. Le jeùne et la fréquentation des assemblées ne sont plus des conditions de l'inspiration et les prophètesses ne communiquent plus l'esprit dans un baiser. Le caractère
merveilleux des phénomènes spirituels et physiques a égale-
! Rulhières, cité par Jules Chavannes dans le Chrétien Evangelique de 1869.
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