MOYEN IMAGINÉ POUR CHASSER LES PRÉDICANTS
Depuis le supplice de Roussel, les prédicants et Court, en particulier, étaient traqués de près; celui-ci fut dénoncé par des estions, et dans la nuit du l-^r mars 1759, on fit des perquisitions dans la maison où il était caché, mais sans parvenir à le trouver. Sa tète était mise au prix de dix mille livres et ce n'est que par des ruses et une vigilance incessante, qu'il parvint à se soustraire aux poursuites. Les protestants étaient inquiets; chacun comprenait la valeur et l'importance de cet homme qui avait relevé le protestantisme abattu. Quelques-uns lui conseillaient de quitter la France et d'attendre à l'étranger que l'orage fût passé. Il ne voulut pas abandonner son troupeau et resta. Ses ennemis seuls trouvèrentle défaut de sa cuirasse invulnérable, et ce jour-là, malgré les remontrances de ses meilleurs amis, malgré la voix de l'Église qui retentit haut et ferme, cet homme, qui avait mille fois bravé la mort, fléchit, abandonna discrètement son champ de travail, passa la frontière et quitta à jamais la France.
Quel fut donc le moyen infernal imaginé par les persécuteurs pour avoir raison de cette haute nature? L'un d'eux nous l'a révélé après coup. « Voulez-vous, écrivait-il à l'Intendant, ruiner en peu de temps le protestantisme? Chassez du royaume les ministres et les proposants de la secte. — Comment? — Enfermez dans un couvent les femmes de ceux qui sont mariés, dans une citadelle les pères de ceux qui ne le sont pas, et publiez bien haut que vous ne les rendrez à la liberté que lorsque fils et mari auront passé la frontière. L'expérience prouve l'eflicacité de ce moyen. Le ministre Court serait encore en France, si sa femme n'avait pas .été menacée du couvent, et le ministre