‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 108 sur 243 · ÉLOGE DE LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE LA CHARITÉ

sur tous les mouvements de notre cœur ; ce cœur est infidèle, ■il est trompeur; il est désespérément malin, si nous ne nous en défions, il nous abusera infailliblement; mais ne nous contentons pas de nous examiner, de nous sonder, de nous éprouver; implorons le secours de Dieu pour réussir dans nos recherches et dans notre examen ; n'entreprenons jamais rien sans connaître quel est notre but, quelles sont nos vues, quelle est notre fin ; voyons si nous aspirons à satisfaire notre ambition, notre avarice, notre volupté, ou quelque autre passion vaine ou criminelle. Ne croyons pas qu'il suffise pour justifier notre conduite de faire ou de dire des choses extérieurement bonnes; les pharisiens et les hypocrites en ont fait qui charmaient le peuple ; mais ce qui est grand devant les hommes est souvent en abomination aux yeux du Si^neur. Vous savez, mon cher ami, ce que saint Paul a dit dans son épître aux Corinthiens : Quand je parlerais le langage des anges, quand j'aurais de foi jusqu'à transporter les montagnes, quand je donnerais tout mon bien aux pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien ou je ressemble à une cymbale qui retentit. Saint Paul nous fait ensuite une belle description de la charité. 0 aimable charité que nous trouvons en substance dans Jésus-Christ et que Jésus- Christ apportera dans nos cœurs si nous le prions avec humilité, avec confiance, avec ardeur et avec persévérance! Voilà, mon cher ami, toute ma ressource que la prière. Je me sens incapable de réparer le temps perdu, je me sens indigne de me présenter devant mon Créateur, mais je ne perds point espérance puisque le sang d'un Homme-Dieu a été versé pour me nettoyer de mes péchés et que l'Esprit qui donne la vie au monde peut ranimer mon esprit stérile pour lui faire produire des fruits de justice et de sainteté qui glorifient son saint nom. Je crois avec Abraham et avec Sara contre toute espérance. Je crois que je servirai utilement l'Église et que je verrai la délivrance de cette Église. Ma conduite jusques ici a été mêlée de bien et de mal, de lumière et de ténèbres; le soleil de justice viendra enfin

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dissiper de mon entendement et de mon cœur, et de l'entendement et du cœur de tous les élus qui sont sur la terre, les erreurs et les vices qui y régnent encore. Voilà, mon cher ami, l'objet de mes vœux et de mes espérances ; qu'on me traite, tant qu'on voudra, de visionnaire ou de fanatique. Je sais qu'il y a de l'ahus partout; de fausses visions, de fausses révélations, de fausses inspirations; mais je crois qu'il y en a eu et qu'il y en a encore de vraies et bonnes que Dieu me fera la grâce de voir accomplir. Je consens que vous imitiez saint Thomas jusqu'à ce que vous voyiez et touchiez des choses qui vous persuadent ; mais prenez garde de ne point mépriser ni condamner encore moins des choses que vous n'avez ni vues I i entendues et qui surpassent la capacité humaine. Attachezvous seulement à prêcher pnr vos discours et par vos exemples le pur Évangile. Je tâcherai, de mon côté, à me rendre plus digne de l'approbation de Dieu, de l'estime des gens de bien et de l'affection tendre et sincère de mon cher et fidèle ami Court que j'embrasse en esprit.

« La lettre que vous m'avez écrite sur ma conduite est d'un très-bon style; il est clair, net, vif, nature! et coulant. Je trouve vos raisonnements aussi solides et aussi efficaces qu'ils peuvent l'être selon votre système qui combat les inspirations. Je vous promets d'avoir pour vous et pour vos conseils tout le respect et toute la complaisance que ma conscience me pourra permettre; je ne crois pas qu'un ami puisse rien exiger au delà. Je ne crois pas non plus que ceux qui ont écrit au pays, continuent à répandre des mauvais bruits sur mon sujet, attendu que (quoique je m'en sente indigne), me voyant aimé, estimé, honoré de quanlilé de personnes illustres par leur piété, par leur caractère et par leur naissance, ils sont revenus vers moi et me faire amitié. Si vous voulez m'écrira l'auteur qui a répandu ces bruits, je lui dirai de guérir le mal qu'il a fait, et s'il ne peut ou ne veut pas, j'emploierai d'autres moyens qui satisferont les gens rai-

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