‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 173 sur 243 · LETTRE DE DEUX PRISONNIÈRES DE LA TOUR DE CONSTANCE · texte numérisé non relu

LETTRE DE DEUX PRISONNIÈRES DE LA TOUR DE CONSTANCE

relatant la conduite des détenues, on lit à la date de 1745 :

Jaquette Vigne. Sa croyance toujours la même;

Anne Soleyrol. Sa croyance toujours la même.

Ce sont des femmes de cette trempe, qui, seules, ont pu graver sur une dalle de la tour de Constance ce mot qu'on y lit encore, cri suprême, appel touchant destiné à raffermir les courages : Régistez!

Jaquette Vigne et Anne Soh^yrol, reconnaissantes de l'intérêt que du Plan témoignait de loin aux pauvres captives, lui écrivaient le 27 mars 1740 :

« Monsieur,

« Nous avons eu l'honneur de recevoir la charitable vôtre et avons été vivement touchées des pieuses exhortations que vous avez eu la bonté de nous mander, que nous regardons comme une grâce descendue du ciel. Nous voyons bien que Dieu ne nous abandonne point, puisqu'il nous suscite des personnes aussi vénérables que vous, pour nous être pour appui, nonobstant la furie de nos ennemis qui nous regardent comme la balayure et la raclure de la terre ; non-seulement, disonsnous, de nos adversaires, mais encore de la plupart de ceux qui nous devraient donner la main d'association; c'est ce qui augmente de beaucoup notre captivité. Nous espérons. Monsieur, que par vos soins charitables, nous pourrons trouver quelques soulagements à nos maux, avec l'assistance de Dieu, tant par les ferventes prières que vous lui adressez en notre faveur ou par votre zèle; plusieurs personnes pieuses comme vous, suivront votre exemple. Nous vous sommes. Monsieur, très-humblement obligées de tous vos soins charitables, vous suppliant en grâce de nous les continuer tant qu'il plaira au Seigneur de prolonger notre captivité. Les Messieurs d'Alais ont eu la bonté de nous écrire que vous nous aviez envoyé quelque secours, mais nous ne l'avons pas

reçu. Nous sommes 31 prisonnières ; la plupart des veuves ou orphelines, et vous n'ignorez pas, Monsieur, nos nécessités. En nous recommandant à vos pieuses prières, nous vous prions de nous recommander à celles de l'Église. D'un autre côté, nous supplions l'Etre suprême de vous combler de ses plus précieuses grâces et bénédictions spirituelles et temporelles et une parfaite prospérité. Ce sont les souhaits de celles qui ont l'honneur de se dire. Monsieur, avec un profond respect et une parfaite considération. Monsieur, vos très humbles et trèsobéissantes servantes, les prisonnières,

« Vigne. »

« soleyrole. »

« A la tour de Constance d'Aiguesmortes, ce 27™« mars 1740. »

Voici la lettre des deux galériens de Marseille. L'un d'eux, Villevaire, avait élé pendant vingt-cinq ans, un des compagnons d'œuvre les plus dévoués de Roger. Il avait rempli longtemps les l'onctions de lecteur dans les assemblées, puis celles de catéchiste et de proposant et plusieurs Synodes provinciaux l'avaient nommé secrétaire. Il fut arrêté le 15 juin 1735 et condamné à vie aux galères (1).

« Pour Messieurs la Plaine et du Plan.

« Messieurs et très-honorés frères en Jésus-Christ notre Seigneur,

« J'ai reçu la lettre dont il vous a plu m'honorer, datée du 25 octobre 1739, laquelle m'a fait un singulier plaisir, d'y apprendre surtout que vous tous jouissez de la santé; Dieu

(1) Voir sur sa vie et son arrestation d'intéressants détails dans Jacques Roger, par D. Benoit, p. 149, 152 et suiv.

