DU PLAN IRA-T-IL A BERLIN OU A GENÈVE
€ Si j'avais été jeune et libre, je n'aurais pas liésité à m'y transporter, lui écrit-il, aussitôt que j'ai appris la mort du roi, mais étant dans ma 53« année, d'une complexion délicate et dégoûté des longs voyages dans un pays où je n'entends pas la langue, j'ai résolu d'écrire par la première poste à Berlin, pour savoir s'il est nécessaire que je m'y transporte. Et à vous, ma chère tante et mère, je vous écris pour savoir si vous voulez qu'au cas qu'on me fasse réponse de Berlin qu'il est nécessaire que j'y aille, si vous voulez, dis-je, que je vienne à Genève vous voir auparavant, comme je vous ai promis, ou si vous consentez que j'aille à Berlin, pour aller ensuite me reposer, s'il plait à Dieu, le reste de mes jours du côté de Genève. Je désire avec tant de sincérité et d'afTeclion de vous voir et je suis si mortifié d'avoir été obligé de différer mon retour que je surmonterai, avec le secours de Dieu, les fatigues qu'il me faudra essuyer dans ce long circuit, qu'il me faudra faire en passant par Genève pour aller à Berlin, supposé qu'on m'écrive qu'il est nécessaire d'y aller. Au lieu de vous fâcher contre moi, je vous prie de me plaindre de ce que je suis forcé de contraindre mou inclination pour remplir mon devoir. J'attends votre réponse positive sur ce que vous souhaitez que je fasse (1). »
La bonne tante consentit encore une fois à voir différer le retour de du Plan; toutefois dans sa réponse affectueuse, elle ne put s'empêcher d'accuser son neveu, quoiqu'il s'en défendit, d'avoir un goût trop prononcé pour les voyages.
Du moins ces fatigues et ces efforts persévérants n'étaient pas toujours perdus. Du Plan fut heureux de lui apprendre qu'il venait de gagner, en Angleterre, son procès en faveur des réfugiés. Ce procès, il est
(1) Londres, 18 juin 1840.