‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 13 sur 243 · CULTE AU DÉSERT · texte numérisé non relu

CULTE AU DÉSERT

soupçons, les pasteurs se glissaient, au péril de leur vie, de demeure en demeure, baptisant les nouveau-nés, mariant les fiancés, exhortant les malades, bénissant les mourants. Quand un de ces courageux missionnaires arrivait dans un village où les fidèles se disputaient le dangereux honneur de le recevoir, on convoquait aussitôt secrètement une assemblée; on se disait à Toreille l'heure et le lieu du rendez-vous; c'était un bois solitaire, une grotte profonde, un vallon sauvage; et au moment fixé, le plus souvent de nuit, chacun s'acheminait isolément vers le lieu désigné : là, le pasteur lisait l'Évangile, adressait une exhortation, puis donnait aux assistants la communion. Le chant des psaumes ouvrait et terminait la cérémonie. Tandis que la foule était ainsi recueillie, des sentinelles échelonnées dans la campagne ou montées sur des arbres et des rochers, faisaient le guet et signalaient l'approche des soldats. En 1712 et 1713, les intendants et les gouverneurs militaires poursuivirent avec la dernière rigueur ces assemblées. Les femmes qui y étaient surprises étaient condamnées à la prison, les hommes aux galères, le pasteur au gibet.

Voici, racontée par un témoin oculaire, une de ces scènes du désert; elle date des dernières années du xvii« siècle, mais ces assemblées conservèrent toujours le même caractère.

« Une année, avant que nos frères des Cévennes eussent levé l'étendard de la guerre sainte, nous fûmes prévenus que, trois jours après, le respectable Brousson tiendrait une assemblée à la Baume des Hors, près de Mus; or, le lieu qui portait ce nom n'était rien moins qu'une ancienne carrière dont l'ex-

Page 1