CHAPITRE IT
Luttes et activité de Du Plan
Dès 1716, les religionnaires virent se dissiper leurs espérances : le Régent devenait à son tour persécuteur. Court, qui voulait conquérir la liberté non par la violence, mais par une obéissance passive, maitrisa la colère des populations huguenotes des Cévennes et du Languedoc. Ces nouvelles dragonnades ne lui firent cependant pas perdre de vue lé but qu'il poursuivait. Les Inspirés et leurs adhérents, aux yeux desquels il passait « comme un autre Elie, pour être le fléau des prophètes, » en furent vite persuadés. Deux synodes convoqués cette même année, l’un en mars et l’autre en août, renouvelèrent les déclarations faites l’année précédente et élaborèrent de nouveaux réglements « qui pussent servir à l'extinction du fanatisme, à la suppression des prédicantes, à la sûreté des assemblées !. »
Les efforts de Court et de ses collègues, qui travaillaient à faire le vide autour des Inspirés, ne laissèrent pas de porter bientôt leurs fruits. En 1721, le proposant Durand lui écrit : « Nous avons rangé nos femmes prédicantes au silence, quoique nous en ayons encore qui font de grandes résistances ; cependant, par la grâce de Dieu, nous voyons que leurs résistances se terminent peu à peu; nos fanatiques sont, pour ainsi dire, aux abois?. »
La lutte, cependant, avait été des plus vives. Comme elle fut cause des premières attaques dont Du Plan eut à souffrir,
nous devons entrer dans quelques détails. Deux prédicants,
1 Hugues. Les synodes du désert, t. I, p. 5.
2 Mss. de Court. Lettre du 25 septembre 1721.
Vesson et Jean Huc, dit Mazelet, qui avaient signé, en 1715, les principes de la discipline, furent les premiers à les violer. Déposé par le synode du 7 février 1718 pour cause de schisme, Vesson fit sa soumission le mois suivant et fut rétäbli dans ses fonctions. Mais il recommencça bientôt à fuir les assemblées de ses frères, à baptiser les enfants sans qu’il en eût le pouvoir, à calomnier les anciens, « les appelant ivrognes, coquins et voleurs, » à mépriser les pasteurs et à soutenir les sentiments improuvés. Pour tous ces griefs, un colloque, tenu près de Sommières le 13 décembre 1720, auquel il refusa de se rendre, disant « qu'il ne se souciait ni d'ordre, ni de synode, ni d'anciens, » lui défendit d'exercer sa charge. Pour des raisons semblables, Huc avait été démis de ses fonctions l’année précédente. Ces deux hommes devinrent alors les chefs des Inspirés, ce dernier dans les Cévennes et Vesson dans le Bas-Languedoc.
Ces divisions et ces haines faisaient le chagrin de Du Plan. IL essaya de réunir les esprits divisés et de ramener la paix dans l'Eglise en recommandant la modération et la charité. Mais il fréquentait les Inspirés et, bien qu'il eût donné déjà des preuves de sa fidélité à la discipline en se séparant de Vesson et de Huc, en les combattant même, les prédicants et les laïques, que la colère empéchait de voir clair dans ses intentions, crurent qu'il voulait les défendre. Sans égard pour les nombreux services qu’il avait rendus au protestantisme et pour le dévouement avec lequel il avait naguère, lorsque la peste désolait Alais, secouru les malades, consolé les affligés, réuni des assemblées sans jamais se laisser intimider par les remontrances des autorités, Corteiz, estimant qu'il faisait beaucoup de mal en approuvant les Inspirés, le rendit responsable de tous ces désordres. Du Plan comparut devant le synode de 1721, tenu à Lasalle, et « fut censuré d’autoriser les visions et les songes de ces femmelettes. »
Corteiz résolut alors de poursuivre lui-même Vesson, mais
celui-ci refusa toujours toute discussion avec lui. Pressé de