MORT DE SA TANTE LÈCHES
courant de l'année 1741, sans avoir eu !a douceur et la consolation d'embrasser une dernière fois celui qu'elle aimait comme son fils. Cet affection était partagée, comme on le voit par la correspondance de du Plan. Après la mort de sa tante, tout l'intérêt de celuici se porta sur sa sœur, isolée à Genève; il prévoyait de loin tous ses besoins et s'imposait pour elle des sacrifices, au point d'éveiller la sollicitude de son vieil ami, le pasteur Vial de Beaumont. Vial, qui connaissait la position précaire de du Plan et ses minces revenus, crut devoir prendre la liberté de lui écrire la lettre suivante pour lui dire de ménager davantage ses ressources et de songer à son avenir :
« Monsieur et très-cher ami ,
« Vous êtes trop sensible aux petits services que j'ai rendus à feue M"»* Lèches, votre tante. Je voudrais avoir pu lui être beaucoup plus utile, il n'a tenu qu'à elle de profiter de ma bonne volonté, car je vous assure que j'avais les meilleures intentions du monde à son égard, non-seulement à cause de son mérite personnel, mais particulièrement à cause de l'affection et de l'estime particulières que j'ai pour vous. Je voudrais que M"« Suzon fut plus affranchie avec moi et plus portée à vouloir que je lui fisse plaisir, mais elle est trop réservée et trop discrète; elle m'a fait manquer la plupart des occasions qui se présentent de lui rendre service ; à peine nous en laisse- t-elle paraître la moitié. Quoi qu'il en soil, elle est passablftment bien, elle tire encore quelque chose du pays, lequel joint au petit capital qui lui reste, sufiBra pour la faire vivre tout doucement le reste de ses jours. N'en soyez donc plus en peine et ne vous piquez pas de lui envoyer de l'argent. Mais pensez à vous-même, s'il vous plaît, mon cher ami; je ne sais ce qui vous reste en France, ni ce que vous pourrez