MORT DE SON PÈRE
obligaliou de leur rendre tous les services qui dépendront de vous(1). »
Nous avons cité cet exemple comme une preuve de la bienveillance et de la générosité avec lesquelles le gentilhomme accueillait les plus obscures infortunes.
C'est au milieu de cette vie active et dévouée que du Plan apprit tout-à-coup la mort de son père et celle de son oncle Lèches. L'un et l'autre n'avaient cessé de lui témoigner de l'affection et de l'intérêt depuis qu'il avait quitté la France.
Cette mort renversa complètement les espérances d'avenir de Benjamin du Plan ; le fait qu'il était exilé, le privait de tout ses droits d'héritage. Il avait bien prévu ce malheur et avait essayé plusieurs fois de le prévenir. En 1731, il avait fait légitimer le mariage de son père qui n'avait pas été célébré légalement à cause des malheurs des temps. Il espérait que celui-ci léguerait ses biens au baron d'Âlais, l'intime ami de la famille, lequel les transmettrait plus lard à l'héritier légitime; mais la mort vint surprendre M. du Plan avant qu'il eût eu le temps d'exécuter ses bons desseins à l'égard de son fils.
Il est touchant de voir avec quel calme et quelle résignation chrétienne le fils déshérité accepta cette grande épreuve :
« Dieu a permis ou voulu toutes ces choses, écrit-il à Court, pour me détacher du monde : je lui demande la grâce de répondre à ses desseins et de me dévouer entièrement à toutes ses volontés. Je suis étranger, voyageur sur la terre; je ne
(I) N° 12, p. 517 (novembre 1732).
dois désirer que mon nécessaire, d'autant mieux qu'étant venu nu dans ce monde, je n'en dois rien remporter à l'autre vie. Ma principale et presque unique attention doit être de plaire à mon père qui ne meurt point et qui me veut donner un héritage que la puissance ou la ruse de mes ennemis ne sauraient me ravir et j'espère que Dieu ne permettra pas que je sois assez malheureux d'y consentir par mon infidélité à son service (1j. »
Grâce au dévouement de quelques parents et amis, en particulier de MM. Fabre et Trélis d'Alais, du Plan parvint à recueillir quelques épaves de sa fortune; M. de Lencizole, son cousin, qui venait d'hériter à sa place, lui offrit avec empressement ses services que plus tard du Plan fut obligé d'accepter. Privé des ressources paternelles, le genlilhorame déshérité commença à entamer un petit capital de quatre mille francs déposé chez un banquier de Genève, M. Gaussen, son excellent ami.
Il quitta Londres, après y avoir séjourné environ deux ans. Ce séjour se termina mieux qu'il n'avait commencé.
« J'ai bien soufTert en Angleterre et pris de peine avant que de voir aucun fruit de mes soins ; mais enfin Dieu soit loué, mon voyage n'a pas été inutile. Jl ne m'est pas permis de vous dire par écrit ce que j'espère vous dire de bouche (2). »
Après une traversée périlleuse, du Plan débarqua à la Haye vers la fin d'octobre 1733. Il fut obligé de
(1) N" 12, p. 453 (mai 1732).
(2) N° 12, p. 521 (novembre 1733).