‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 165 sur 243 · VOYAGE EN DANEMARCK · texte numérisé non relu

VOYAGE EN DANEMARCK

Du Plan poursuivit sa course vers le Nord. En mai 1737, nous le retrouvons à Copenhague. De grandes joies lui étaient réservées dans cette Église :

(1) Lettre à sa tante (Magdebourg, 12 août 1736).

la cour et quelques fidèles lui donnèrent environ quinze cents écus. Ce fut là qu'il apprit le succès de ses démarches en faveur des galériens; douze de ces malheureux venaient d'être délivrés, grâce aux sollicitations de la Prusse et de l'Angleterre. Toutefois ces succès ne furent obtenus qu'aux prix de beaucoup de fatigues.

« Je cours le monde chrétien protestant ; je visite toutes les Églises de notre communion; je fais connaissance avec nos frères dispersés parmi les nations. Je m'adresse à ceux qui les ont reçus dans leurs États avec un esprit de charité pour leur offrir l'occasion d'exercer leur charité envers ceux qui gémissent encore sous la Croix et qui combattent pour la gloire de notre grand roi Jésus-Christ. Il y en a qui m'écoutent et qui témoignent prendre quelque part aux maux de leurs frères, mais il y en a d'autres qui se font toujours tirer l'oreille et ce n'est qu'à force d'importunité que j'en arrache quelque chose. Que ce soit faute de pouvoir ou de bonne volonté, je n'ai pas fait de grandes récolles, mais j'ai eu au moins la consolation de faire partout ou j'ai passé, quelque grapillage qui n'est pas à mépriser. Je dois justifier les Églises et ceux qui les gouvernent; s'ils ne répondent pas toujours à mes désirs, c'est qu'il fourmille parmi eux des pauvres qu'il faut nécessairement assister préférablement aux étrangers (-1). »

Ayant appris que Court venait d'être éprouvé par des deuils de famille et par la saisie de ses biens en France, Du Plan lui en exprima toute sa sympathie, puis comparant sa position à celle de son ami, il ajoutait :

« Quant à moi, je n'ai été exposé jusqu'ici à perdre des enfants, parce que je n'en ai jamais eu et ne sais si le

(1) N» 12, p. 561 (Copenhague, 15 décembre 1736).

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plaisir de les avoir eu pendant un temps ne surpasse pas l'affliction de les perdre. A l'égard des biens de la terre, je les abandonnai sans regret lorsque je sortis de France, ne sachant pas si j'en retirerais quelque chose. Dieu a voulu par sa grâce m'en faire retirer suffisamment pour n'être à charge à personne et pour pouvoir faire mes voyages d'une manière qui parût généreuse. Je suis très-content d'employer non-seulement les intérêts de ce petit capital, mais encore de sacrifier ce capital que j'ai fort écorné. Non-seulement mon argent est au service de Dieu et de son Église, mais ma personne toute entière, que je suis prêt à lui sacrifier si c'est sa volonté {\). ■»]

Le seul espoir qui lui restât après qu'il aurait sacrifié toute sa fortune au service des Églises, était de recevoir un légitime dédommagement de ses peines. C'est ce qu'avait compris le Comité de Genève et ce qu'il lui exprimait par l'organe de Turretin, l'un de ses membres les plus distingués, qui lui disait en lui accusant réception de trois mille livres :

< Nous bénissons Dieu, mes collègues et moi, de l'heureux succès de votre négoce ; et nous prions ce bon Père qu'il lui plaise de vous conserver et de continuer à bénir vos soins, comme il l'a fait jusqu'à présent et comme il le fera encore

par sa bonté infinie Je laisse à M. Vial à entrer dans de

plus grands détails avec vous. Je me contente de vous assurer de la part que nous prenons, les uns et les autres, dans tout ce qui vous regarde, et de la pensée où nous sommes, que les dépenses que vous faites ne doivent pas être à votre charge et que l'on doit vous en tenir compte (2). »

(1) N° 12, p. 567 (Copenhague, 21 avril 1737).

(2) Lettre de Turretin (Genève, 3 décembre 1736).

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