veuille que la présente vous trouve de même ; tous les confesseurs nous portons bien aussi; Dieu soit loué, nous remercions à tous des soins charitables qu'il vous plait vous donner pour nous tous; Dieu veuille opérer dans vos travaux et récompenser vos peines; il peut faire l'un et l'autre, car tout dépend de lui, le néant même lui obéit et la lumière sort des ténèbres à sa Parole. Il faut espérer de lui que vos peines ne seront pas sans fruit, car d'un côté, en représentant notre captivité et la cause pour laquelle nous souffrons, aux personnes qui pourraient ne le savoir pas, pourra émouvoir leur compassion et prendre occasion d'exercer leur charité en s'employant pour nous; d'autre part. Dieu nous ayant humiliés jusque à ne pouvoir pas refuser les bons offices de nos bienfaiteurs, nous nous trouverons soulagés dans nos souffrances par leurs bienfaits et peut-être délivrés, ce que nous souhaitons bien. Mais c'est toujours avec soumission à la volonté de Dieu, car, étant chrétiens, par la grâce de Dieu, nous sommes enrôlés dans la milice spirituelle de Dieu. Il nous faut faire office de fidèles soldats, les chaînes sont le lieu qu'il nous a placés, et y devons souffrir patiemment les peines qu'on y éprouve, en soutenant la vérité évangélique; ainsi, garder notre poste jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de nous en relever. Que savons-nous, si Dieu a permis que dans cette longue persécution, il y ait toujours eu plusieurs personnes aux chaînes dans ces lieux, qui y ont souffert en soutenant la vérité et quand il en a tiré les uns, il a permis que d'autres soient venus prendre la place, qui confessent et suivent la même foi. Je ne doute pas que leur constance ne soit une censure continuelle aux tièdes, timides, mondains et lâches temporiseurs qui ont tourné le dos au jour de la bataille en abandonnant la vérité. La sapience des hommes est confondue par celle de Dieu; Dieu pense autrement que les hommes : nos persécuteurs s'imaginent de nous déshonorer et flétrir en nous mettant au rang des malfaiteurs, en nous faisant porter les mêmes peines, mais Dieu nous honore et nous donne lieu de nous réjouir en souffrant opprobre pour

le nom de Jésus. Dieu nous a prédestinés à nous rendre conformes à son Fils, afin que souffrant avec lui, nous soyons aussi glorifiés avec lui ; or, nous avons vu par écrit que Jésus- Christ, en souffrant les choses qui avaient été prédites de lui par les prophètes, est entré dans sa gloire; or, nous ont aussi été prédites par Jésus- Christ, que nous serions haïs et persécutés à cause de son nom. Je pense aussi que notre bonheur n'est pas marqué d'en jouir pendant cette vie, il est réservé pour la vie à venir; notre vie est cachée avec Christ en Dieu, mais lorsque Jésus-Christ qui est notre vie apparaîtra, alors nous apparaîtrons avec lui en gloire. Contentons-nous pour le présent d'avoir les promesses de Dieu pour gage de l'héritage éternel de bonheur, et de voir accomplir, de notre temps, en nous, les persécutions dont les vrais chrétiens doivent éprouver. Étant plus, cela nous doit affermir, à persévérer, à confesser la vraie foi, et nous espérons de la miséricorde de Dieu, que nous implorons, qu'il nous soutiendra à ce faire, jusqu'à la fin.

t Assurez, s'il vous plaît, de nos humbles respect M. de Vernon et Messieurs ses fds, lesquels, en passant ici à Marseille, nous donnèrent des preuves de leur charité. Dieu veuille leur récompenser leurs bienfaits.

« Assurez aussi de nos respectueuses affections M™* d'Estampes et tous ceux qui lui appartiennent.

« Aussi Monsieur Ofrère et tous les autres Messieurs qui s'intéressent pour nous, tant pour nous tirer des fers que pour nous secourir dans notre triste situation, et soyez persuadé que je suis de cœur et d'affection. Messieurs et frères en Christ, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

f ViLLEVAIRE. »

Un autre confesseur ajouta à cette lettre les lignes suivantes :

c Monsieur,

€ Je profite du restant du papier pour vous souhaiter une bonne et heureuse année suivie de nombre d'autres, suivie de

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