‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 11 sur 243 · RÉSIGNATION DES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

RÉSIGNATION DES PROTESTANTS

Ces galériens n'étaient pas les preniiers venus, ils appartenaient en général aux meilleures et aux plus honorables familles de France : négociants, fils de pasteurs, magistrats, gentilshommes. Peut-on imaginer l'intensité de leurs souffrances! Leur seule consolation était la prière; parfois ils avaient la visite toujours mystérieuse d'un courageux ami qui leur glissait une lettre baignée des larmes de leurs femmes, de leurs parents, de leurs frères persécutés ou proscrits. On quêtait pour eux en France, dans les assemblées du Désert et à l'étranger; ces dons leur allaient au cœur, et l'on conserve encore dans les registres de TÉglise française de Londres, les lettres touchantes que ces infortunés écrivaient, au mépris des plus durs châtiments, pour remercier ceux qui se souvenaient des pauvres captifs.

Devant de semblables persécutions, quelques protestants et des plus riches, s'enfuirent à l'étranger avec leurs familles et leurs fortunes. Un édit, en 1713, défendit à tous les nouveaux convertis de quitter le royaume, sous peine des galères perpétuelles pour les fugitifs, et de la mort pour les complices de Tévasion.

En dépit de ces ordonnances, les protestants restèrent calmes; ils attendirent avec résignation des temps meilleurs. Un très-petit nombre s'enfuit, un plus petit nombre abjura, les autres se soumirent en apparence aux pratiques de l'Église romaine. Ils suppléaient à la privation du culte public en célébrant chaque jour dans leurs maisons le culte de famille; là, ils lisaient la Bible, se fortifiaient par la prière. Nous possédons une de ces touchantes prières qui se lisaient le diman-

Page 1