‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 172 sur 243 · IL RACONTE LES RIGUEURS DE LA PERSÉCUTION · texte numérisé non relu

IL RACONTE LES RIGUEURS DE LA PERSÉCUTION

ce qui empêche que ces pauvres prisonnières jouissent jamais des rayons du soleil et fait qu'elles sont comme ensevelies dans un vaste tombeau où les ténèbres et le froid régnent presque pendant toute l'année; aussi sont-elles presque toujours malades, et ne recevant que très-peu de secours, il en meurt quantité.

« Malgré toutes ces misères, il y a quelques unes de ces captives qui subsistent dans cet horrible séjour depuis dix, quinze, vingt ans, soit par la force de leur tempérament, soit que Dieu les ait voulu conserver pour être des exemples vivants aux autres, de piété, de vertu et de constance. Parmi les galériens, les prisonniers et les prisonnières, il s'en trouve de tout âge, depuis 20 jusqu'à 84 ans, comme le père de M. Durand, ce fidèle ministre qui souffrit le martyre, il y a environ neuf ans.

« Il est certain, qu'à la réserve de quelques villes où il y a du commerce, le peuple, en France, est fort pauvre ; mais les protestants, outre les peines corporelles, sont extraordinairement vexés depuis quelque temps, par des enlèvements d'enfants, par des impositions arbitraires, par des confiscations et des amendes qui épuisent les familles et les mettent hors d'état de secourir ceux qui sont captifs.

« On a mis 25 jeunes garçons dans un séminaire à Alais. On a enfermé 40 jeunes filles dans un couvent à Anduze, ville des Cévennes. Nous ne parlons pas des autres jeunes garçons et jeunes filles, ni des prisonniers et prisonnières qu'on a enlevés et qui sont captifs dans les autres provinces où le zèle persécuteur se réveille de temps en temps.

« Toutes ces choses, qu'on peut vérifier par plusieurs lettres et des attestations de personnes dignes*de foi, émouvront sans doute le cœur des personnes pieuses et charitables et les porteront à contribuer quelque chose des biens dont Dieu les a bénis, pour le soulagement de leurs frères et soeurs en Christ, et ces fidèles confesseurs et confesseuses secourus et soulagés dans leurs souffrances, pénétrés d'une juste et vive reconnais- i

IL s'intéresse au sort des confesseurs 241

sance, feront des vœux ardents à Dieu en faveur de leurs généreux bienfaiteurs.

« Or, nous savons que la prière des fidèles faite avec ardeur est d'une grande efficace pour attirer les bénédictions du ciel et pour détourner les jugements de Dieu qui nous menacent.

« Convaincu par plusieurs lettres et par le témoignage de personnes dignes de foi et disposées à contribuer au succès du louable dessein qu'on s'y propose, c'est avec plaisir que nous le signons.

€ A Londres, ce 4739. »

L'appel fut entendu et du Plan eut la douceur de recueillir de l'argent qu'il se hâta de faire parvenir à ses frères sur les galères du roi et à ses sœurs dans la tour de Constance. Chapel, de retour en Angleterre, lui apporta deux lettres de remerciement des fidèles confesseurs.

En parcourant ces lettres jaunies par le temps, écrites derrière les épaisses murailles de la tour de Constance par deux femmes qui avaient vieilli en prison, ou sur la Galère Héroïne par deux héroïques forçats, nous avons senti les larmes mouiller nos paupières. L'écriture trahit une main inhabile, le style et l'orthographe des esprits peu oullivés, mais que les sentiments en sont élevés et dignes! La première est signée de deux prisonnières originaires d'Alais, nommées Vigne et Soleyrol.

Jacquelle Vigne était âgée de 45 ans lorsqu'elle fut arrêtée et enfermée le 22 septembre 1726, pour cause de religion; Anne Soleyrol, fille d'un boulanger, était âgée de23 ans lorsqu'elle fulenfermée, Ie2 janvier 1738, pour avoir assisté à une assemblée. Sur le registre

Page 1